CHAPITRE PREMIER
SUPÉRIORITÉ DE LA TRADITION DE MOÏSE SUR TOUTES LES AUTRES COSMOGONIES.
II y a des vérités que personne ne conteste, quoiqu'on n'en puisse fournir des preuves immédiates : la rébellion et la chute de l'esprit d'orgueil, la création du monde, le bonheur primitif et le péché de l'homme, sont au nombre de ces vérités. Il est impossible de croire qu'un mensonge absurde devienne une tradition universelle. Ouvrez les livres du second Zoroastre, les dialogues de Platon et ceux de Lucien, les traités moraux de Plutarque, les fastes des Chinois, la Bible des Hébreux, les Edda des Scandinaves; transportez- vous chez les nègres de l'Afrique (6), ou chez les savants prêtres de l'Inde: tous vous feront le récit des crimes du dieu du mal ; tous vous peindront les temps trop courts du bonheur de l'homme, et les longues calamités qui suivirent la perte de son innocence.
Voltaire avance quelque part que nous avons la plus mauvaise copie de toutes les traditions sur l'origine du monde et sur les éléments physiques et moraux qui le composent. Préfère-t-il donc la cosmogonie des Égyptiens, le grand œuf ailé des prêtres de Thèbes ' ? Voici ce que débite gravement le plus ancien des historiens après Moïse :
* HÉROD., lib. II ; DiOD. Sic
«Le principe de l'univers était un air sombre et tempétueux, un vent fait d'un air sombre et d'un turbulent chaos. Ce principe était sons bornes, et n'avait eu pendant longtemps ni limite ni figure. Mais quand ce vent devint amoureux de ses propres principes, il ec résulta une mixtion, et cette mixtion fut appelée désir ou amour.
« Cette mixtiop, étant complète, devint le commencement de toutes choses 5 mais le vent ne connaissait point son propre ouvrage, la mixtion. Celle-ci engendra à son tour, avec le vent son père, mot ou le limon, et de celui-ci sortirent toutes les générations de l'univers '. »
Si nous passons aux philosophes grecs. Thaïes, fondateur de la secte Ionique, reconnaissait l'eau comme principe universel 2. Platon prétendait que la Divinité avait arrangé le monde, mais qu'elle n'avait pu le créer '\ Dieu, dil-il, a formé l'univers d'après le modèle existant de toute éternité en lui-même ^. Les objets visibles ne sont que les ombres des idées de Dieu, seules véritables substances ^. Dieu fit en outre couler un souffle de sa vie dans les êtres. Il en composa un troisième principe à la fois esprit et matière, et ce principe est appelé Vâme du monde ^.
Aristote raisonnait comme Platon sur l'origine de l'univers-, mais il imagina le beau système de la chaîne des êtres-, et, remontant d'action en action, il prouva qu'il existe quelque part un premier mobile '.
Zenon soutenait que le monde s'arrangea par sa propre énergie, que la nature est ce tout qui comprend tout j que cetout se compose de deux principes, l'un actif, l'autre passif, non existant séparés, mais unis ensemble 5 que ces deux principes sont soumis à un troisième, la fatalité ; que Dieu, la matière, la fatalité, ne font qu'un \ qu'ils
' Sanch., ap. EusEB., Prœpar. Evang., lib i, cap. x.
^ ClC, deNat. Deor., lib. l, n" 25.
' Tim., p. 28; DioG. LaerT., lib. III; Plut., de Gen. Anim,, p. 78.
* Plat., Tim., p:ii;c 29.
* Id.,Rep.,\h. VII, p. 516.
^ /</., Tim., p;ij:e34.
' ARiST.,(fc Gen. An., lib. il, cap. ni; Met. , lib. XI, cap. V; de Cœl. , lib. XI, cap. iiijCic.
composant à la fois les roues, le mouvement, leslois de la machine, et obéissent comme parties aux lois qu'ils dictent comme tout*.
Selon la philosophie o'Épicure, l'univers existe de toute éternité. Il n'y a que deux choses dans la nature, le corps et le vide 2.
Les corps se composent de l'agrégation de parties de matière infiniment petites, les atomes, qui ont un mouvement interne, la gravité: leur révolution se ferait dans le plan vertical, si, par une loi particulière, ils ne décrivaient une ellipse dans le vide s.
Épicure supposa ce mouvement de déclinaison pour éviter le sys- <;ème des fatalistes, qui se reproduirait par le mouvement perpendiculaire de l'atome. Mais l'hypothèse est absurde^ car, si la déclinaison del'atorae est une loi, elle est de nécessité, et comment une cause ohligéeproduira-t-elle un effet libre?
La terre, le ciel, les planètes, les étoiles, les plantes, les minéraux, les animaux, en y comprenant l'homme, naquirent du concours fortuit de ces atomes, et lorsque la vertu productive du globe se fut évaporée, les races vivantes se perpétuèrent par la génération ''.
Les membres des animaux, formés au hasard, n'avaient aucune destination particulière j l'oreille concave n'était point creusée pour entendre, l'œil convexe arrondi pour voir-, mais ces organes se trouvant propres à ces différents usages, les animaux s'en servirent machinalement et de préférence à un autre sens \
Après l'exposition de ces cosmogonies philosophiques, il serait inutile de parler de celles des poètes. Qui ne connaît Deucalion et Pyrrha, Tàge d'or et l'âge de fer? Quant aux traditions répandues chez les autres peuples de la terre : dans l'Inde un éléphant soutient le globe-, le soleil a tout fait au Pérou-, au Canada le grand lièvre est
* L;.r.r>T , lib. v; Stob., EccL Phys , cap. xiv; Senec , Con.'o^, cap. xxix; ClC, l'ic !\'at Deor.; Anton., lib. vu.
' LucniLT., lib. II ; Laert.. li!). X. ® Loc. tit.
* Llcret., lib. v-x ; CiC, de Pfat. Dcor., lib. l, ca;). vill-lX. *LxjCRet., lib. iv-v.
DU CEIRISTIANISME. 71
le père du monde; au Groenland l'homme est sorti d'un coquillage *j enfin la Scandinavie a vu naître Askus etEmia-, Odin leur donna l'âme, Hœnerus la raison, et Lœdur le sang et la beauté:
Askiini oiEiiihim, ornni conalu de^liUiios, Aniaiam nec possicltbaiit, riilionein iiec \iÀ> bifii, Nec saiiguineni, nec sermoneui, nec f;ici»'in venu tam : Ani.Miam cledil Odiuus, rationein dedil Hœnci iis; Lœdur sanguinein addiditetfaciem venus'.ain ^
Dans ces diverses cosmogonies, on est placé entre des contes d'enfants et des abstractions de philosophes : si l'on était obligé de choisir, mieux vaudrait encore se décider pour les premiers.
Pour découvrir l'original d'un tableau au milieu d'une foule de copies, il faut chercher celui qui, dans son unité ou la perfection de ses parties, décèle le génie du maître. C'est ce que nous trouvons dans la Genèse, original de ces peintures reproduites dans les traditions des peuples. Quoi de plus naturel, et cependant de plus magnifique, quoi de plus facile à concevoir et de plus d'accord avec la raison de l'homme, que le Créateur descendant dans la nuit antique pour faire la lumière avec une parole? Le soleil, à l'instant, se suspend dans les cieux, au centre d'une immense voûte d'azur ; de ses invisibles réseaux il enveloppe les planètes , et les retient autour de lui comme sa proie-, les mers et les forêts commencent leurs balancements sur le globe, et leurs premières voix s'élèvent pour annoncer à l'univers ce mariage de qui Dieu sera le prêtre, la terre le Ut nuptial, et le genre humain la postérité ^
' vu. Hesiod. ; OviD. ; Ilist. of Hindosl ; Herbera, Nist. de las Ind. / Cdarlevoix, Nist. delà Nouv. France; P. Lafit., Mœurs des Indiens; Tratels in Greeland by a Mission.
^ BARTliOL.j/lnf. Dan
' Le> Mémoires de la Sociéié de Calcutta confirm nt les vérités de la Genèse. Ils nous ni.iiitr -ni la niyilioli-gie partagée en irois branches , dont l'une s'étendait aux Ind. s, l'autre en Grèce, et la troisième chez les Siuvages de rAniéiiqtiesppiciitridnale; enlin cette mythologie venant se raïUicher à une plus ancienne truiition, qui est celle mcnie de Moïse. Les voyageurs modernes aux Indes trouvent partout des traces des faits r apportés dans l'Éi riture ; après «Q avoir longtemps contesté raulheniicilé, on est obligé do lu rccounaîiie.