‹ Œuvres complètes de Chateaubriand (volume 5)Chapitre 3 sur 219 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Depuis que le christianisme a paru sur la terre, trois espèces d'en nemis l'ont constamment attaqué : les hérésiarques, les sophistes^ et ces hommes en apparence frivoles, qui détruisent tout en riant. De nombreux apologistes ont victorieusement répondu aux subtilités et aux mensonges-, mais ils ont été moins heureux contre la dérision. Saint Ignace d'Antioche', saint Irénée, évêque de Lyon'^, TertuUien, dans son Traité des Prescriptions, que Bossuet appelle divin, combattirent les novateurs, dont les interprétations supeil'f ■ corrompaient la siinpHcité de la foi.

La calomnie fut repoussée d'abord par Qaadrat et Aristide, j hi-

' loxAT,. ni Pn'r. Apnxî., rpisf. nâ ■'fmijrn., i,° 1. ^ lu Hœres.. Il» vi.

losophes d'Athènes : on ne connaît rien de leurs apologies, hors un fragment de la première, conservé par Eusèbe. Saiiit Jérôme et l'évêque de Césarée parlent de la seconde comme d'un chefd'œuvre*.

Les païens reprochaient aux fidèles l'athéisme, l'inceste, et certains repas abominables où l'on mangeait, disait-ou, la chair d'un enfant nouveau-né. Saint Justin plaida la cause des chrétiens après Quadrat et Aristide : son style est sans ornement, et les actes de son martyre prouvent qu'il versa son sang pour sa religion avec la même simplicité qu'il écrivit pour elle 2. Alhénagore a mis plus d'esprit dans sa défense-, mais il n'a ni la manière originale de Justin, ni l'impétuosité de l'auteur de VApologéiiqiie. Tcrtullien est le Bossuct africain et barbare-, Théophile, dans les trois livres à son ami Aulolyque, monlre de l'imagination et du savoir; et V Octave de Minulius Félix présente le beau tableau d'un chrétien et de deux idolâtres, qui s'entretiennent de la religion et de la nature de Dieu, en se promenant au bord de la mer ^.

Arnobe le rhéteur, Lactance, Eusèbe, saint Cyprien, ont aussi défendu le christianisme; mais ils se sont moins attachés à en relever îa beauté qu'à développer les absurdités de l'idôlatrie.

Origène combattit les sophistes : il semble avoir eu l'avantage de l'érudition, du raisonnement et du style, sur Celse, son adversaire. Le grec d'Origène est singulièrement doux ; il est cependant mêlé d'hébraïsmes et de tours étrangers, comme il arrive assez souvent aux écrivains qui possèdent plusieurs langues.

L'Église, sous l'empereur Julien, fut exposée à une persécution du caractère le plus dangereux. On n'employa pas la violence contre les chrétiens, mais on leur prodigua le mépris. On commença par dépouiller les autels-, on défendit ensuite aux fidèles d'ensei-

•Eus.,lib. IV, 3; HiKRONYM., Epist., 80; Fleury, Uist. ecclés., toirie i. TiLLEMONT, Além. pour ruist. eccL, touie il.

5 Voyez, avec It'saiiti urs cités ci-dessus, Dupin, dom Cellier , et l'éléganie trailuciion des SimxGn?, Apologistes, par M. labbé de Gouncv.

gner et d'étudier les lettres'. Mais l'empereur, sentant l'avantage des institutions chrétiennes, voulut, en les abolissant, les imiter : il fonda des hôpitaux et des monastères-, et, à l'instar du culte évangélique, il es-^aya d'unir la morale à la religion, en faisant prononcer dos espèces de sermons dans les temples -.

Les sopîiistcs dont Julien était environné se déchaînèrent contre le (hrisli.-ia'-me-, Julien même ne dédaigna pas de se mesurer avec les Gafilveîîs. L'ouvrage qu'il écrivit contre eux ne nous est pas p-îrvcnn -, irafs saint Cyrille, patriarche d'Alexandrie, en cite des fragments dans la réfutaliou qu'il' en a faite, et que nous avons encore. Lorsque J:iîion est sérieux, saint Cyrille triomphe du philosophe; mais lorsque rcmpcreur a recours à Tironie, le patriarche perd ses avantages. Le style de Julien est vif, animé, spirituel : saint Cyrille s'emporte, ri est bizarre, obscur et contourné. Depuis Julien jusqu'à Luther, l'Église, dans toute sa force, n'eut plus b^ soin d'apologi<tes. Quand le schisme d'Occident se forma, avec les nouveaux ennemis parurent de nouveaux défenseurs. Il le faut avouer, les protestants eurent d'abord la supériorité sur les catholiques, du moins par les formes, comme le remarque Montesquieu. Érasme même fut faible contre Luther, et Théodore de Bèze eut une légèreté de style qui manqua trop souvent à ses adversaires.

Mais lorsque Bossuet descendit dans la -earrière, la victoire ne demeura pas longtemps indécise-, Phydre de l'hérésie fut de nouveau terrassée. Vllisloire des Van'aiions et V Exposition de la Doctrine catholique sont deux chefs-d'œuvre qui passeront à la postérité.

Il est naturel que le schisme mène à l'incrédulité, et querathcismc suive l'hérésie. Bayle et Spinosa s'élevèrent après Calvin; ils trouvèrent dans Clarke et Leibnitz deux génies capables de réfuter Ieui*ssophismes. Abbadie écrivit en faveur de la religion une apologie remarquable par la méthode et le raisonnement. Malheureuscmenl

• Sor.n., 3, < ap. mi ; Gr.KG. Naz , 3, pages 51-97, eic. ^ Vo)ez Flelrv, lliil. ceci.

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