‹ Œuvres complètes de Chateaubriand (volume 4)Chapitre 60 sur 165 · SUR LE SEIZIEME LIVRE · texte numérisé non relu

SUR LE SEIZIEME LIVRE

La question touchant le polythéisme, la religion naturelle et le christianisme, est la plus grande quetliou qu'on puisse soumeltie uu jugument des hommes. Elle fournirait la matière de plusieurs volumes, et je ne pouvais y consacrer que quelques pages.

La scène est fondée sur deux faits historiques :

1° Il est vrai que Dioclétien délibéra pendant tout un hiver, avec son conseil, sur le sort des chrétiens ;

2° Sous l'empire d'Honorius, on voulait ôter du Capitole l'autel de la Victoire. Synimaque, pontife de Jupiter, prononça a ce sujet un discours qui nous a été conservé dans les œuvres de saint Ambroise. Saiul Amiiroise répondit a Syiumaque, et nous a^ons aussi la réponse de l'éloquent archevêque de Milan.

PREMIERE REMARQUE

PAGE 21. Je suppose que Rome chargée d'années, e(c.

Ceci est emprunté du discours du vrai S) mmaquc. Je ne sais si l'on a jamais remarqué que le fameux Diorccau de Massillon , dans son sermon du Petit

nombre des Élus , est imité du beau mouvement oratoire du prêtre des faux dieux. C'est le ca» de dire, comme les Pères, quil est permis quelquefois de dérober l'or des Égyptiens.

II

PAGE 22. Nous ne refusons point de l'admettre dans le Panthéon, etc.

Tibère avait voulu mettre Jésus-Christ au rang des dieux ; Adrien lui avait élevé des temples, et Alexandre Sévère le révérait avec les images des âmes saintes.

iir.

PAGE 23. Galérius laissait un libre cours aux blasphèmes de son ministre.

Cela seul suffirait pour établir la vraisemblance poétique, et faire tomber la critique de ceux qui disent qu'Hierocles ne pouvait pas parler si librement dans le sénat romain. Mais l'auteur de la brochure que j'ai citée a très bien montré que je n'étais pas sorti des bornes de la vérité historique.

« Sous Dioclétien, dit-il, il n'y avait guère à Rome que le peuple qui suivît « de bonne foi le culte des idoles. Des systèmes philosophiques plus absur- € des peut-être que le polythéisme étaient professés publiquement , et l'on « jouissait sur ce point de la liberté la plus absolue, pourvu qu'on rendît un « hommage extérieur aux dieux de lempire. Oui ignore que, même long- € temps avant celte époque , la philosophie athée d'Épicure et de Lucrèce « était à la mode? Et, pour donner un exemple plus décisif, qui ne se rap- « pelle le discours que César prononça en plein sénat lors de la conjuration « de Calilina,et dans lequel, niant* les dogmes les plus importants pour le « maintien de l'ordre social, il dit en propres termes que la m.jrl est la fin de € toutes les inquiétudes, au lieu d'être un supplice, et qu'au delà du tombeau « il n'y a ni peines ni plaisirs?

IV*

PAGE 25. Ce jardin délicieux était la stérile Judée.

Ce sont là les plaisanteries de Voltaire sur la Judée. Eudore répond à ces plaisanteries. Je n'ignore pas qu'il eût pu répliquer que la Judée était très fertile; et, sans beaucoup de travail, j'aurais trouvé les preuves réunies de ce fait dans l'abbé Fleury, et surtout dans le docteur Smhod. Mais, selon moi , une simple observation peut concilier les autorités qui ont l'air de se contredire; car si plusieurs auteurs anciens parlent de la fécondité de la Judée, Slrabon dit en toutes lettres qu'on n'était point tenté de disputer aux Juifs des rochers déserts. L Écriture olTre sur le même suje» des passages si contradictoires , que saint Jérôme a cru que la fertilité de la Judée devait s'entendre dans le sens spirituel. La vue des lieux résout sur-le-champ la difficulté La Judée proprement dite était certainement un pays sec et ingrat, à l'exception de quelques vallées, telles que celles de Belliléem, dEngaddi et

de Béthanie ; mais le pai/s des Hébreux était une terre d'abondance. La Galilée au nord, ridumée et la plaine de Saron au midi; au levant, les environs de Jéricho, sont des pays excellents. Jérusalem était bâtie sur un rocher, dans les montagnes, au centre d'un pays fertile qui la nourrissait. Voilà la vérité. Pourquoi les législateurs des Juif^ placèrent-ils, par l'ordre de Dieu, la cité sainte dans un lieu sauvage? Eudore, en donne, humainement parlant, la raison principale.

PAGE 26. Les chrétiens s'assemblent la nuit, etc

Les anciens Apologistes font mention de ces calomnies. On voit bien que le mystère de l'Eucharistie avait pu taire naître la fable des repas de chair humaine; mais on ne sait pas ce qui pouvait avoir donné lieu à l'histoire du chien, des incestes, etc. Fleury remarque judicieusement que les pa'iens, accoutumés au M abominations des fêles de Flore et de Bacclius, avaient naturellement supposé que les chrétiens se livraient dans leurs assemblées secrètes aux mêmes crimes.

vl^

PAGE 26. Partout où ils se glissen', ils font naître des troubles.

Voilà les véritables armes des sophistes. Ils combaltenl leurs adversaires en les dénonçant.

vu*.

PAGE 27. Conrime le sabot circule, cic. Comparaison employée par Virgile et par Tibulle.

Viir.

PAGE 28. Auguste, César, etc.

Ce début est celui de l'Apologie de saint Justin le philosophe.

PAGE 29. Toutefois l'effet d'une religion... On a trouvé cela adroit ; cela n'est que juste.

PAGE 29. Nous ne sommes que d'hier...

Beau mot deTerlulicn : Solarehnquimus (empla.

PAGE 30. Tout se borne à savoir, etc.

Eudore va droit au but, parce quil parle devant un prince politique, qui réduit là toute la que&lioa.

XII*

PAGB 30. La raison politique de l'établissement. Voyez ci-dessus, note iv^.

XIll®.

PAGE 30. Publias, préfet de Rome.

Ce mot sHr Publius, jeté en passant, n'est pas inutile. Il amène en scène un personnage déjà nommé dans le quatrième livre, et qui va bientôt jouer un rôle impui'lant.

XIV®

PAGB 31. Lorsqu'une neige éclatante, etc.

L'éloquence d'Ulysse est comparée à des flocons de neige, dans YTHctde; mais la comparaison est d'une tout autre espèce, et présentée sous d'autres rapports.

XV®

PAGE 31. Une longue suite de prophéties, toutes vérifiées.

Ce sont là les preuves qui manquent ici, et que j'avais développées. J'ai été obligé de les retrancher; non erul hic locus.

XVI*

lACE 31. Plusieurs empereurs romains, etc.

Voyez la noie ii* de ce livre. La lettre de Pline le jeune à Trajan en faveur dc . chiélieus est bien connue; elle lait partie des noies du Oenio du Christianisme.

XVII*

PAGE 32. Mais auparavant, venez reprendre dans nos hôpitaux, etc. Les chrétiens avaient déjà des hôi)itaux, et l'argent des agapes servait à

secourir les pauvres. L'Église prenait Ifs pauvres soiis sa protection : témoiû l'hiîloire de saint Laureiil, que j'ai attribuée à Warcellin. Gairnus, dans ce moment mèoie, faisait noyer les pauvres pour s'en délivrer. On reviendra là-dessus.

XVIII®

PAGE 32. Elles croient peut-être qu'ils sont tombés dans ces lieux infâmes, etc.

On mettait les enfants trouvés dans des lieux de prostitution. Voyez l'apologie de saint Justin.

XIX®

PAGE 32. Princes, que ne m'est-il permis, etc.

Voilà précisément où Dioroclès allendait Eudore. Il savait qu'un chrétien était obligé de garder le secret sur ces mystères, et que ce raisonnement se présentait à l'esprit : « Vos mystères sont des abominations. Vous le niez; mais vous ne voulez pas expliquer ces mystères -. donc vos mystères sont des crimes. » Eudore a éle obligé de se dolendie par des arguments o posteriori, ce qui donne prise à son adversaire. La seconde attaque, à laquelle Eudore ne pouvait manquer de succumbcr, elait celle qui se iir;iil du sacrilice à l'empereur. Aussi llieroclès ne l'a pas oubliée, bien sûr qu'Eu<lore refuserait netlementce saerdice. Au fait, celait là que gisait le mal, et ce qui, en dernier résultat, servait de prétexte pour égorger les chrétiens.

xx^

PAGE 33. Ce Dieu, je le sens, pourrait seul me sauver.

Sorte de prophétie qui remet sous les yeux un des plus grands traits de l'histoire ecclésiastique : saint Léon arrêtant Attila aux portes de Kome.

XXl^.

PAGE 33. Ils n'ont pas fait entendre le plus léger murmure. Cette raison est sans réplique, et les Apologistes l'ont employée.

XXII®

PAGE 33. Bien que j'aie quelque raison de regretter à présent la vie.

Seul trait par lequel j'ai rappelé, dans ce livre, l'action fondée sur l'amour d'Eudore et de Cymodocoe.

XXIll®.

PAGE 34. Dieu se servait de l'éloquence chrétienne, etc.

Eudore et les anges de lumière ne peuvent pas réussir à empocher la pcrsé>

cution des chrétiens; mais ils sèmenl los germes de la foi dans le sénat romain, et préparent ainsi le triomphe futur de la religion. Leurs efforts ne sont donc point inutiles.

XXIV®

PAGE 35. Hiéroclès reprenant son audace, etc. Voyez la note xix*.

xxv''.

PAGE 35. Tout à coup le bouclier de Romulus, etc.

Celsani subeuntibus arceru «

In gradibus surarai delnpsus culmine terapli, Arcados Evippi spoliuni, cadit aeneus orbis.

(Stat.)

XXVI*

PAGE 36. Si la sibylle de Gumes, etc.

Cela est historique. Après la délibération de son conseil, Dioclétien voulut encore avoir l'avis des dieux. Il (it consulter l'oracle. La réponse fut à peu près telle qu'on la verra dans le livre suivant.

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