ACTE III, SCÈNE i
NADAB
Sans doute ici bientôt les vieillards sevontrc;:dre.
[On entend la musi.ine du caoïp^
moïse.
Vous me dites, Nadab, que les tribus en deuil
Gémissent sur le sort de Moïse au cercueil;
Et j'entends les concerts, horribles ou frivoles,
Dont les fils de Baal fatiguent leurs idoles.
Qui produit ces clameurs? qui peut y prendre part?
NADAB
Nos captives souvent, assises à l'écart, Aiment à répéter les hymnes de leurs pères.
MOÏSE
Des captives ici? des femmes étrangères? Arzane n'a donc pas satisfait au Seigneur? Elle vit; et peut-être, écoutant votre ardeur, Elle reçoit ces vœux sortis d'une àme impure, Dont le vent de la nuit m'apportait la souillure Jusqu'au chaste tombeau du pudique Joseph?
NADAB
Des Hébreux triomphants le magnanime chef Craindrait-il une femme esclave de nos armes. Qui mange un pain amer détrempé de ses larmes? Sur le compte des grands je ne suis pas suspect ; Leurs malheurs seulement attirent mon respect. Je hais le Pharaon que l'éclat environne; Mais s'il tombe, à l'instant j'honore sa couronne; D devient à mes yeux roi par l'adversité. Des pleurs je reconnais l'auguste autorité. Courtisan du malheur, flatleur de l'infortune, Tel est de mon esprit la pente peu commune : Je m'attache au mortel que mon bras a perdu, Et je voudrais sauver la race d'Ésaii.
moïse.
Vous, sauver d'Astarlé la nation flétrie î Regarder sans horreur l'infâme idolâtrie. Quand j'apporte aux Hébreux les lois de Jéhovahl Sur ce marbre sacré lui-même les grava; Lisez : l'astre des nuits vous prête sa lumière.
NADAB, Uaal.
N'ADORE qu'un seul DlEU.
324 moïse,
moïse.
ïele est la loi première.
Et vous seul, immolant l'avenir d'Israël De cet unique Dieu renversez-vous l'autel? Jacob, trahirais-tu tes hautes destinées ! Ne veux-tu poiat, courbé sous le poids des années, T'avancer sur la terre, antique voyageur, Pour apprendre aux humains le grand nom du Seigneur? Tu portes dans tes mains ce livre salutaire Où je traçai de Dieu le sacré caractère : Contrat original, titre où l'homme enchanté Retrouvera ses droits à l'immortalité.
L'infidèle Jacob perdrait son rang suprême! Mais entrons dans ce camp ; voyons tout par nous-mème.
NADAB
Arrêtez !
Et pourquoi?
NADAB
Pour soustraire au danger Des jours qu'au prix des miens je voudrais protéger.
moïse.
Vous!
NADAB
Je dois l'avouer...
moïse.
Eh bien !
NADAB
Dans votre absence Le camp, s'abandonnantà l'aveugle licence, A rejeté vos lois.
MOÏSE
Par Jacob annoncé, Dieu ne retranche point l'avenir menacé !
NADAB
Écoutez un moment.
moïse.
Laissez-moi, lôméraire!
J'ai prévu ta faiblesse, Aaron, malheureux frère, Qu'as-lu fait?
NADAD.
Permettez que je guide vos pas.