II PRÉFACE
Rempli des souvenirs de riosaniiiju: s mœurs, de la gloire el des monuments de nos rois, le Gmie du (.'hristinnisnie losjiniii ranciennc monarchie tout entière: lliéillier légiiime étailijoiir ainsi dire caclié au (on i du sanciuaiie dont je soulevais !<" voile, cl la couronne de saint Louis suspendue au-dessus do l'autel du Dieu de saint Louis. Les Français apprirent à poiler avec regret leurs reg irds sur le passé ; les voies de l'aveuir furent préparée?, el des espérances p esqiie éteintes se rammèrent.
Buonapaile, qui désirait alors Ib iders:i puissance sur la première base de la soci'ié, et qui venait de faire des arriiniiemeiits avec la cour de Rome, ne milaui un obsiacle à la publication d un ouviage uiile à la populaiilé de ses desseins. Il avait à lutter contie les hommes qui l'entouraient, contre des ennemis déclarés de louies concessions religieuses : il fut donc heureux d'être dt'lendu au d'^hors par l'( pinion que le Génie du Christianisme appelait. Plus lard il se ropenlil de s:t méprise : el au niDinent de sa chute il av( ua que rouvr:ige qui avait le plus nui à son pouvoir ét;iit le Génie du Christianisme.
Mai- Buonapar e, qui aimait la gloire , se laissait prendre à ce qui en avait l'air; le bruit lui imptsait; et (luoiqu'il devînt promptenient inqui t de louie renommi e, il cliercliait d'abord à s'emparer de riiomme dans lequel il reconnaissait une force. Ce fut par celt-' raison que l'iiistilut, n'ayant pas compris le Génie du Christianisme dans les ouvrages qui concoui aient pour le prix décennal, reçut l'orilrc de faire im rappoit sur cet ouvrage; et, bien qu'alors j'eusse blessé mortellement Buonapai te , ce maître du momie entretemiiî, tous les jours M. de Fonianes des places qu'il avait l'inteniion de créer pour moi, des choses extraordinaires qu'il réservait :i ma foi tune.
Ce temp- est passé : vingt années ont fui, des générations nouvelles sont survenues, et un vieux monde qui était hors de France y est rentré.
Ce monde a joui des travaux achevés par d'autres qnc par lui , el n'a pas connu ce (juils avaient coûté : il a trouvé le ridicule que Voltaire avait jeté sur la reli;ion eflacé , les jeunrs gens osant aller à la misse, les prêti es respectés au nom de leur marivie; et ce vieux monde a cru que cela était arrivé tout seul, que personne n'y avait mis la main.
Bientôt même on a senti une sorte d'éloignement pour celui qui avait rouvert la porte d^ s temples, en prêchant la modérai ion évangélique ; pour celui qui avait voulu faire aimer le christiaini>n)e par la beauté de son culte, par le génie de sesoraieuis, par la science de sesdocieurs,par la vertu de ses apôtres et de ses disciples. Il aurait fallu aller plus loin. Dans ma conscience , je ne le pouvais pas.
Depuis vingt-cinq ans , ma vie n'a été qu'un combat entre ce qui m'a paru faux en religion, en philosophie, eu politique , contre le crimes ou les erreurs de mon sièc'e^ contre les hommes (|ui abnsaieni du pouvoir pour corrompre ou pour encliamer les peuples. Je n'ai jamais calculé le ilcgié d'éléval'un de ces hommes; cl depuis Buonaparte, qui laisaii tiendjier le monde, et qui ne ma jamais fait trembler, jusqu'aux oppresseurs obscurs «pii ne sont connus que par mon mépris, j'ai osé tout dire à qui o.sait tout entreprendre. Partout où je l'ai pu, j'ai tendu h main à l'infortune; mais je ne comprends rien à la pros-
l'iiKi'Ac::. m
pcrilé : toujours pjéiàii!ei!c'V()i!or;iiix(iiallu;ui6, je ne sais point servir les passions d:u)s leur iriomplie.
Aurait-on bien fait de suivre le chemin que j'avais tracé pour rendre à la religion sa salutaire influence? Je le crois. En entrant dans l'esprit de nos instii niions, en se pénétrant delaconnais-ainedusiècle, en tempérant les vertus do la foi par celle de la charité, on serait arrivé sûrement au but. Nous vivons dans un temps où il faut beaucoup d'indulgence et de miséricorde. Une jeunesse généreuse est prèle à se jeter dans les bras de quiconque lui prêchera les nobles sentiments qui s'allient si bien aux sublimes préceptes de l'Evangile ; mais elle fuit la soumission servile, et, dans son ardeur de s'instruire, elle a un goût pour la raison tout à fait au-dessus de son âge.
Le Génie du Christianisme paraît maintenani dégagé des circonstances auxquelles on aurait pu aiiiibuer une pariie de son succès. Les auiels sont relevés, les prêircs sont revenus de la captivité, les prélats sont revêtus des premières dignités de l'Etat. L'e.^pèce de défaveur qui, en général, s'attache au pouvoir, devrait pareilK ment s'attacher à tout ce qui a favorisé le rétablissenif m de ce pouvoir : on e-t cmu du combat; on porte peu d'intérêt à la vict lire.
Peut-être aussi Tantcur nnirail-i! à présent, dans un certain monde, à l'ouvrage. Je ne sais comment il arrive que les services que j'ai eu le bonheur de rendre aient rarement été une cause de bienveillance pour moi auprès de ceux à qui je les ai rendus; tandis que les hommes que j'ai combailus ont toujours, au contraire, montré du penchant pour mes écrits et même pour ma po! oimc : ce ne .'«ont pas mes ennemis qui m'ont calomnié. Y aurait-il dans les opinions que jai appnyécs, parce que sous beaucoup de rapports elles soni les miennes, y auraii-il un certain fond d'ingratiiude naturelle? Non, sans doute, et loute faute esi de mon côté.
Par les diverses considérations de temps, de lieux, de personnes, je suis obli;-:c de conclure que si le Génie du Christianisme continue à trouver des lecteurs, on ne peut plus en chercher les laisons dims celles qui firent son premier succès : aulani les chances lui furent favorables autrefois, autant elles lui Sont c ntrairesaujourd'imi. Cepen(ianl l'ouvrage se réimprime m .Igré la multitude des anciennes éditions, et je le regarde toujours comme mon pre* mier litre à h bienveillance du public.
DOGMES ET DOCTUI]\E.