NADAB, AARON, MARIE, CALEB
NADAB, à Aaron.
Datlian, qui m'a rejoint au mont de la Gazelle, M'a dit que dans ces lidux voire voix me rappelle, Aaron.
AARON
Oui, je voulais vous parler sans témoins; Mais ce moment, Nadab, réclame d'autres soins.
NADAB
Ma volonté toujours à la vôtre est soumise; Commandez.
AARON
L'Éternel nous a ravi Moïse.
NADAB
(A part.)
Moïse? Esl-ce, ô Seigneur, ou grâce ou châtiment?
AARON
Que de maux produira ce triste événement!
NADAB
Il change nos devoirs avec nos destinées.
Aux sables d'Ismaël désormais confinées.
Nos tribus, qui n'ont plus les doux regards du ciel,
Ne verront point la terre et de lait et de miel.
De cent peuples voisins calmant la défiance,
Élevons avec eux la pierre d'alliance.
Et fixons de Jacob l'avenir incertain,
Sans regretter le Nil, sans chercher le Jourdain.
CALEB
Eh quoi! le fils d'Aaron tient un pareil langage! A rester dans ces lieux c'est lui qui nous engage Ami, si nous perdons notre libérateur, Toi, sorti de son sang, sois notre conducteur : Atteins, perce et détruis cette race pioscrite, Dont au livre éternel la ruine est écrite.
NADAB
Je laisse à ta valeur ces sanglants embarras.
302 MOÎSE.
CALEB
Ail ! je sais quelle main a désarmé ton bras. . Le conseil de nos chefs, par qui tout se décide, Dira s'il faut sauver une race homicide, Qui jusque dans ce camp, avec «n art fatal, Introduit et répand le culte de Baal.
NADAB
Charitable Caleb, sont-ce là les cantiques Que du temple promis rediront les portiques? Sur un autel de paix, au Dieu que tu défends, Tu veux donc immoler des femmes, des enfants?
CALEB
Quand on est criminel, on subit sa sentence.
NADAB
Quand on est sans pitié, croit-on à l'innocence?
CALEB
A de trop doux penchants crains de l'abandonner.
NADAB
Toi, sache quelquefois pleurer et pardonner.
CALEB
La rigueur est utile.
NADAB
Et la clémence auguste.
CALEB
Le faible est méprisable.
NADAB
Et le fort est injuste.
CALEB
Retourne à tes devoirs, au Jourdain viens mourir.
NADAB
Un peu de sable ici suffit pour me couvrir.
AARON
Jeunes hommes, cessez ; n'augmentez pas nos larmes ; Confondez vos regrets et mariez vos armi-'s. Vous, Caleb, de ma sœur adoucissez l'ennui : La publique douleur me réclame aujourd'hui. Que Dieu de ses desseins dissipe les ténèbres! Yous, Nadab, ordonnez aux trompettes funèbres Do convoquer trois fois, dans un morne appareil, Les princes dos tribus aux tentes du conseil.