‹ Œuvres complètes de Chateaubriand (volume 5)Chapitre 20 sur 219 · Tu ne seras point adultère · texte numérisé non relu

Tu ne seras point adultère

. 8. Tu ne voleras point.

9. Tu ne porteras point contre ton voisin un faux témoignage. 10. Tu ne désireras point la maison de ton voisin, ni la femme de ton voisin, ni son serviteur, ni sa servante, ni son bœuf, ni son âne, ni rien de ce qui est à ton voisin. Voilà les lois que l'Éternel a gravées, non-seulement sur la pierre du Sinaï, mais encore dans le cœur de l'homme. On est frappé d'abord du caractère d'universalité qui distingue cette table divine des tables humaines qui la précèdent. C'est ici la loi de tous les peuples,

' Celle iraduciion est loin de donner une idée de la magnificence du lexle. ^/iMBiaym cïrl une sorledecri d'adniiraiion , connue la voix d'un peuple qui» en regardant le lirnianient, s'écrierait : Voyez ces eaux mirandeuscs suspendues envoûte surnos tètes l ces dômes de cristal et de diamant! On ne |)eut loudrc en franc. lis, dans la traduction d une loi , celle poésie qu'expiiuie ua Seul mol.

de tous les climats, de tous les temps. Pythagore et Zoroastre s'adressent à des Grecs et à des Mèdes -, Jéhovah parle à tous les hommes : on reconnaît ce père tout-puissant- qui veille sur la création et qui laisse également tomber de sa main le grain de blé qui nourrit l'insecte et le soleil qui Téclaire.

Rien n'est ensuite plus admirable, dans leur simplicité pleine de justice, que ces lois morales des Hébreux. Les païens ont recommandé d'honorer les auteurs de nos jours : Solon décerne la mort au mauvais fils. Que fait Dieu? il promet la vie à la piété filiale. Ce commandement est pris à la source même de la nature. Dieu fait un précepte de l'amour tiUal -, il n'en fait pas un de l'amour paternel -, il savait que le fils, en qui viennent se réunir les souvenirs et les espérances du père, ne'serait souvent que trop aimé de ce dernier : mais au fils il commande d'aimer, car il connaissait l'inconstance et l'orgueil, de la jeunesse.

A la force du sens interne se joignent, dans le Décalogue, comme dans les autres œuvres du Tout-Puissant, la majesté et la grâce des formes. Le Brahmane exprime lentement les trois présences de Dieu ^ le nom de Jéhovah les énonce en un seul mot j ce sont les trois temps du verbe être, unis par une combinaison sublime : hmah, il fut; homh, étant, ou il est; et/e, qui, lorsqu'il se trouve placé devant les trois lettres radicales d'un verbe, indique le jfutur, en hébreu, il sercu

Enfin, les législateurs antiques ont marqué dans leurs codes les époques des fêtes des nations, mais le jour du repos d'Israël est le jour même du repos de Dieu. L'Hébreu et son héritier le Gentil, dans les heures de son obscur travail, n'a rien moins devant les yeux que la création successive de l'univers. La Grèce, pourtant si poétique, n'a jamais songé à rapporter les soins du laboureur ou de l'artisan à ces fameux instants où Dieu créa la lumière, iraçaja route au soleil, et anima le cœur de l'homme.

Lois de Dieu, que vous ressemblez peu à celles des hommes ! Eternelles comme le principe dont vous êtes émanées, c'est en vain que

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les siècles s'écoulent; vous résistez aux siècles, à laijersécution, et à la corruption même des peuples. Cette législation religieuse, organisée au sein des législations politiques (et néanmoins indépendante de leurs destinées ), est un grand prodige. Tandis que les formes des royaumes passent et se modifient, que le pouvoir roule de main en main au gré du sort, quelques chrétiens, restés fidèles au milieu des inconstances de la fortune, continuent d'adorer le même Dieu et de se soumettre aux mêmes lois, sans se croire dégagés de leurs liens par les révolutions, le malheur et l'exemple. Quelle religion dans l'antiquité n'a pas perdu son influence morale en perdant ses prêtres et ses sacrifices? Où sont les mystères de l'antre de Trophonius et les secrets de Cérès Éleusine ? Apollon n'est-il pas tombé avec Delphes, Baal avec Babylone, Sérapis avec Thèbes, Jupiter avec le Capitole? Le christianisme seul a souvent vu s'écrouler les édifices où se célébraient ses pompes sans être ébranlé de la chute. Jésus-Christ n'a pas toujours eu des temples, mais tout est temple au Dieu vivant, et la maison des morts, et la caverne de la montagne, et surtout le cœur du juste-, Jésus-Christ n'a pas toujours eu des autels de- porphyre, des chaires de cèdre et d'ivoire, et des heureux pour serviteurs : mais une pierre au désert suffit pour y célébrer ses mystères, un arbre pour y prêcher sesloisp et un lit d'épines pour y pratiquer ses vertus.

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