LES ROIS, NOËL, ETC
Ceux qui n'ont jamais reporté leurs coeurs vers ces temps de foi, eu un acte de religion était une fête de famille, et qui méprisent des plaisirs qui n'ont pour eux que leur innocence ; ceux-là, sans mentir, sont bien à plaindre. Du moins, en nous privant de ces simples amusements, nous donneront-ils quelque chose? Hélas! ils l'ont essayé. La Convention eut ses jours sacrés : alors la famine était appelée sainte, et VHosannah élait changé dans le cri de vive la mort f Chose étrange! des hommes puissants, parlant au nom de l'égalité et des passions, n'ont jamais pu fonder une fête ; et le saint le plus obscur, qui n'avait jamais prêché que pauvreté, obéissance, renoncement aux biens de la terre, avait sa solennité au moment même où la pratique de son culte exposait la vie. Apprenons, par là, que toute. fête qui se rallie à la religion et à la mémoire des bienfaits, est la seule qui soit durable. Il ne suffit pas de dire aux hommes : Réjouissez-vous, pour qu'ils se réjouissent ; on ne crée pas des jours de plaisir comme des jours de deuil, et l'on ne commande pas les ris aussi facilement qu'on peut faire couler les larmes.
Tandis que la statue de Marat remplaçait celle de saint Vincent de Paule, tandis qu'on célébrait ces pompes dont les anniversaires seroni marqués dans nos fastes comme des jours d'éternelle don-
leur, quelgue pieuse famille chômait en secret une fête chru'tienne, et la religion mêlait encore un peu de joie à tant de tristesse. Les cœurs simples ne se rappellent point sans attendrissement ces heures d'épancheraent où les familles se rassemblaient autour des gâteaux qui retraçaient les présents des Mages. L'aïeul, retiré pendant le reste de l'année au fond de son appartement, reparaissait dans ce jour comme la divinité du foyer paternel. Ses petits-enfants, qui depuis longtemps ne rêvaient que la fête attendue, entouraient ses genoux, et le rajeunissaient de leur jeunesse. Les fronts respiraient la gaieté, les cœurs étaient épanouis : la salle du festin était merveilleusement décorée, et chacun prenait un vêtement nouveau. Au choc des verres, aux éclats de la joie, on tirait au sort ces royautés qui ne coûtaient ni soupirs ni larmes : on se passait ces sceptres, qui ne pesaient point dans la main de celui qui les portait. Souvent une fraude, qui redoublait l'allégresse des sujets, et n'excitait que les plaintes de la souveraine, faisait tomber la fortune à la fille du ■ lieu et au fils du voisin, dernièrement arrivé de l'armée. Les jeunes gens rougissaient, embarrassés qu'ils étaient de leur couronne j les mères souriaient, et l'aïeul vidait sa coupe à la nouvelle reine.
Or, le curé, présent à la fête, recevait, pour la distribuer avec d'autres secours, cette première part, appelée la part des pauvres. Des jeux de l'ancien temps, un bal dont quelque vieux serviteur était le premier musicien , prolongeaient les plaisirs ; et la maison entière, nourrices, enfants, fermiers, domestiques et maîtres, dansaient ensemble la ronde antique.
Ces scènes se répétaient dans toute la chrétienté ; depuis le palais jusqu'à la chaumière, il n'y avait point de laboureur qui ne trouvât moyen d'accomplir , ce jour-là, le souhait du Béarnais. El quelle succession de jours heureux ! Noël, le premier jour de l'An, la fête des Mages, les plaisirs qui précèdent la pénitence ! En ce temps-là les fermiers renouvelaient leur, bail, les ouvriers recevaient leur paiement : c'était le moment des mariages, des présents, des charités, des visites : le client voyait le juge, le juge le client : les corps
de métiers, les confréries, les prévôtés, les cours de justice, les universités, les mairies s'assemblaient selon des usages gaulois et de vieilles cérémonies; l'infirme et le pauvre étaient soulagés. L'obligation où l'on était de recevoir son voisin à cette époque faisait qu'on vivait bien avec lui le reste de l'année, et par ce moyen la paix et l'union régnaient dans la société.
On ne peut douter que ces institutions ne servissent puissamment au maintien des mœurs , en entretenant la cordialité et l'amour entre les parents. Nous sommes déjà bien loin de ces temps où une femme, à la mort de son mari, venait trouver son fils aîné, lui remettait les clés, et lui rendait les comptes de la maison comme au chef de la famille. Nous n'avons plus cette haute idée de la dignité de l'homme , que nous inspirait le christianisme. Les mères et les enfants aiment mieux tout devoir aux articles d'un contrat, que de se fier aux sentiments de la nature, et la loi est mise partout à la place des mœurs.
Ces fêtes chrétiennes avaient d'autant plus de charmes, qu'elles existaient de toute antiquité, et l'on trouvait avec plaisir, en remontant dans le passé, que nos aïeux s'étaient réjouis à la même époque que nous. Ces fêtes étant d'ailleurs très-multipliées, il en résultait encore que, malgré les chagrins de la vie, la religion avait trouvé moyen de donner de race en race, à des millions d'infortunés, quelques moments de bonheur.
Dans la nuit de la naissance du Messie, les troupes d'enfants qui adoraient la crèche, les églises illuminées et parées de fleurs, le peuple qui se pressait autour du berceau de son Dieu, les chrétiens qui, dans une chapelle retirée, faisaient leur paix avec le ciel, les alléluia joyeux, le bruit de l'orgue et des cloches, offraient une pompe pleine d'innocence et de majesté.
Iminédialcment après le dernier jou.r de folie, trop souvent marqué par nos excès, venait la cérémonie dos Cendres, comme la mort le leiulemain des plaisirs. « 0 homme, disait le prêtre, souviens-lot que tu es poussière, el que tu retourneras en poussière. » L'ollicier