DES LOIS MORALES OU DU DÉCALOGUE
Il est humiliant pour notre orgueil de trouver que les maximes de la sagesse humaine peuvent se renfermer dans quelques pages. Et dansées pages encore, combien d'erreurs! Les lois de Minos et de Lycurgue ne sont restées debout, après la chute des peuples pour lesquels elles furent érigées, que comme les pyramides des déserts, immortels palais de la mort.
Lois du second Zoroastre.
Le temps sans bornes et incréé est le créateur de tout. La parole fut sa fille; et de sa fille naquit Orsmus, dieu du bien, et Arimha% dieu du mal.
Invoque le taureau céleste, père de l'herbe et de l'homme.
L'œuvre la plus méritoire est de bien labourer son champ.
Prie avec pureté de pensée, de parole et d*action 2. ,
Enseigne le bien et le mal à ton fils âgé de cinq ans '.
Que la loi frappe l'ingrat ^.
Qu'il meure, le fils qui a désobéi trois fois à son père.
La loi déclare impure la femme qui passe à un second hymen.
' S. Paul, ad Corinth., cap. xiii, v. 4 et seq. ^ Zend-Avesta.
'XÉNOPH., Cyr.-f Plat., de Leg., Hb. il. * Xénoph., ib.
DU CHRISTIANISJIE. 6<
Frappe le faussaire de verges.
Méprise le menteur.
A la fin et au renouvellement de l'année* observe dix jours de fêtes.
Lois indiennes.
L'univers est Wichnou.
Tout ce qui a été, c'est lui ; tout ce qui est, c'est lui ; tout ce qui sera, c'est lui.
Hommes, soyez égaux.
Aime la vertu pour elle ; renonce au fruit de tes œuvres.
Mortel, sois sage, tu seras fort comme dix mille éléphants.
L'âme est Dieu.
Confesse les fautes de tes enfants au soleil et aux hommes, et purifie-toi dans l'eau du Gange ' .
Lois égyptiennes.
Chef, dieu universel, ténèbres inconnues, obscurité impénétrable. Osiris est le dieu bon ^ Typhon le dieu méchant. Honore tes parents.
Suis la profession de ton père.
Sois vertueux-, les juges du lac prononceront après ta mort sur tes œuvres.
Lave ton corps deux fois le jour et deux fois la nuit. Vis de peu.
Ne révèle point les mystères 2.
Lois de Minos.
Ne jure point par les dieux.
Jeune homme, n'examine point la loi.
La loi déclare infâme quiconque n'a point d'ami.
Que la femme adultère soit couronnée de laine et vendue.
' Pr. des Br., IIi<t. ofind. : Dion Sic, etc. 'HÉRon., lib. Il; Plat., de Leg. ; Plut., de h. et Os.
Qiio vos repas soient publics, votre vie frugale, et vos danses guerrières*.
(Nous ne donnerons point ici les lois de Lycurgue, parce qu'elles ne font en partie que répéter celles de Minos.)
Lois de Selon.
Que l'enfant qui néglige d'ensevelir son père, que celui qui ne le défend point, meure.
Que le temple soit interdit à l'adultère. Que le magistrat ivre boive la ciguë.
La mort au soldat lâche.
La loi permet de tuer le citoyen qui demeure neutre au milieu des
dissensions civiles.
Que celui qui veut mourir le déclare à l'archonte et meure.
Que le sacrilège meure.
Épouse, guide ton époux aveugle
L'homme sans mœurs ne pourra gouverner^.
Lois primitives de Rome,
Honore la petite fortune.
Que l'homme soit laboureur et guerrier.
Réserve le vin aux vieillards.
Condamne à mort le laboureur qui mange le bœuf.
Lois des Gaules ou des Druides.
L'univers est éternel, l'âme immortelle.
Honore la nature.
Défendez votre mère, votre patrie, la terre.
Admets la femme dans tes conseils.
Honore l'étranger, et mets à part sa portion dans ta récolte.
' Arist., Pol. ; Plat., de Leg.
^ Plut., in Vit. Sul. ; Tit. Liv.
' Plut., in Num.; Tit. Liv.
Que rinfàme soit enseveli dans la boue.
N'élève point de temple, et ne confie l'histoire du passé qu'à ta mémoire.
Homme, tu es libre : sois sans propriété.
Honore le vieillard, et que le jeune homme ne puisse déposer contre lui.
Le brave sera récompensé après la mort, et le lâche puni*.
Lois de Pythagore.
Honore les dieux immortels tels qu'ils sont établis par la loi.
Honore tes parents.
Fais ce qui n'affligera pas ta mémoire.
N'admets point le sommeil dans tes yeux avant d'avoir examiné trois fois dans ton âme les œuvres de ta journée.
Demande-toi: Oùai-je été? Qu'ai-je fait ?Qu'aurais-je dû faire?
Ainsi, après une vie sainte, lorsque ton corps retournera aux éléments, tu deviendras immortel et incorruptible : tu ne pourras plus mourir 2.
Tel est à peu près tout ce qu'on peut recueillir de cette antique sagesse des temps, si fameuse. Là, Dieu est représenté comme quelque chose d'obscur, sans doute, mais à force de lumière : des ténèbres couvrent la vue lorsqu'on cherche à contempler le soleil. Ici, l'homme sans ami est déclaré infâme -, ce législateur a donc déclaré infâmes presque tous les infortunés? Plus loin, le suicide devientloi-, enfin, quelques-uns de ces sages semblent oublier entièrement un Être suprême. Et que de choses vagues, incohérentes, communes,
* Tac, de Mor. Germ. ; Strab. ; C^s., Com. ; Edda., etc.
' On pourrait ajouter à cette i;ible un extrait de la République âe Platon, ou plutôt des douze livres de ses lois, qui sont, à notre avi>, son njcilieur ouvrage tant par le beau tableau des trois vieillards qui discourent en allant à la fontiine, que p ir la raison qui règne dans ce dialogue. Mais ces préceptes n'ont point été mis en pratique ; aiisi nous nous abstiendrons d'en [tarler.
Quant au Coran, ce qui s'y trouve de saint et de juste est emprunté presque mot pour mot de nos livres sacrés ; le reste est une compilation rabbinique.
,64 GÉNIK
dans la plupart de ces sentences ! Les sages du Portique et de l'Académie énoncent tour à tour des maximes si contradictoires, qu'on peut souvent prouver parle même livre que son auteur croyait et ne croyait point en Dieu, qu'il reconnaissait et ne reconnaissait point une vertu positive, que la liberté est le premier des biens, et lé despotisme le meilleur des gouvernements.
Si, au milieu de tant de perplexités, on voyait paraître un code de lois morales, sans contradictions, sans erreurs, qui fît cesser nos incertitudes, qui nous apprît ce que nous devons croire en Dieu, et quels sont nos véritables rapports avec les hommes -, si ce code s'annonçait avec une assurance de ton et une simplicité de langage inconnues jusqu'alors, ne faudrait-il pas en conclure que ces lois ne peuvent émaner que du ciel? Nous les avons, ces préceptes divins : et quels préceptes pour le sage ! et quel tableau pour le poëte !
Voyez cet homme qui descend de ces hauteurs brûlantes. Ses mains soutiennent une table de pierre sur sa poitrine, son front est orné de deux rayons de feu, son visage resplendit des gloires du Seigneur, la terreur de Jéhovah le précède : à l'horizon se déploie la chaîne du Liban avec ses éternelles neiges et ces cèdres fuyant dans le ciel. Prosternée au pied de la montagne, la postérité de Jacob se voile la tête dans la crainte de voir Dieu et de mourir. Cependant les tonnerres se taisent, et voici venir une voix :
Écoute, ô toi Israël, moi Jéhovah, les Dieux ' (5), qui t'ai tiré de la terre de Mitzraïm, delà maison de servitude.