‹ Œuvres complètes de Chateaubriand (volume 5)Chapitre 115 sur 219 · ET SANS VOLONTÉ · texte numérisé non relu

ET SANS VOLONTÉ

Preuves. Si la cause suprême est sans libcrié, une chose qui n'existe pas dans le moment actuel n'a jamais pu exister ; car,

Si la puissance de la cause suprême vient de l'enchaînement nécessaire des êires, tout ce qui existe par une nécessité rigoureuse ; alo s, si ce: te nécessité est de rigueur, comment se trouve-t-il un temps où celle cho-e n existait pas?

Que si on rapporte cette nécessité d'existence à une cerliine époque de la succession des temps, c'est complèiem< nt (iéraisonner. Dans le cas d'une existence d'absolue nécessité, il n'y a point de succession de temps. Les temps sont UN et TOUT.

Ensuite,

Il n'y a dans le monde aucune apparence dune nécessité absolue. Chacun peut concevoir les choses d'une tout autre manière, et dans un onîre tout diff'lreut de ce quelles sont ; mais on aperçoit une nécessité de convenances relatives aux lois de l'harmonie et de la bi auté. Cette néces>ilé du meillewr possible dans les êtres est fort digne d'une cause inlolligente, et très compatible avec sa liberté.

De plus,

L'être intelligent prouve encore sa liberté pnr les causes finales. Aucun athée ne s'avise de soutenir à présent, comme jadis Éjiicuie, que lœil n'est pas formé pour voir, et l'oreille pour entendre. Il suffirait de r nvoycr cet incrédule aux analomistes.

Enfin,

Si la cause première agit par nécessité, aucun effet de celte cause ne sera fini. Une nature qui agit wcessahement, agit de toute sa puissance. Or, une nature infinie, agissant à la fois de tontes parts et de te ute sa puissance, ne peut jamais compléter un êtie, puisqu'elle y ajouterait sans fin en raison de son in fuite; il n'y aurait donc point d'objet fini dans l'univers, ce qui est visiblement absurde.

Donc la cause première n'est point un agent aveugle, sans choix et sans volonté.

Sixième proposition, l. Quelque chose a existé de toute éternité. 2. Cet être existant est indépendant et immuable ; 3e il ne peut être la matière ; 4. il est nécessairement unique; 5. il n'est pointun agent aveugle, sans choix et ians volonté ; 6. IL possède une puissance infinie.

Preuves; Celle puis-ance ne peut s étendre que sur deux espèces d'êtres, qui constituent toutes les choses, savoir : le» êtres maicnels ellesèties immatériels.

Par rapport aux premiers,

* La seule objection qu'on pourrait me faire ici se tirerait du spinosisme, qui admet Tunilé de Dieu et de la matière ; mais on sait combien celte opinion est absurde. On peut voir Bayle, art. Spinosa.

ET ÉCLAIRCISSE.M i NTS. i î O

Nous avons vu qiio h c*/m.*c nécessairement unique doit avoir créé la maliort-, et conséqiummeîii en èirc la maiirossc absolue.

Qiiaiilau\ (lei iiiois,

Nous jnotivfioiis ailleurs que Dieu a jiu seul les créer, lorsque nous examinerons la n:ilure »lc la |)eiisée (!e riniuiiue.

Ski'TIÈmk kt Dr.nMÈRE PKOPt)SiTiON. 1. Quelque chose a existé de toute élcrnilé; 2. Cet être existant est indcpcndantetinimiiable ; S.iliie peut être la matière ; 4. t7 est nécessairement unique ;h.il n'estpoint un agentaveugle, sans choix et sans volonté ; G. il possède une puissance infinie; 7. ET IL estinflm-

MF.NT SAGE , BON , JUSTE , elC.

Preuves. Cela se deiliOiilre,

A priori,

r Parce qu'un êire parfaitement intelligent doit connaître ses propres facultés, • I qu'élani iiilini en puissance, rien ne peui renipêeher de l'aire ce qui est k meilleur ei le [tius sa jc ;

2» Parce que l'èlre inliiii conriaiss;int toutes les convenances et toutes les ivlaiion> des choses, nélal jamais ilétourné de la vérité par les passions, la force ou rignuriinec, il doit toujours agir conforuiéuieul aux propriétés des choses.

A posteriori,

Les preuves de la bonté, de la sagesse et de la justice de Dieu se tirent de la beauté lie runivers.

Féi'apiiulalion :

1° Que quelque chose a existé de toute éternité.

S" Celte ( liose exi tante «si immuable et indépendante ;

3° nie nest pas la matière j

4° Elle est unique ;

5" Elle n'est p^ini un agent aveugle ;

G* Elle est li>ute-pui-sanie;

7" El e est bouveiainemeni sage, bonne et juste:

Voilà Dieu.

Le mouvement.

D'où vient le mouvp,me>t de la matière?

Premier syltoyi&me (génie posilify.

Ou ceniou.cmeiii lui esi tsscnliel, on il lui est communiqué.

Si le m()(i\em'iite>i essentiel a la matière, c'est une nécessité pour elle que SOS parties soirni tnujuurs eti mouvi nienl : or,

L'expeneuce la plus conuMune «lémontrc qu'il y a des c^rps en repos j donc,

Le niou\ei:ient n'est pas csseniicl à la m.Uièrc; donc

11 lui e.sl (oinnmniqui.-.

Second ^yl'ugisme (genre deslrucliO'

Si le UiiUNcmcnl ol cs^enlieL a \.\ malice, i.Miii> ».•> parties doivent icnd-o sansces>e cirgaUni- nt de tous cotes : or.

Tout est en rctius dans l'univeis {absuide).

Troisième syllogisme (;;onro déiiiousiuiiif).

Le mouvenieiii, par sa n;iture connue, n'a aucune rcgidarilc;

Il s'exerce d;ins loutt'S te^ dimensions et dnns tontes les vitesses ;

Il sVcliap|ie pnrla laiigcnie, coupe par la sécante, se pUmgt'par la perpendiculaire, se roiil par le cercl<', se i,'tissc p ir rellip^-e el la parabol • ;

Il se coiiituiiiii(|iic par le cliuc ; i. pi ciid des direciii us nouvelles, selon Topposilion ou la r < flexion des corjis ; or,

Les lois nioirices des autres, du s -li'il et des planètes, s'accomplissent dans une inalléiahle régulariié géoiuclrique; donc

Ces l0!S (l'un nioiivemeni periiianeni . ticgiilier ne peuvent être engendrées par le niouvemeiilcoiifnset désordonné de la maniTe.

Il ruil, de ces trois syllogismes, que le mouvement n'est point essentiel à la matière ;

lo Parce qu'il y a des corps en repos ;

2" Parce que l'universel mouvement serait le repos universel, ce qui choque rexpf'rience;

3» Parce que le mouvement irrégulier de la matière ne peut jamais être admis comme créateur de l'ordre, de l'univers. Une cause ne peut p:is produire un cfléidont elle n'a pas en elle-même le principe, puisqu'il y aura talois un ellet sans cause; un composé ni' peut pas avoir des vertus qui ne sont pas tiaus ses éléments siniples. Ëifin si le mouvement était une qnalilé résidante dans la maiière ou dans I arrange ment de se-, parties, d*pnis le lcni|»s que les plus habiles mécaniciens cherchent le mouvement perpétuel, n'est il pas pus que probable qu'ils auraient trouvé la machine propie à le mrilre en évidence? Mais l'expénenci' a démontré ju qu'à présent qji'il fallait im moteur étranger.

On doit conclure decesaiguments qu'il existe quelque part, hors àt-. la matière, un mobile umversel, prentier agent du mouvement, à la lois iouQuable et dan> un mouvement éternel.

Voilà Dieu.

Éclaircissements sur ces dernières preuves touchant lemouvement.

le mouvement de la matière fournissant une preuve sans réplique en faveur de l'existence lie Dieu, il sera bon d'y jeter ejicoreijuelqne lumière.

Pour démontrer limpossibilité de la formation des mondes par le mouvement et le hagard, Ciceron tire des lettres de l'alphabet cette objection si connue :

«Me dois-je pas m'étonner, dit-il*, qu'il y ait un lomme qui se persuade que de certains corps solides et indivisibles se meuvent deux mêmes par leur poids naturel, et que, de leur concours fortuit, s'est fait un monde d une si grande beauté? QiÉiconque croit cela possible, pourquoi ne croirail-il pasipie si l'on jetait à terre quantité de caractères d or, ou de quelque matière que te ftii, qui représentassent les vingt et une lettres, ils pourraient tomber arringés dans un tel ordre, qu'ils formeraient lisiblement les Annalesd'Ennins? Je doute si le h.tsaid rencontrerait assez juste pour en faire un seul vers. Mais ces gen^-là, comnieni as.sun nt-ils que des corpuscult s qui n'ont point de couleur, p( inl de qualité, point de sentiment, qui ne font que voltiger an gré du liasaid, ont (.lit ce monde-ci, ou plutôt en l'ont à chaque moment d'innombrables qui en remplacent d'autres? Quoi! si le concours des atomes peut faire un

De lYat. Deor., u, 37, trad. de d'Olivet.

moDfle, ne pourrait-il pas faire des choses bien plus aisées, un portique, un temple, une maison, une ville? w

Celle absurdité, qui frappait si justement l'orateur romain, a aussi été relevée par Ba\le. Nmis aimons à citer Bayle aux athées. « Ce dialeilicit n (c'est Leihiiilz (|m parle) passi' aisément du blanc ;iu noir ; il s'accommode de tout ce qui lui convieni pour combaiire l'adversaire qu'il a en lèie, n'ayant pour but que d'embarrasser les phil()S<iphes, et de faire voir la faiblesse de nnire raison. Jamais Arct'sila> et Caruéade n'ont soutenu le pour cl le contre avec plus despri et d éloquence^. »

Voici (bmc ce que dit Bayle sur la nécessite d'une cause intelligente ' :

« Puisque, de l'aveu de tnuLes les sectes, les lois du mouvemeni ne sont pas capables de produire, je ne dirai pas un moulin, une hor!oi;e. mais le plus grossier instrument qui se voit d;ins la boutique d'un serrurier, cnmmenl seraient-elles capiblcs de produire le corps d'un chien, ou même une rose ei une grenade? Recourir aux astres ou aux formes .-«ub-ianiielles, c'est un pitoyable asile, il faut ici une cause qui ait l'idée d<'. son ouvrage, et ([ui connaisse les moyens do le construire ; tout cela est nt-cessaire à ceux qui (ont une monire et un vaisseau, h plus fone raison se doit-il trouver dans ce qui fait l'orgaiiisiilion des êtres vivants. »

A la noie R d- i'arlii le Dhnocrilc, il s'exprime ainsi :

« En quittant le dioii chemin, nui Q<i le sysième d'un Dieu créateur libre du monde, il faut nécessairement tomber d:ins la muliiplicilé des princif;es; il faut reconnaître enlie eux des anlipilliics et des sympathies, les supposer indépendanis les uns îles autres i|iiaut à lexisti nce et à la vertu d'agir, mais capables néan'ooms de senire-nuire par l'.it tion ei la réaction. Ne demandez pas pcuinpioi. en certaines rencontres, Telfet de 1^ réaction est plulôt coci ipit cela ; car on ne peut ilonn r raison des propriétés d'une chose que lorsqu'elle a été faite libiemenl par une cau^e qui a eu ses rai.-oiis et ses luolil's eu la produisant. M

Cronzas, qui cite ce passage à la huitième section de son examen du pyrrîionisnie, ajoute^ :

«Quand on soiiposerail les ai"mes éternels, et en mouvemeni de toute éternité, on pourrait bien en rom lure qu en s'approehani ils formeraient de certaines masses, et, si vous voulez encore, <|iie Ct s masses seraient propres à produire de certa'us elfels. Mais de là il y a infiniment loin a su|)poser que ces masses, formées jiar le concsiiirs lortuil des atomes, auraiciil pris un agencemeni régulier, et que les piopriélés des unes auraient été [«réeisément telles qu'il fallait pour Tiisige des aiiiits.

« Que l'on ploie dix billets numérotés, l'un par le chillre 1, le second parle chiflre 2: combien de lepiisc- ne fau rail- il p:.s pour les liier, sans <hoix, dans un tel oulre, que le numéro l vint préciseim rii h premier, le numéro 2 le s< cond, el ainsi jusiprau 10?

a S'il y en avaii viii;;l, Ir cas ne serait pas «enlemcnt deux (ois plus difficile, mais in<ompaiabiemeiil pins, comme le di monlienl eenxiiui ont éimlié la doctrine absir.me d«-s combinaisons. Cinq choses mélangées i a -1 donnent 15 combinaisons; à 3,35 ; à 4 70 ; à 5.1-iU; a G, 5 10; à 7.;<30.

« La dilliiiillé de ranger plusieurs choses, sans le secours du distcrnc-

« Leibn., TMihUc., part. m. §3 3. On sait ce que c'est «pie l'éloquence de Bayle mais il faiil pai<|i,iiiicr ee jugeineiil à t.eibiiilz. - .Vrl. Srnntrl, note (,.

* l'agp 426.

îTf nt, dans un ordre croissn:l' avec 1c nomb'p «'o ors c1:oses, d'ViViW Iduj' rs plus erande dans une proponi n qui va si f' rt en au-tni nlnnt. Pour ti.;imer un arringenicnl, sans If secours de 1 iireili;^» lue cl du clioix, à une infinilé dr partii'S en désordre, il la dr:!il «• rmo •ter <fes d iïiciiliés uilininent infiniep. Quelle éiemlue d iiu« Iliuenc" ne serait pas nécessaire pour ranger dans uii grand ordre, dans un oidre ex(|iiiS. tiaii un ordtc qui se soutint, une infinité de clioscs dont chacu e lims de sa idace senil une <ause de di> o die! Prenez autant de leities tju'il y en a dans une ligne; a;,'enccz h s billots où elles "^oni écrites, une seule par liilU-i s:iiis les voir; a peine, après avoir épuisé viilre vie en le t;itivfs, vi»>ndriez-vi)iis nue fuis à bout de les ranger à faire lire celle ligne. La dilui ulié sera heauioip plus que double, s'il (aut ainsi venir à bont d'agencer les • xpre-sions de deux hgnes: où n'irait point la difficulté de les ran^jer, sans le secours du discernement, dans l'o dre où elles S'int dans une page entière? Li urs agenrements fortuits iraient ils enfin à composer un livre? Une cair-c iidiuie eu jierfeclion petit seule lever les obstacles qui naissent d'une confusion iiiduie.

« J'ajouterai ici un exen pie aisé île la v:iriété et de la multiplicité des combinaisons, /4 et 6 se comiiinent en deux nitnièr'S, ab, ba ; abc en six, ab, ac, ba, bc, ca. cb. et cela sans être lépetées; abcd, en viiigt-(ji>.'ire, abcd, abclc. acbd, acdb adbc. adcb ; en voilà six. Il y en aura autant si l'on commence par b. autan par c, autant par d.

a Une infiiiiié <oml)iuée "2 à 2 irait à linlini; combinée 3 à 3, encore à l'infini et à un plus gi and infini ; co.idjinées toutes en eml)le, à une infinité d'infinies manières. Quelles snur<e> de <on fusion, r|iu'lle infinité de nérangements, et à combien d infinies manières ne niontt nt pas les ch^os et les confusions possibles? Si celle conhisinn ne se change pas tout d'un coup en régularité, elle subsistera ; car quelque léser pi incijie ue régularité serait bientôt oélruit par les chocs de rinfime confusion restai te.

« Dire que,"dans la suite infinie des ieini)S. la combinaison régulière a enfin eu son lour, ce serait supposer eue infinie ret;ii!;iriié dans la confusion, puisque ce serait supposer que loules les comliinaisons diffé entes ;i l'infini se seraient succédé par ordre, et que par la la coinbin.dson régulière aurait paru dans sa place, et eu auriit eu une assignée dans celte succession, où elles se préseniaieni p:ir ordre, comme si une intelligence en avait fdt les agencements, les essais et les revues. »

Ces raisonnements sont d'une graiide force, et précisément comme les demandeni les esprit- posil Is, c'est à-diie des raisonnemenis mabémal (|ues. Il V ados atbt'cs qui oui ringénnilé de croire que ce n'est que d ns leur secle hu^ou démontre p;ir A -|- B, et que 1 s pauvres < hréiiens sont léiluits à l'ima- 'hiction pour louics ressiuices C'est bien quelque chose pou tant que cette ; :'':^iMilion; et il y a lel profane qui aurait la lemérilé de croire qi.'il esl plus (iîlaciie d'écrire une s ule b( lie page de pensées niO'a es on de sentiments, rre de compiler des volumes entiers daloiractions. Quoi qu il en soil. ces j' rédulesne savent nonc pas que Leilimtz a prouvé Dieu géométriquement dans «ia Tlieodn ée ? Ils ne savein donc pas (pion a emprunte d Huygens, de Keil, de Alaicalle et de cent aulre-, d' s ibeorèmes r goureiix pour établir Fexistencfc d'un Eue suprême ? Platon n'appelait Dieu que 1 éternel géomètre; et c'est l'art d Arcbimède <|ui a fourni lapins belle ei la plus puissante image de D:eu, le Uianglc irficrit au cercle.

Newton a posé ainsi l'axiome lomlamenlal de la mc' aiiique:

« Quand un coips est en repos ou en movvevienl, il ne cesse jamais de fçster en repos; ou de se mouvoir en ligne droite avec la même JorcCj sans

qu'elle reçoive uucune augmentation ou aucune diminution, à moins que quelque auti e force, venant à agir sur lui, n'y cause du changement. »

Le luédttiii iNieiiWfnlyl, raisunii:iiU s r cei axiome, dans sou livic de r Existence de Diiu, démontrée par let meiveilles de lu nature, fait celle curiiîise ol)serv;iiioii * :

« Lors(iii'iiii i)eiii corps, qui ne sera pas si grand qu'une pelite boulf, (!c la grossi ur, p.ir «'.\«'iiiple, d'un grain de sahic liès-pelil, aprrs avoir nçi une ci)ii|urnauile, va heurier contre un corps <|ue nous supposerons aussi gros que loui le glolte de a leire, ou, si vous voulez, mille (ois plus grand, pourvu que ni l'un ni l'aune n'ail pas de re-s^rt; ils'ensuil, dis-je, que ce grand (orps sera eulrainc a\ec le giain de sable en ligne droite ; el à moins que queii|ue force ou qtii"l(|ue < bslacle ninlervienne ei n'arrèie ce mouvemenl, la lori e d'une seule cliiqutiiaudc sulfir.i pour faire mouvoir conl nuelit ment en ligne droite ce giand corps el le peiii grain de sable loul ensenible ; et si dans leur roule ils renconUaii ni cenl mille autres corps, cbaeuu un million de fois plus ^and que la terre, ils les eniraincrai nt tous avec celle pi-tiie force, sans qu il yen eùl jamais aucun en état de prendre une autre direction.

«Que ceci soit vrai, quelqu<; merveilleux qu'il parusse, c'est une diose que les mathémaliciens ne sauraient nier. ÎMist'rables pyrrhonieus, qui espérez, en di'dnisant néi fss.iircm< ni ii'S lois de la nature l'une île l'autre, doludrr les preuves de la Providence divine ! misérables pyrrhonieus, montrez-nous par vos principes si vons pouvez en aucune manière comprendre, non pas qu'ont- pa eille cliose arrive ctiutinuellemi-nt (car les mathématiques leur i..unireronl ceci), niaiN commenl el de tiuclle minière ai-it la force de ce petit ;:raia de sable, de sone que, pour peu (pi'il pousse ces corps prodigieux, il les met non-seulement en niouveinenl, mais il les y conserve sans jamais cesser. «

Telle est la rmiaïque de cl excellent houime, qui, avec lli|ipicraiect Ga~ lien, avait reconnu dans la merveilleuse machine de notre corps la main d'une intelligence divine.

Enfin, le docieur Hancock si> sert d'une comparaison frappante pour faire sentir l'absurdité de ceux qui allnbueni l'ordre de l'univers au concours fortuit des atomes.

a Supposons, dit-il', que tous les liomnifs qu'il y a sur la terre fussent aveugle^ et que dans cet état il leur fût ordonné de se reniiredans les plaines delà Mésopotamie : combien de siècles leur faudiait-il pour trouver ctUte roule, cl pour venir à leur commun rendez-vous? Y arriver^ienl-ils même jamais, quelque immense que lût leur durée? Cela serait pourlanl infiniiiiciit plus facile à fa re pour d. s hommes. (|u il ne l'a été aux atomes de Démociite d'exécuter l'onviage cpi'il leur allnbiie. Posé cepiirlanl que ce concours si heureux ne leur ail pas été impossibli-, comment est-il arrivé qu'il n'ait plus rien produit de îiouveaii, ou qui' le même ha-anl qui les assembla pour foi mer l'univers ne les ail pas dissipés pnui le détruire? Dii a t-on «jue c est un principe d"u(<r(/c/i«n ri de qravil'itinn ipii les relient ainsi dans leur situation pri- Diilive? Mais ce principe A' utti action vi Ai: gravitation est ou antéiieur ou posténeur il la fiumaiioii de l'univers. S il esl antéiieur, comment csl- Ce que l'activité eu était suspendue? el s il esi posiéiieur, quelle en esl l'origine, et ne d<til-elle pas venir d'ailh ursque delà matière, qui de sa n.iture csl snsce[)lible de se monvoir eu (oui si-ns ? Si I on du d'ailleurs que c'est la nature (|ui seraaiulienld't ih'-mémedans c<'t élat permanent, on ne peut enicndre parce

* Liv. iii.chap. m, paj:. 5*1.

' Hakcocr, on ihe Kxiêt. of God., sect. y, trad. franc.

terme, dans le système di; Démncrite, que le concours fortuit; et l'on sent d'abord que cela ne suflil pas [ilns pour rendre raison de la conservation du monde que pour celle de ^a formation. »

Pour se tirer des difficultés insurnionUibles qui ré^ullentde la formation du monde par le mouMnteiitdc li ni;iiicre, Spinosa, d'après Siraton, a soutenu <|u"iln'ya dans l'univers qu'une seule substance ; que cette substance esi Dieu, à la fois esprit et matière, possédant rallriliui de la pensée et de l'étendue. Ainsi, mon pied, ma main, uncaibou, tous les accidents pliysiques et moiaux, toutes les saklés de l;i nature, sont des parties de Dieu. Rare et admirable divinité, sortie toute formée et sans douleur ilu cerveau d'un incrédule! Les païens avaient bien aitacbé des dieux aux objets h s plus vils de la leire; mais il n'appartenait qu'à un alliée de déifier, en une seule et éttruellc substance, tous les crimes et loul'slfs immondices de l'univers. Il se passe d'étranges choses dans linlérieur de ces homnits que Dieu a éloignés de lui ; et les plus linbiles gens trouveraient mal. isé d'expliquer les mouvements du cœur d'uo r.ihéc. On peut voir comment Bayle, (.larke, Leibnitz, Crouzas, etc., ont renversé le spinosisme, qui est eu même temps le plus impie elle plus insoutenable de^ systèmes.

Anaximaiidre, par une auire folie, voulait que les formes et les qualités, provenues de h matière, eussent arraus^é l'univers.

D'un autre côlé, les stoïcens supposaient des formes plastiques, destituées d'inielligenee, et pourtant distinctes de la matière. A la vérité, quelques-uns les dérivaient de Dieu, et ne les avaient imaginées que pour expliquer laction d'ini être immaiériel .^ur des êtres matériels.

Qu'est-il besoin d'appeler les mépris du lecteur sur ces rêveries philo.-ophiques? Elles ont été couibailues par les inerédule> eiix-mêines.

Il ne reste donc plus à faire valoir que la loi bmale de la nécessité. On s'en sert d'aulant plus volontiers, qu on ne sait ce que c'est, cl (pfen iàch int ce grand mot, on so croit dispensé de l'expliquer. Mais cette terrible nécessité estelle une chose créée ou incréée ; celle néce-silé qui airange inui, (|ui produit tout dans un si bel ordre, qui est ui»e, indivisible, sans étendue, esi-elle autre que Di .u?

La pensée.

D'OU VIENT LA PENSÉE DE L'HOMME, ET QUELLE EST LA NATURE DE CETTE PKNSÉE?

Elle ne peut être que matière, mouvement ou repos, la chose iwQvae, ou les deux acci'^ents de cette chose, puisqu'il n'y a dans l'univers que maliére, mouvement et repos.

Que la pensée n'est pas matérielle, cela parle de soi.

Que la penupc irc-t pas le repos de la matière, cela est encore prouvé, puisqu'au contraire la pensée est un mouvement.

La pensée est donc un mouvement. Est-elle le mouvement matériel, ou l'effet du mouvement matériel?

Examinons.

Si la pensée est Yeffet du mouvement on le mouvement lui-même, elle doit ressemblera cet e/T^et (le mouvement ou à ce mouvement. Or,

1-e mouvement rompt, désunit, déplace; la pensi'e ne (ait rien de tout cela:

Elle louche les rorps sans les séparer, sans les mouvoir.

Le mouvement lui-même est aussi un déplacement. Un corps qui se meut

change de disposition, s'nnaniie d'un.' au're nianièio, occupe une autre place, acquiert d'autres iiroportions : la pensée ne fait rien de tout ce a :

Elle se niL'ui sans cesser d'être en repos et sans quitter son siège ; elle n'a ni dimension, m localité, ni forme.

Le mouvement a sa mesure < t ses degrés: la pensée, au contraire, est tndtvisible. }\ n'y a point de moitié, de quart, de fraction de pensée: une pensée une.

Le mouvement de b* matière a des bornes qui l'enipêclient de s'étendre au delà de certains espaces;

La pensée n'a d'auiies champs que l'infini. Or, comment concevoir qu'un atome, parii de mon cerveau avec la rapidité de la pensée, atteigne au même instant le ciel et lenler, et pounant sans quiiti-r mon cerveau? car, s'il en était ainsi, ma pensée subsisterait hors de moi, et ne serait plus moi. Qui aurait donné à cet atome celto force immense de mouvement, incomparablement plus gr.iude que celle qui entraine lous les corps célestes? Comment un si chétif insecte que l homme aur.iil-il une pareille puissance pftj/sijue/

Le mouvement ne peut agir qu';iu présent.

Le passé et l'avenir sont également du ressort de la pensée. L'espérance, par exemple, ne peut être qu'un mouvement futur; et conunent un m;;uvcment/utur matériel existe-t-il au présent?

La pensée ne peut donc être le mouvement matériel En est-elle Y effet?

La pensée ne peut être \^effel du mouvement, pa^ce qu'un ^flet ne peut être plus noble que sa cause, une conséquence pins puissante qu'un principe. Or, que la pensée soit plus noble et plus forte que ce mouvement, (pii ne le voit du premier coup d'onil, puisque la pensée connaît ce mouvement et que ce mou~ vement ne la connail pas, puisijiie l.i pensée parcourt, d:ins la plus petite fraction de temps, des espaces que ccmouvement ne pourrait franchir que dans des miniers de siècles?

Que si Ton dit à présent que la pensée n'est ni un mouvement, ni un effet de mouvement intérieur dans mon cerveau, mais un ébranlement produit p.ir un mouvement extérieur, c'est seulement retourner les termes de la proposition ; car il est encore |)>iil-èlre plus absurde d'imaginer (|ue tel atome, émané de la lumière d'une éloile, descende dans la vitesse de la pensée, pour chocpier telle partie de mon cerveau, tandis que d autres millions de mouvements viennent en même temps l'assaillir de tous cotés Par la seule loi de la pesanteur, un atome tombé du S'Iuil sur ma tèle me réduirait en poussière. Objecter que la gravité n'existe plus pour les parties exlrémeinenl ténues de la matière, ce serait se moquer des g' ns, en voulant rvi)|)liquer ce principe physique à la théorie de la pensée. Examinez donc un peu ce q^i arriverait dans votre entendement touio les fois que vous pi usez, si votre pensée était le mouvement matériel, ou uii effet de ce mouvement. Une petiie portion de votre c«Tvelle se détache, et s'en va nmlanl de tel côté, ce (|ui vous donne telle idée. Cet atome est long ou rond, large ou étroit, mince ou épais; et vous voilà, en conséquence de celle figure du hasard, obligé d'éire Irisle ou g;ii, insensé ou sage. Mais cimime l'Iionmie pi-nse a mille choses à la fois, «piel chaos, qtiel dérangemmt <ians sa léie ! Une pensée mblime, sous la forme d'un ( nd)rvon blanc ou bleu, en traversant votre cntendenn ni renconlre une autre pcnsce rouge qui l'arrête. D'autres idéts surviennent, se heiirieni, etc.

Ce n'est p:is là louie la difficullé ; car si le mouvement est la pensée, le mouvement est un principe pensant. Or, dans ce cas, le n(»t qui roule, le pied qir. marche, la pierre- «pii tombe, pensent. Vous dites que je pense en rai>;ori d'un ébranlement produit dans une certaine partie de mon cerveau : d'accord ; mais

422 NOT.s

celle pnriio (le mon corveau qui s'ébrankî ii'esl. pas d'une antre nature que les élcmeiils de l'univers. C'est de l'eau, de la terre, de l'air ou du feu ; ou, si vous aimez mieux parler comme la physique du jour, c'est de l'oxygène, de riiyilroiçène, cic. AmalLÇ.imez ces principes tout comme il vous plaira, ils resteront toujours tels par leur essence. Or, de leur mélange tel quel, comment ferez- von- iiaitie la pensée, si \it principe de cette pensée n'est p. s lenlermé dans les éléments (pii la cninposcnl? Vous ne voulez pas déraisonner, et dire qu'un composé a des > Il ts qui ne sont pas dans des simples, et qu'un accident peut être provrnu sans cause.^ Vous simcz donc réduit à vous jeter dans une autre ahsnrdilé, et à dire que ks cléments de la matière pensent eu certains cas, Comnu nt se fait-il alors que ces éléments, qui se trouvt nt comb nés de tant de niani. res, ne répètent pas quelquefois hors de Ihomme l'effet de la pensée ?

Disons donc, car on ne le peut nier sans folie, que la pensée n'est ni la matière ni le mouvement. Si l'on veut absolument que le mouvement f.isse une des coniiiions de la pensfe.. du moins est-il certain que celte pensée n est pas le mouvement lui-même, mais quelque chose qui se joint ou s^applique au mouvement, puisqu'il esl indubitaijle qu'à y a des moHvcments qui ne pensent pus. ■

Venons à la grande conclusion.

Si la pensée est différente (comme elle l'est) de la matière et du mouvement matériel, qu esi-cll<', et d où vient-elle?

Comme elle n'existait pas chez moi avant que je tusse créé, elle a donc été produite.

Si elle a été produite, elle l'a été nécessairemoni par quelque chose hors de la matière, puisque nous avons reconnu que la matière n a pas de principe pensant.

Celle chiise, placée hors de la matière qui a produit ma pensée, ne peut être qu'une chose encore plus excellente que ma pensée, quoique la pensée de l'homme soit ce qu'il y a de plus beau dans l'univers: un principe est plus puissant que son eff( t.

Ma pensée étant indivisible est immortelle, par l'axiome reçu de tous les philosoplios, qu'une chose ne se dissout que par la division de ses parties.

Or, la cause ijni a pioduil ma pensée est donc indivisible comme elle; elle est donc immortelle comuic elle.

Mais comme celle cause élait avant ma pensée, celle cause a elle même été produ le, ou elle est de toute éternilé.

Si elle a été produite, où est son principe ? Si vous me montrez ce principe, quel est le principe de ce principe ?

Ainsi, vous élevant sans lin, vous arrivez au premier anneau ; Dieu montie sa face au fimd des onibres de l'éterniié : notre âme esl la chaîne immorielle qu'il nous a lenilue pour lemonter jusqu'à lui.

C'est ainsi que la ? cnsée de l homme prouve irrévocablement l'exisience de la Divinité, de même qu'à son tour l'exisience de celle Divinilé démontre l'existence de l'iunnorlalité de l àine, puisque Dieu ne peut éire, sil esl injuste ; et que rhonnne, jclr' sur la lerre pour couler des jours infortuia's et mourir, n'annoncerai! que le caprice d'un affreux tyran. Cela dtiit mxis donner la plus haute opinion de notre ualui e; t ar (luest-ce qu'un être doiil Dieu esl la preuve, et qui esl a son tour la preuve de Dieu ? L Écriture a-l-eile parié trop inagnifiquemeui de cet élre-là ? « Quand Vunivcrs écraserait l'homme, dit Pascal, Vhommc serait encore plus grand que L univers; car il sentirait que L'univers l'écrase, et l'univers ne le sentirait pas. »

Il faut donc admeiire que s'il y a un Dieu, ses perfeciions prouve»» que

l'bommea uneâme imniorielle, et, mVc i'cr«a. conclure, de l'excellence dfrèmc humaine ei di s ui.ilheuis de ce monde, que Dieu existe de nécessité.

Quelques autres preuves de l'immorfalité de l'âme.

La science est éternelle; donc le siège de la science j l'âme, doit être immortel.

La raison el l'âme ne soni qu'un ; or In raison est immuable et élernolle.

La nialière ne peul ce>sei dcirc. sans un acie immédiat de la volmUé de Dit u ; t'ilt' demeure loiijdiii s, r ion ne se crée, i ien ne s'unéantit; or, la vie étant l'es-i'nce de 1 âiin', lànie no peul on olro piivée.

L'âme n'est point rariaiig<ii ont des pa' lies du corps, puisque plus on la dégaae des sens, plus on a di lacilito à coni|irondre !• s choses*.

Le conceviint se présente toujours avant le concevable,

Nous éprouvons dabord qu'il existe dos pensoes; nous comprenons un objet sans le voir, nos s< us nous on assuicnt ensuite. Ce sont Us idées ab-traitos qui fo;it les altslraclions des choses. Le nniuvomcnt , par exeu pie, ne serait pas le uiouvemout, sans la ooni|>araisiin que respril fait du présent au passé. L'ànip et ses opéi allons se montrent dcnc toujours les premières, et los corps ne viennent qu'ensuite Ce lait, d'une véiiié rigoureuse, est contraire au lappon dos sens, (|ui ne voiorii que la maliore . ou (|im lassoiit de celle-ci à l'esprit, au lion do dosoondre de l'tsprii au cori s. Or si ràine se retrouvo partout sépane de la matioie. ello a donc uii« exis onoo roolio^; donc; etc., otc.

De ^etle prouve de I • xisl m-o do l'àuii-, ol oonséquemment de son immortaliio. nous : lions faiie naitii- c<iie autie prouve :

Le mon de vntu}iliynqui v'txisle joxvt dans la nature- tnotiére.

Les uonibies, comme l.i pousoi- los oonsidèri-, sont hor> de la niiure , où il no pi iil y avoir cpio dos lunlos. Cet iooomp olieiisible mysière ues ap|)ositions de oh dires, qui foiiinisseut de> t|uauiiiés al)str<ilos, cioissaiil ou diuiiuuant daii> des rap|nirls donnos, ce mysloie, disons-nous, n'est i oim daus l'ordre physique. Or doue, le monde moi iphysique étant placé liois de la maiion- , ce momie doit être ou un univers iiili IlocluoI exisiaiii a p.irl , ou seuiomoni une oiodihoaiiou de I âmo. Dans los deux cas, rimim>rlalil<- de I àme o^l pi< uvée, car riiomme puromeiit maériel no pourrait oonoevoir hors de la ma ioio un monde niotaphysique et elor el, ni encore nu)iiis axoir au dedans do lui quelque chose qui renfermât un monde de pensées abstraites et de vérités éternelles.

« Par l'esprit humain, dit Cioérnn ', tel qu'il est, nous devons juger qu'il j a quelque autre iiile'li;:omosup(''iu'ure ri diviin-; oai d'où rieniiraHa l homme, ditSocrate dans Xiiiophoii, lUutenfictnmt dont il c^t douer' On \oil tjue c'est à un pou do terre, d eau » de 1 u ri d air, que nmis drvniis los |iarli- s solides do notre c^rps, la oh dour ot I liunndile qui y sont icpaniu s, lo so lllo méine qui nous anime. IMaisci- qui osi inniau-dosMis do loiilri la, | eiiieiKJs i.i r.iison, el, pour lo iliie ou plusirurs lormos, l'esprit, le jugomeut, la peiisoo , la prudence, où l'avous-nniis pnse?

« On ne peut .•bsoiuinonl trouver sur la terre* l'origiue desànu» : car il

' Saint ArcrsTijc, De Immort. Anim.

^ Phedoii de âJus.

• De Ai.i. Drnr., U, 7, 6 ; trad. de d'Olivkt.

4 Frag, de Comol.

424 ^OTES

n'y a rien dans les âmes qui soit mixte et composé ; rien qui paraisse venir de la teire, de l'oau, de l'air ou du feu. Tous ces ëlcmens n'ont rien qui fasse la mémoire, l'intelligence, la léflexion; rien qui puisse rappeler !■' passé, prévoir J'avtnir, embrasser le présent. Jamais on ne irouv; rad oùl'lioninie reçoit ces divines qualités, à moins que de remontera Dieu. Par conséquent Tàme est d'une naiure singulière, qui n a tien de cofumun avec les élt'-nicnls qne nous connaissions. Quelle que -oit d.ucla nature d'un étr( qui a sentiment, intelligence, volonté , principe de vie, cet être-là est céleste, il est divin, et dès là imuioriel.

ce Je cnmprends bien, ce me semble *, de quoi et comment ont été produits lesiing, la bile, la piiuile, les os, les nerfs, les veines et g 'i^éralonienl tout notre corps, lel qu'il est L'àme elle-même, si ce n'était autre chose dans nous que le principe de la vie, me pai aîirait un eiïet purement naturel, comme ce qui fait vivre a leur manière la viirne et Tarltre. El si lânie bum:iine n'avait en partage que l'instinci de se porter à ce qui convient, et de fuir ce qui ne lui convient pas, elle nauraii rien de plu- que les bêles.

a Mais ses propriétés soni, premièrement, une mémoire capable de renfermer en elle-même une inflnilé de choses.

a Voyons c^' qui fait la mémoire 2, et d'oîi elle procède. Ce n'est certainement ni du cœur, ni du cerveau, ni du sang, ni d s atomes. Je ne sais si notre âme est de feu ou d'air; et je ne rougis point, comme d'auires, d'avouer que j'ignore ce qu'en eflet j'ignore. Mais qu'< lie soit divine, j'en jugerais , si dans une maiièrc dbseure je pouvais parler affirmaiivemeni : car enfin, je vous le demande, la mémoire vous parait-elle n'être qu'un assemblage de parties terrestres, qu'un amas d'air grossier et nébuleux ? Si vous ne savez ce qu'elle est, du moins vous voyez de quoi elle est capable. Eb bien! dirons-nous quïl y a dans notre àme une espèce de réservoir , où les choses que nous confions à noire mémoire se versent comme dans un vase? Proposiiiou absurde : car peut-on se figurer que l'àuie serait d'une forme à loger un réservoir si profond? Dirons nous que Ton grave dans l'âme comme sur la cire, ei qu'ainsi le sou\eiiir est reniiireintc, la tracedecequi a été çravédans làiue? Mais des paroles et des idées peuvent-elies l.iisser des traces? El quel espace ne faudrait-il pas d'ailleurs pour tant de traces différentes?

ce Qu'est-ce que cette autre faculté, qui s'étudie à aécouvrir ce qu'il y a de caché, et qui se nomme intelligence, génie ? Jugez-vous qu'il ne fût entré que du terrestre et du corrupiib e dans la couipo-iiion de cet homme qui , le piemier, imposa un nom à chaque chose? Pyihagore trouvait à cela une sagesse infinie. Regardez-vnus comme pétri de limon, ou celui qui a rassemblé les hommes »l leur a inspiré de vivre en société? ou celui qui , dans un petit nombre de caractères, a renfermé tous les sons que la voix forme, et dont la diversité p raissaii inépuisable? ou cehii qui a observé commeni se meuvent les planètes, et qu'elles soûl laniol réirogades, tantôt slalionnaires? Tous éiaienl de graïuh hommes, ainsi que d'aulres encore plus anciens, qui enseignèrent à se nourrir de h\-, à se vêiir, à se faire drs habitations, à se procurer les besoins de la vie , à se précaulionner contre bs bel s féroces : c'est par eux que nous fûmes apprivoisés el civilisés. Des arts nécessaires , on passa ensuite aux b.aux-aris. On trouva, pour charmer l'oreille, les règles de l'harmonie. On étudia les étoiles, tant celles qui sont fixes que celles qui sont ap-

» 7"HUii/.,i, •2iet25.

2 Joid.

pelées errantes, quoiqu'ell s ne le soiont pns. Quiconque dooouvrii les diverses révolutions des a>tres lit voir par là que son esprit tenait de celui qui les a formés dans le ciel. »

NOTE 12, pages 149.

(( Mais si tout ce que nous avons dit concernant les ^ens ne suffit pns pour convaincre un incrédule, avançons encore un peu, el faisons voir que les bornes mêmes dans !■ squelies l'étendue du pouvoir de nos sens exlériems se trouve renfermée contribuent aussi à nous rendre plus heureux (|ue si leur pouvoir séiendait beaucoup plus loin, comme cela s'est trouvé dans ces derniers sif'cles, avic le secours «le certains instruments.

« Supposons que nos yeux aient le pouvoir de distinguer les fbj'is qu'ils ne sauraient voir sans le microscope; il «st vrai qu'ils nous feraient voir un monde de créatures nouvelles; une tiontte d'eau (lan> laquelle on aurait fait tremper du poivre, ou une goutte de vinaigre, ou de matière séminale, nous pa aitrait comme un lac, ou une rivière pleine de poissons; l'ecnme des liqueuis puanies et corrompues nous iiaraitiait un champ eouvcrt de 11 urs et de plant' s; le fri-maiie paraîtrait un composé de grosses araignées couvertes de poil ; il en serait île même à proporiion dune iiilimlé d'autres choses ; niais il est aus^i aisé de concevoir le dcgoùt que la vue de ces in ecles pio<lnirait pour beaucoup de choses, qui d'ailleurs soin trè--b iiiues et irès-uti es en eliesmémes. J'ai vu des | ersonnes faire des edals de rir»- à la vue des peii s animaux qui s'offrent dans un morceau de fioma^je par le moyen (riin microscope et retirer vitement leurs mans lorsque quelqu'un de res insictes venait à tomber, de crainte qu'il ne londiàt sur elles; ni.iis d'auires faisaienl des réflexions plus sérieuses sur la sagesse de Dieu, qui a bien voulu ca» her ces clios s aux yeux ''es ignorants et des pei sonnes craintiviS, cl les mamfe-ter à d'autres par le moyen d' s nrcroscopes, afin que Us moyens nécessaires ne manquassent point a ceux qui lâchent d ■ pén^irer dans ses merveilles.

«Les pliilosop'ies incrédules oseraient ils janiiis soiiliaiier que leurs yeux eusst nt les propriités des meilleurs microscopes, sii|t|iosé qu'ils en connussent la nature et II- loiidement? et se croiiaitnt-ils [ilus heureux en vo\ant des objets si peiiisqui grossiraient jusqu'à ce poinl-!à, tandis qu'en même temps tout ce qui leur lomberait sou- les yeux n occuperait pas pins d'e-pae»; qu'on grain de sable? Ils ne sauraient voir aucun objet disiintt*nieni, à moins qu'ils ne fus-ent à une très-peiiie distance «le l'œil, à nn ou «leux pouces, par exemple. Quani aux autres oliji is plus éloignés, comin I' s liomnn s, les bètes, les aibr-s et les plantes, pour ne lien dire du soleil, de la lune el d.s étoiles, ces c<'rp^ où brille la majesté d*; I Être suprême, ils leur seian-ntentièieni nt invisibles, ou ils ne les verraient «pie dans une grande cmifusiou, si iunt cela se trouvait ainsi, et si nos yeux tout seuls p')uvaient péiieiier aussi avani (pie lorsqu'il-, smil armes de bons miciosi opes. Tous ceux «pii en onl faii rex|)éricm e cmivieunent que, par bur moyen, on peut voir des « orjis composés d un millier de petites partiis; d'oîi il s'ensnii que, pour bien voir cli.i(|ue chose jus(ju'j ses particules primitives, la vue doit iiicoie s', tendie inlininn m plus loin i;u'oUe ne s étend avec le set ours des unilleurs micioscopes. «

« D'un aune coié, Sllp(lOson^ que nos yeux soient de giauds léle copcs, semhiables a ceux dont nmis nous serv<tns pour observer tant de mnvtHeS étoiles dans les cieux, et pi-ur faire tant de dét:ouverles dans le s«ileil, Ut lune €t les étoiles, ils seraient eucoie sujets à cet inconvénicni: c'est «ju ils nCL

seraient presque d'aucun usage pour voir les objets qui nous environnent, et ils nous priveraient au~si de la vue des autres objtîts qui sont sur la terre, parce que nous verrions les va[t('urset les cxlialaisous qui s'élèvent coniiniiellement, et qui, coiïiiiiedes rtuagcsép.iis, nouscaclicraionl tous les autres oitjois visibles ; cela n'est que tro|) connu de ceux ([ui se servent de ces instrninenls.

a De mètne, si l'odorat était aussi fin et aussi di-licat dans les iioinmes qu'il paraît l'être dans de certains chiens de cbasse, il n'est personne, il n'est aucune créature (|ui put nous joindre; et il nous .•«erait impossible do passer par les endroits oîi elles auraient [lassc, sans ressentir de loiics impressions îles corpuscules (|ui en partent. Mille distractions p;iria;:eraient malgré nous notre attention ; et, lorsque nous serions lorcés de nous apidi(|ner à des objets plus relevés, nous serions obligés de nous fixer à des choses méprisables.

('Si notre langne était d'un tissu si délicat qu'elle nous fit éprouver autant de goût tians les choses qui n'en ont presque pas iiue d;ins celles dont le goût est aussi fort que celui des ragoûts ou des épiceries, il n'est personne qui n'avouât (jue cela seul suffirait pour nous rendre les alimcMils très-désagréables, après que nous en aurions niangé seulement deux où trois fois.

« L oieille pourrait-elle distinguer tous les sons avec la même exactitude qu'elle les distingue à présent, lorsque, par le moyen d'un porte-voix, quelqu'un p irle doucement dans son extrémité la plus évasée? ou ferait-on plus daltiulion à un grand nombre de choses ? On n'en ferait certainement pas plus (pic lorsque nous nous trouvons au milieu d'un bruit confus et d un grand nond>rc de voix, au milieu du bruit des tambours et du canon. Ceux qui ont été témoins des inconvénients que soufîrent les malades qui ont l'ouïe tropfine^ n'aniont pas de peine à être convaincus de ctte vériié.

«Si, dans toutes les parties de notre corps, le toucher était aussi délica* que dan^ les endroits exirémement sensibles et dans les membranes des yeux, ne faut il pas avouer que nous serions bien malheureux, et que nous soufïririons de grandes douleurs, lors même qu'une plume très-légère nous toucherait?

«Enfin, peut-on réfléchir sur tout cela sans reconnaître la bonté de celui qui en est l'auteur, qui non-seulement nous a donné des organes aussi nobles que nos sens exiérieiirs, sans quoi ils ne seraient pas à piéférer à un morceau de bois; mais qui a moine, par un etret de s(ui adoiable sagesse, renfermé nos sens dans de certaines bornes, sans lesquelles ils ne nous auraient servi que dembaiias, et il nous aurait été impossible d'examiner mille objets de plus grande conséquence?» (IN it:LvviiiSTYT,iSa;iif.(/eZ>îeM,liv. I, cbap. iii; p. 131. ,i

NOTE 13, page 200.

« Les véritab'es pbilosoplies n'aniaient pas prétendu, comme l'auteur du Systèine de la Nature, que le jésuite Needham eût créé des anguilles, et que Dieu n'avait pu créer Ihomme. Needham ne leur aurait pas paru philosophe, et l'auteur du Si/stèinp de la Nature n'eut été regardé que comme un discoureur par rempiienr Marc-Amèie » (Qiiest. cncycl. tom.vi, Arl. Philosoph.)

Dois un aiiiie endroit, combattant les athées, il dit à propos des Sauvages, qu'on croyait >ans dieu :

« Mais on peut insister, on peut dire : Ils vivent en société, et ils sont sans dieu: lionc on peut \ivre en société sans religion.

« En ce cas, je répondrai que les loups vivent ainsi, et que ce n'est pas une société qu'un assemblage de barbares anthropophages, tels que vous les sup-

ET ÉCLAIRCISSEM! NTS. 427

posez : et je vous domamieiai loujours si quand vous avez prêié voire argent à quelqu'un de voire société, vous voudriez que ni voire débileiir, ni voire procureur, ni votre notaire, ni voire juge, ne crussent en Dieu. » {Ibid., lom. Il, an. Ath.)

Tout cei arlicle sur l'aihéismc niérile d'èlre parcouru. En poliiique, Voltaire montre le nièine mépris de toutes ces vaines théories qui tionblont le monde. « Je n'aime pis le gouvenienieiiide la canaille, » répèle-i-il en cent endroils. (Voyez les Lettres au roi de Prusse.) Ses plaisanteries sur les républiques popiilacières. son indiiçnaiion contre les excès des peu|)les, tout enfin dans ses ouvrages prouve qu'il haïssait de bonne foi les charlatans de la philosophie.

C'est ici le lieu de metlre sous les yeux du lecteur un certain nombre de passages tirés de la Correspontiance iie Volinire, qui prouvent (|ue je n'ai pas trop hasardé loisque j at dii qu'il huïssaii secrètement les sophistes. Du moins l'on sera forcé de conclure (>i on n'est pas convaincu) que Voltaire ayant soutenu éternellement le pour et le contre, et varié sans cesse dans ses sentiments, son opinion en morale, en philosophie et en religion doit être comptée pour peu de chose.

Année t7G6.

Contre les philosophes elle philosophisme. «Je n'ai rien de commun avec les philosophes modernes, que celle horreur pour le fanatisme intolérant.» (Corresp. gcn., lom. X, jug. 337.)

Année 1741.

« La supériorité qu'une physique sèche et abstraite a usurpée sur lesbrllesletires commenceui à m'indign<r. Wous avions, il y a cini|uanie ans, di- bien plus grands hommes en physique et en géométrie qu'anjoiud'hui, et à peine parlait-on d'eux. Les chose> ont bien chauLié. J'ai aimé la phy-icpie tant qu'elle n'a point voulu dominer sui la poésie : à présent (ju'eile a écrase tous les ans, je ne veux plus la regarder que conmie un tyran de mauvaise com|»agnie. Je viendrai à Paiis l'aire abjuration entre vos mains. Je ne veux plus d'aulre étude que celle qui peut rendre la société plus agréable, et le déclin di- la vie plus doux. On ne saurait parler physique un quart d'heure, et s'entendre. On peut parh T poé>ie, niti-^iiiue, histoire, liiiéralure, tout le long du joui, eic.» {Correspondance générale, lom. m, pag. 170.)

« Les niailiémaiiqiics sont loi t belles ; mais, hors une vingtaine de théorètres utiles pour la mécanique et l'astronomie, le reste n'est qu'une curiosité fatigante. » (Tom. ix, pag. 484.)

A Damilaville.

«J'entends par pruple la populuce qui n'a que ses bras pour vivre. Je doatc que cet ordre de citoyens ail jamais le temps ni l.i capaeité de s'inslririre ; ils mourraient de faim avant de devt'nir philosophes. H me parait essentiel qu'il y ail des gueux i;:iioranls. Si vous f.iisii z valoir comme moi une lerre, et si vous aviez des charrues, vous seriez bien de mon avis. » (Tom. x, |»ag. 39G.)

« J'ai lu quelque clnise d'une Antiquité dévoilée, ou [tlutot Ircs-voilée. L'auteur coniuicnce par le (hiuge et finit toujours par le chaos : j'aime mieux, mon cher confrère, un seul de voscontcs que tout ce fatras.» (Tom. x, pag. 409.)

i20 NOTiiS

Année ITCG.

« Je serais irès-râcli'"' i^e l'avoir fiii (le ChiisUfmi»me déz<nU), non-ftealement coriiiiie aradéinic en, mais (itiiiiiic iiliiloNopiic, ei encore plus comme citoyen. Il est ".iiiicn-nenl oppose à mes |)riiicipes. Ce livre conduit à l'aihéisnie. <|iie jt* déiesie. J'ai toujours le^^aidé i'aihi'isme couiEseie pins grand égaremeiis de i.i la son, parte t|ii"il esi aussi ridicule de 'lie que i'arrangemeot du monde ii'' pri>iive pas un artisan suprême, qu'il serait iniperlinenl dédire qu'une horloge ne prouve pas un linrloi^er.

« Je ne réprouve pas m >ins ce livre cnnine citoyen ; l'autenr paraît tropeO'» nemi des |)niNsaiices. De-i bo<nines qui penseraieni comme lui ne formeraient qu'une : narcliie.

« Ma couinme est d'écrire sur la marge de mes livres ce que je pense d'eui : vous verrez, quand vous daii;nerfZ venir à Ferney, les marges du Christianisme dévoilé clvMgvea du leiiiaripies, qui prouvent que l'auieur sest trompé sur les faiiS les plus essentiels. » {Correspondance gén., loin, xi, pag. 143.)

Année 1792. — A Damilaville.

a Les frères doivent toujours respecter la morale et le trône. La morale est

trop bifssee dans le livre d Hflvëliu>, et le trône est trop peu respecté dans le livre qui Im est d idié. » {Le Dfspotisme oriental.)

Ildii plus liant en pailant de cemèii.e ouvragt' : «On dira que l'auleur veut (piOa ne son gouveme ni par Dieu m par les hommes. » (Tom. Ylll, pag. 148.)

Année 17G8. — A M. de Villevieille.

«Mon cher marquis, il n'y a rien iebon dans rath«Msme. Ce système est fort mauvais dans le phy»ii)ue l dans le itioial. Un honnèlc homme peut fort bien s'élevcreonireia suiiersiilion et c^nue le fanafsnie; il peuldétesier la persécution ; il rend service au ç;enre liinnain s'il répand les piiiicipes de la tolérance : mais quel .ervi<eprui-il r^ ndre s'il répand raiht'isinc? Le- hommes en serontils plus vertueux, pour ne pas n'connailre un Dieu qui oi donne l.i vertu ? Non, sans doiiie. Je veux que h s prin^ es ei le irs niinislres en reconiiaissenl un. et même un Dieu qui punisse el qui pai donne. Sans ce frein, je les regarderai comme des animaux féroces, i|ui, à 1 1 véri é, ne me nian!.'ei'ont pas quand ils sortiront dun bon repas, ei quils digéreront doueemenl sur un canapé avec leurs mailiesses, mais (pii certainement me m ngeiont s'ils me reueontrent sous leurs grilles (juand ils auront laim el ipii, api es m';tvoir mangé, ne croiront pas seulement avoir fait u e mauvaise action. » (lom. xii, pag. 349.)

Année 1749.

«Je ne suis point du loul de l'avis de Saunderson, qui nie un Dieu parce qu'il est né aveugle. Je me iro;iipe p ui-èire ; mais j'aurais, à sa place, reconnu un éire ires-intelligent, qui in'aur. il donné tant de .«.npplémenis de la vue; el cil apereev.nl, pai la pi^nsée, des rapports inlinsdiiis toutes les choses, j'aurais soupçonné un ouvrier infuiiiuciu habile. 11 est fort impertinent

ET ÉCLAIRCISSEMhNTS. 429

de deviner qui il est, et pounnioi il a fait tout ce qui existe ; mais il me parait bieC haidi tle nier qu'il est. » {Corresp. gén., tom. iv, pag. 14.)

Année 1753.

oll me paraît absurde de faire dépendre l'existence de Dieu d'à plus b, divisé par z.

« Où en serait le gen'C humain, s'il f;illait étudier la dyn;imique et l'astronomie pour conn:iîlre TÉlre supiêine? Celui qui nous a créés tous doit éire manifesté à «(»us, et les preuves les plus communes sont les meilleures, par la raison qu'elles sont les plus conm unes ; il ne faut que des yeux et point d'algèbre pour voir le jour. » i Corresp. gén., tom. iv, pag. 463.)

« Mille principes se dé'obeni à nos reclierehes, parée (|ue tous les secrets du Créateur ne sont pas fails pour nous. On a imaginé que la iiaiure agit toujours par le chemin le plus court (ju'clle em|tloie le moins «le lorce et la plus grande économie possibi ■ : mais que répondraient Its pniisans de cetie opinion à ceux qui leur feraient vo r que nos bras exercent une lorce de près de cinquante livres pour levt r un jtoiils d une seule livre ; que le cœur en extTce une immense pour exprimer une goutlede sang; qu'un carpe lait des mdliers d'œufs pour produire une ou deux carpis; qu'un chêne donne un nombre innombiable de glands, qui souvent ne font pas naître un seul cliène? Je crois toujours, comme je vous le mandais il y a iongtruips, qu il y a plus de profusion que d écoiioniie dans la nature. >; (Toui. iv, pag. 4Go.)

NOTE 14, pag. 201.

Comme la philosophie du jour loue précisément le polythéisme d'avoir fait cette sépartioii, et blâme le cbrislianisme d'avoir uni les forces morales aux forc»'S religien-es, je ne croyais p s que cette proposition put être allaqirée. Cepen«lanl un homme de bcaucuup d'e^juil et de j;out, et à qui l'on doit toute déférence, a paru d(»uier de I assertion, il m'a objecté la pcrsounilic.iiion des êtres Dioraux, comme la sagesse dans Mrneive, etc.

Il me semble, saul erreur, que Ks personnilications ne prouvent pas que la morale fût unie à la religion dans le polyih> isnre. Sans doute, en adorant lous les vices divinisés, on ad(»r..it aussi les vertus; mais le prêtre enseignail-il la morale d ns les t« mples cl chez l s pauvres ? Son miirislcre consistait-il a consoler les nialluiireux p;ir l'espoir d'une autre vie, à inviter le pauvre à la vertu, le riche à la charité! Qi:c s ri y avait qnL'l(|ii • ntorale attachée au culte do la déesse de lu Justice, de lu Sagesse, celle niora'e n'élait-elle pas presque absolument detiurle, 1 1 surtoirt pour le pi U[)le, par le cirlte des plus infànus divinités? Tout ce ipr'on pounail d.re, c'e.st (juri y avait qtrc Iques sentences gravées sur le frontispice et sur les murs di s temples, et qu'en général le prêtre > l le législateur recommandaient au peirple la crainte des dieitx. M is cela ne sullit pas pour prouver que la profession de la morale lût essentiellement Itée au polytliéisnie, quand tout déinonlie au contraire qu'elle en était sé|iari'e. ■*

Le> mor.ilili'S qu'on trouve dans Homère sont prcsipie toujours imb'pendantes de l'ai tioii céleste: c'est une impie réllcx ou que le poète fait sur l'événement qu'il racont' , oir l.i caïasliopiic qu il .lécrit. S'il pcrsiuinifie le remords, la colère divine, etc. ; s'il peint le coupabb; au Taitare et le juste aux

champs élyx'os, ce sont sniis floiiie le belles fioiionî, mais qui ne con'-tîiiient pas un code moral ailachc ;iu polylliéisme comme l"Èvj:igi!e i'esl à la religion cliréiieHne. Oiez lEv.m^iile à J<'siis-Clin>l, ei le chiisiianisme n'txi&le plus; enlevez aux anciens l'al éijoiie de Minerve, de Tliém s, de iNémésis, ei le (»olyiliéisnie existe eiicoic. Il esi certain, d"aiilt'uis, qu'un culte qui n'ailmet qu'un seul Dieu doit s'unir éiroiie iie:it à la morale, parce qu'il est uni à la vérité ; tandis qu'un culte qui re oimaît 1 1 pluralité des dieux s'écarle nécessairement de la morale, en se rappioc'mn! ilc l'erreur.

Quant à ceux qui font un crime au christianisme d'avoir ajouté la force morale à la force reliiiieuse, ils truuveronl ma réponse dans le dernier chapitre de Ct't ouvra'jc. où\v montre qu'au défaut de l'esclavage antique, les peuples modernes doivent avoir un frein puissant dans leur religion.

NOTE 15, page 238.

Voif i quelques fragments que nous avons retenus de mémoire, et qui semblent être échappés à un poêle grec, t;inl ils sont pleins du goût de l'aotiquilé :

Accours, jeune Chromis; je l'aime, et je suis belle, Blanche cdiii me Hi^me, et légère comme elle ; Coninie ellegrandeet Gère; et les bergers, le soir. Lorsque, les yeux baissés, je passe sans les voir, DoutPut si je ue suis qu'une simple mortelle, El, me suivant des yeux, disent : « Comme elle est belle! Néère, ne va point te confier aux Dois, De peur d'être déesse, et qne les matelots N'invoquent, au milieu de la tourmente amère, La blancue Galalée et la blanche Néère. »

Une autre idylle intitulée le Malade, trop longue pour être citée, est pleine des beautés les p'us touchantes. Le fragment qui suit est d'un genre différent: par la mélancolie dont il est empreint on dirait qu'André Chénier, en le composant, avait un pressentiment de sa destinée.

Souvent, las d'être esclave et de boire la lie De ce calice amer que l'on nomme la vie : Las du mépris des sols qui suit la pauvreté. Je regarde la Ion be, a-ile souhaité, Je souris a la mort volontaire et prochaine; Je la prie, en pi urant, d'oser rompre ma chaîne. Le fer libérateur qui doit percer mon sein Déjà frappe mes yeux, et frémit sous ma main.

Et puis mon cœur s'écoute, et s'ouvre à la faiblesse Ries parents, mes amis, l'avenir, ma jeunesse, Mes écrits imiiarfaits, car à ses propres yeux L'homme sail se cacher d'un voile spécieux. A quelque noir destin qu'elle soit asservie, D'une élreinie invincible il embrasse la vie. Et va chercher bien loin, plutôt que de mourir, Quelque prétexte ami pour vivre et pour souflrir.

ET ÉCLAÎRCISSEMEXTS. 431

Il a soiifferl, il souHVe : aveugle ciVsp;''rance,

Il se traîne au tombeau de souffrance en souffrance;

Kl la mort, de nos maux cereuièiie ^i doux,

\.m semble un nouveau mal, lo plus cruel de tous.

Les CCI ils lie ce jetine boiiiiue, ses e(iiinais^;uices varii'cs, soncour:ige, sa noble [iroposilioii à M. de iMalesin rbcs , ses iiialliciiis cl si niorl, loul scrl :i répandre le plus vif iniérèlsur sa iiieinoiie I- es! reniai qnable que la France a perdu, sui la fin du deni er >iecle , ikhs beaux talents k leur aiit t re : Malfilàlie, Gilbert el Ai.dre Cliénier ; les deux pieniicJS sont morts de misère, !e iroisiéuie a péri sur l'é hafaud.

KOTE 16, p.ige 273.

Nous ne voulons qn'éclaiic r ce ni(»t descriptif, afin qu'on ne l'interprète pas dans un sens difféiei l de celui que non^ lui donnons. Quebiues personnes oniété cboi|iiées de mitre as ertion, faute d'avoir bien compris ce que nmis voulions dire. Certainenifiil es poètes de l'antiquité ont des morceaux descriptifs ; il serait absurde de le nier, surtout si Ton (loniie la plus giandc extension à l'expression, et qu'un entende par l.i des descriptions devèteiiienls, de re|>as, d'armées, de cércni nies, etc., eic. ; mais ce genre de description est toialemenl diUéientdu nôtre ; engt'-néral, les anciens ontiieinlles mœurs, nous peignons les choses : Virgie decrii la maison rustique , Théocrile les bergers, etïiionisoii les bois et 1. s déserts. Quan ! les Gr.ts . t les Laiins ont dil (luclques mot> d'un paysage, ce n'a jamais éié (|iie pour y placer des personnages, et faire rapidement un fond de tableau ; mais il^ n'ont jamais représente nûiiienl, coiiine nous, le- fleuves, les nmnt ig es el les forêts : c'est tout ce que nous préiendnns dire ici. Peui-éire objeeiera t-oii (jne les anci. ns avaient raison de regarder la poésie deserqitive comme I objet accessoire, et non comme Voby'l principal du tableau; je le pense aussi, el l'on a fait de nos jours im étrange abus du genre de^cri|iiif : mais il n'en est pas tnoins vrai que c'eA utt moyen de (dus entie m s mains, et qu'i: a étendu la s; itère des images poétiques, sans nous priver (!e la pelnluic de> mœurs et des passions, telle qu'elle existait pour les anciens.

NOTE 17, page 278,

POKSii s SAiNSKP.iïES. — Sacontaïa,

Ecoule/, ô vous, aibres d- ceit • forèi sacrée! écoulez, et pleurez ledépart de Sacontaïa i onr le palais de l'époux! Sacontaïa, celle (pii ne buvail point l'onde pme avant d'avoir arrnsé vos l ges ; ccl e qui, par lemlresse pour vous, ne deLielia jamais une seule f nille de voire aimable verdure , quoique ses beaux cheveux en deiiianda-seni une guirlande ; celle qui mettait le plus grand de tous SCS plaisirs dans celte saison, qui entremêle de fleurs vos flexibles ra-

Ii: ;nix !

Chœur des Nymphes des bois,

Pii'ssciil toutes es prospérités aecompagner -es pas ! pui.ssent les brises légères disperser, pour soj déliées, la luusMéie odoiiiiUo des (leurs! puissent les

lacs d'une eau claire et verdoyanie, ?ous les feuilles du lolos, la rafraîchir dans sa marclie! puissent de doux ombrages la délen re des rayons brûlants du soleil ! {Roberlson's Indie.)

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