‹ Œuvres complètes de Chateaubriand (volume 4)Chapitre 61 sur 165 · SUR LE DIX-SEPTIÈME LIVRE · texte numérisé non relu

SUR LE DIX-SEPTIÈME LIVRE

PREMIÈRE REMARQUE

PAGE 37. Terre où régnent un souffle divin et des génies amis des hommes.

Platon, in Republic.

PAGE 37. Qui me donnera des ailes, etc.

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SUR LE LIVRE YXII. i81

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MÉ).7roy(Ttv, etC.

(EuRiP.jtn //)/i. Tour.)

PAGE 38. DéjàSmiium.

En sortant d'Athènes, je me rendis à un village nomnaé Keratria, situé au pied du mont Laurium, où les Athénien? avaient leurs mines d'argent. Nous allumâmes des feux sur la montagne, pour appeler un bateau de l'île de Zéa, autrefois Céos, patrie de Simonide. Ce fut inutilement. La fièvre que j'avais prise dans le marais de Lerne redoubla, et je passai huit jours dans le village de Keratria, ne sachant si je pourrais aller plus loin. M. Fauvel m'avait donné pour me conduire un Grec qui; me voyant ainsi arrêté, retourna à Athènes, loua une barque au Pirée, et vint me prendre sur la côte dans une anse, à trois lieues de Keratria. Nous arrivâmes, au coucher du soleil, au cap Sunium. Je me fis mettre à terre, et je passai la mut assis au pied des colonnes du temple. Le spectacle était tel que je le peins ici Le plus beau ciel, la plus belle mer, un air embaumé, les îles de l'Archipel sous les yeux, des ruines enchantées autour de moi, le souvenir de PFaton, etc., ce sont là de ces choses que le voyageur ne trouve que dans la Grèce.

lye.

PAGE 38. Prèle à descendre avec Paris, etc. Voyez \ Iliade.

PAGE 38. La veillée des fêtes de Vénus, etc.

Consultez ce que jai dit au sujet de cet In-mne,. et de la méprise des critiques sur la nature de mes imitations. Ce n'est point du tout ici le Pervigilium Veneris attribué à Catulle.

PAGE 38. Qu'il aime demain, etc.

Cras amei qui numqiuira amavit; Quique amavit, cius aiuet-

^^tTvig^l.)

vir.

PAGE 38. Ame de l'univers, etc.

Honiinum divumque voluptas.

Aima Venus !

Te, Dea, te fugiunt venli, te nubila cœlw Adveutumque tiiuni...

Tibi rideul xquora ponti.

(LVCBBT.)

vin*.

PAGE 38. C'est Vénus qui place sur le sein de la jeuoe fille, etc.

Ipsajussuit niane utudœ

Virnines nubaiil rosae, Fusa; api ii^iio (Je ciuore,

Atque Aiuoris usculis.

Tolus est ai malus idem Quuudu uudus usi Auior.

{Pfnrtgil.)

IX

PAGE 38. Le ûls de Cythérée naquit dans les champs, etc.

Ipse Amorpuer Diones Rure iiatus dicilur.

Ipse florum deiicatis Ëducavii oïculis.

/•«rtiyiJ.)

Omnis natiira aniniantiira Te sequitur cupide, quocumque inducere pergis, etc.

(LUCMT.)

Aia tiim résonant avibus virgiilta ranoiis,

Et venerem ceilis repetunt aruieuta diebus, etc.

(ViB»., Georg.)

PAGE 38. Ile heureuse, etc.

Cette strophe entière est de moi ; j'ai inventé la fiction des Grâces qui dérobent le fuseau aux Parques ; on ne s'en est pas aperçu , tant on coooait bien aujourd bui l'antiquité !

PAGE iO. Se réunissent à une troupe de pèlerins, etc.

11 n'y a point ici d'anachronisme. Les pèlerinaçes à Jérusalem remontent jusqu aux premiers siècles de l'Eglise. Saint Jérôme, qui nous a laissé, après Eusèbe, la description des Lieux Saints, dit que dans son temps il venait à Jérusalem des pèlerins de toutes les parties du monde. Une autre circoastance heureuse, c est que j'aie pu et que j aie dû peindre dans les Martyrs Jérusalem en ruine, telle que je l'ai vue. A lépoque de la persécution de Dioclétien, le nom même de Jérusalem était si tutaloment oublié, qu'un martyr ayant répondu à un gouverneur romain qu'il était de Jérusalem, celui-ci crut que le martyr parlait de quelque ville factieuse bâtie secrètement par les chrétiens. Jérusalem s'appelait alors ^Elia, du nom d Aurélien, qui avail rétabli quel(|ues maisons sur les immenses ruines entassées par Tilus. Enfin, il n'y a point de contradiction quand je présente de beaux édifices s'élevant à la voix d Hélène au milieu des débris : d'un côté, le désert et le silence ; de l'aulre, la population et le bruit. Stolon l'histoire, la pieuse mère de Constantin fit bâtir ces grands monuments à Jérusalem, parce qu'elle fut saisie de douleur à la vue <iu délaissement et d>- la pauoreté des Lieux Saints. On voit encore aujourd hui à Jérusalem des églises très riches, une grande fouie à quelques époques de l'année, et partout ailleurs, et dans t')ut autre temps, la déiwlation et la mort. Au reste, conmie Cymodocée suit exactement, et avec beaucoup de détail, mon Itinéraire, je u'ai piesque rieu à ajouter au texte : je ne ferais que me répéter.

XII®

p*GS 41. Le guide s'écrie : Jérusalem!

Il faut voir comment les chroniqueurs contemporains ont parlé de l'arrivée

des croisés à Jérusalem.

« 0 bone Jesu , ut castra tua viderunt , hujus lerrenaî Jérusalem mures , « quantos exilus aquarum oculi eorum dinluxerunl! et mox lerra? procura- • beules sonitu oris et nulu inclinali corpoiis saut tum sepulchrum liium saia- « lavcrunt; el le qui in eo jacuisli, ut scilcnlem m doxtrra Talris, ut veolu- « rum judicem omnium, adoraverunt. » (Bob., Monach., Iib. ix.)

Jf^

« Ubi vero ad looum ventum est, iinde ipsara tiirrilam Jérusalem possenl € arJn-iirar-, q^is quam mullas ediderint lacrymas digne recenseal? Quis af- « reclus illos convenienler exprimat ? Extorquebat gaudium suspiiia, et sin- « gultiis gcnerabat immensa lactitia. Omnes, visa Jérusalem, substiterunt, et « adoraverunl, el, flexo poplite, terram sanclam deosculali sunt : omnesnudis « pedibas ambularunt, nisi metus hoslilis eos armalos incedere deberc praeci- « perel. Ibant, et flebant: et qui orandi gratia convenerant, pugnaturi prius « pro péris arma deferebant. Fleverunt igitur super illam, super quam et « Christus illorum fleverat : et mirum in modum , super quam flebant , feria « tertia , octavo idus junii, obsederunt. Obsederunt, inquara, non tanquaœ « novercam privigni, sed quasi nialrem ûlii. » (Baldric, Histor. Jerotol., lib, IV. )

Le Tase a imité ce passage, ainsi que moi :

Eeco apparir Gerusalem si vede ; Ecco ailditar Gerusalem si scorge ; Ecco da rullle \oci unitamenle Gerusalem salutar si sente, etc., etc.

Les strophes qui suivent sont admirables :

Al gran piacer che quella prima vista Dolcemente spiro ncH' altrui petto, Alta contrizion successe, etc.

Mais je suis fâché qu'il ait manqué le non tanquam novercam privigni , sed quasi matrem filii. Moi qui n'ai peint qu'une caravane paisible, je n'ai pu faire usage de ce beau trait.

XIll*.

PAGE 41. Entre la vallée du Jourdain, etc.

Quelques lecteurs se rappelleront peut être d'avoir vu une partie de celle description dans un article du Mercure de France (août 1807).

XIV*

PAGE 43. Le bois consacré à Vénus.

Eusèbe, dans la Vie de Constantin, dit que c'était un temple, et qu'il fui démoli par ordre de ce prince.

PAGE 43. La vraie croix était retrouvée .

Sainte Ilcicne, comme on sait, retrouva la vraie croix au bas du Calvaire. On a bâti dans cet endroit une espèce d'église souterraine qui se réunit à l'église du Saint-Sépulcre el à celle du Calvaire.

XVI*

PAGE 43. Hélène avait fait enfermer le Sépulcre, etc.

C'osl la description exacte de l'église du Sainl-Sépulcre telle quelle exislail

SUK LE LIVRE XVll. 185

tor?qiie je l'ai vue. Eusèbe non? a laisse do, longs détails sur l'église que Corislaiitin. ou plutôt sa mèro, fil Mlir sur le saint tombeau ; mais j'ai mieux aimé peindre ce que j'avais examiné de mes propres yeux. Je ne puis ra'empêcherde remarquer que j'ai été une espace de prophète en racontant l'incendie de l'église du Saint Sépulcre dans les Martyrs. Les piipiers publics nous ont appris que celle église avait été delruile de fond en couib'e par un semblable acci- (lenl, à i exception du tombeau de Jésus Christ. Plusieurs personnes m'ont fait l'honneur de m'écrire pour me demander ce (|ue je pensais de ce miracle. Tout ce que je puis dire, c'est que la description de l'église, telle qu'on l'a donnée dans les journaux, est dune grande fidélité. Le Saint-Sépulcre, environné d'un catafalque de marbre blanc, a pu, à la rigueur, résister à l'action du feu; mais il est pourtant très exlraordiuaire qu il n'ait pas été écrasé par la chute de la coupole embrasée, et qu'en mêm<^ temps la chapelle des Arméniens, adossée au catafalque, ail clé brûîée. Si un pareil malheur était arrivé il y a un siècle, la clirétienle s^ sérail réunie pour f;iire rebâtir l'église ; mais aujourd'hui j'ai bien peur que 'e tombeau de Jésus-Clirisl ne reste exposé aux injures de l'air. A moins toutefois que de pauvres esclaves schismatiques, des Grecs, des Cophtes et des Arméniens , ne se cotisent, à la honte des nations catholiques, pour réi)arer un tel malheur.

XVll*.

PAGE 44. On voyait la ville sainte, etc.

C'est h Jérusalem délivrée^ gravée sur les portes de l'église du Saint- Sépulcre. J'ai ramené dans ce morceau le souvenir de la patrie, et j'ai essayé de traduire le fameux vers :

Cliianm gli ahitator ôeW oml)re etî^rne 11 rauco suau délia Tartarca tiumba, etc.

« Le bruit, d'abîme en abîme, roule et retombe : • Romor rimbomba.

XVIII*

PAGE 45 Elle était velue d'une robe de bysse, etc.

Il est souvent parlé du bysse dins 1 Écriture. C était une étoffe légère, de couleur jaune. Les gienades d'or, les bandelettes de cinq couleurs, les croissants, etc., sont des [)arures marquées dans les prophètes, .le ne pouvais, au surplus, maïKiner de peindre la Semaine Sainte à Jérusalem. La sévérité, la grandeur de celte fêle chrétienne, lormenl contraste avec la di -solution des fêtes d'Amalhonle. Il y a bien loin du (hameau de l'Arabe, des souvenirs de Rachel et de Jacob, des lainenlalions rie .léremie, aux cérémonies des druides., aux chants de Tentâtes, aux tragédies do So[)hocle à Athènes, cl aux danses de l'île de Chypre. Mais lel esl, si je ne me trompe, I avantage de mon sujet, de pouvoir faire passer sous les yeux du lecteur le spectacle choisi de c^ qu'il y a de plus curieux, de plus agréable et de plus grand dans l'anliquité.

PAGE 45. Comment la ville autrefois pleine de peuple, etc.

« Quomodo sedcl sola uxilus plcna populo?... Quomodo obscuratum est T. II. 2i

« uiirum , mulalus est color oplimu>? Dispersi sunt lapides sanctuarii

• Fada est quasi vidiia Domina genlium Viae Sion lugeiil,... Oiiines porlae

. ejus destruclae. Sacerdoles ejus gemenles : virgines ejus squalidœ. » (Jerem. , Lament.) Certes, cft cantique de Jéromie n'a à redouter aucuae comparaison des plus beaux morceaux d'Homère et Virgile.

XX®

PAGE 45. Et tes ennemis plantèrent leurs tentes, etc.

Seul trait qui ne soit pas de Jérémie. J'ai proûlé de la belle remarque de Barouius. 11 observe que Titus établit une partie de son camp sur le mont des Oliviers, à l'endroit même où Jéï^us-Christ pleura sur la cité coupable, et prédit sa ruine. J'ajouterai que la première attaque sérieuse des Romains eut lieu de ce côté.

XXl^.

PAGE 46. Sur un mode pathétique, transmis aux chrétiens, etc.

J'ai dit, dans le Génie du Chrislianis;ne, que le chant des Lamentations de Jérémie me paraissait hébreu d'origine.

XXII®

PAGE 46. La voie Douloureuse.

J'ai parcouru trois fois la via Bolomaa, pour en conserver scrupuleusement la mémoire. Il n'y a pas un coin de Jérusalem que je ne connaisse comme les rues de Paris. Je réponds de la vérité de tout ce tableau.

XXIIl®.

PAGE 46. On sort par la porte de Bethléem, etc.

Je faisais tous les matins, en sortant du couvent de Saint-Sauveur, la roule tracée dans cette page. J'ai conslammonl achevé le loar de Jcru-alem à pied, dans cinq quarts d'heure, en passant sous le IcMupIc, et revenant par la grolle de Jérémie. C est auprès de cette grolle que se trouve le beau tombeau d'une reine du nom d Ilé'ène, dont pa; lent Paus.inias el presque tous les voyageurs aux Saints Lieux. Quanl au lonenl de Cedron, il ruule ordinairement vers Pâques une eau rougie par les sables de la montagne des Oliviers et du mont Moiia. Lorsque j'ai \u ce torrent, il était à sec. 11 y a encore neuf à dix gros oliviers dans le jardin de ce nom. Ce jardin appartient an couvent de Saint- Sauveur On sait (juc l'olivier osl presque inmiorlel, parce qud renaît de sa souche. On peut donc très bien ( roire , c mime, on l'allirme à Jérusalem, que ces oliviers son! du lemps de Je-us-( hrist.

PACK hn. Plus \o.\\ riT.jinnie-Uicu dit aux rùMiimes, etc.

La tradition, à Jérusalem, a conservé beaucoup de circonstances de la Passion qui ne sont point dans l'Évangile. On monlre, par exemple, lendroil où Marie rencontra Jésus chargé île la croix. Chassée par les gardes, elle piit une autre roule, et se relrou\a plus loin sur les pas du Sauveur. La fui ne s'oppose point à ces traditions, qui montrent à quel point cette merveilleuse et sublime histoire s'est gravée dans la mémoire des hommes. Dix-huit siècles écoulés, des persécutions sans fin, des révoluli(;ns éternelles, des ruines entassées et toujours croissantes, n'ont pu effacer ou cacher la trace de cette divine mère qui pleurait sur son fils.

XXV*

PAGE 47. 0 fils ! ô filles de Sien !

Encore un simple chant de l'Église, rappelé au milieu des beautés des plus grands poètes. Forme-l-ii une si grande disparate ? et n'est-il pas simple, noble et poétique?

xxvi".

PAGE 48. Déjà s'avance vers Jérusalem, etc.

J'ai déjà fait observer que l'action faisait un pas à chaque livre. On ne peut donc pas se plaindre des descriptions, puisqu'elles n'interrompent jamais la narration.

XXVIl*.

PAGE 48. Il découvre avec complaisance le lac Averne, etc.

Nous voici revenus à Virgile ; et après avoir entendu le prophète da vrai Dieu, nous allons voir la prophetesse du démon.

xxviir.

PAGE 48. Les Remords, couchés sur un lit de fer, etc.

Veslibulum ante ipsum, priraisque in faucibus Orci, Luctiis et ultrices posuere cubilla Cuise; Palleulesquc habilant Morbi, liistisque Scnectus, Et Metus, et nialesuada Famés, ac turpis Egestas, Terribles visu foiiuse; Letuuique, Labosque; Tum consauguineus Lcti Sopor, et niaia mentis Gaudia nioililViumqiio advciso in limiiie Bellum, Fcrreique Eumenidum thahmii, et Discordia démens, Vipereum crineni vitlis iuucxa crueiitis.

(ViHG., /£nfid., Tl, V. ÎT5.)

J'ai pris à Malherbe la rude et naï\ e traduction de ce dernier vers La Discorde aux crins de cuuleuvrcs.

>A6E 49. Consacra... ses ailes.

Redditus his primum terris, tibi, Phœbe, sacravit Reuiigium alarum.

XXX*

PAGE 49. Quatre taureaux, etc.

Qiuitiioi hic pi'iiuuni nigiantes terga juvenoos

CoDsliluit

Vote vocans Dccaten, Cœloqiie Ereboque potentem.

Ipse atii vellcris iignaiu

JEneSiS niatri Eunieniduui, ma^nxque sorori

Ense feiit

Tuui Slj'gio régi noctuiuas inchoat aras.

XXX1°

PAGE 49. Il est temps, etc.

Poscere fata Tempus ait : Deus, ecce Deus.

{jCiiHa., n, t. te.)

XXXIl®.

KAfiB 49. Les traits de la sibylle s'allèrent, etc.

! . . . Cui talia fanli

Ante Tores, subito non vuilus, non color unas, ^'oll roiniae friansere coiiiœ ; sed peclus anheluna. Et rallie lera corda lumout; luajoique videii, Nec (ûortale sonaas.

(iCiMtd., Ht T. M.) XXXIIl*.

ricB 49. La prêtresse se lève trois fois, etc.

On voit comme j'ai ( hangé l;i srnio de Virgile : c'est ici une sibylle muelle, au lieu d'une sibylle (|ui déclare l'oracle.

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