‹ Œuvres complètes de Chateaubriand (volume 5)Chapitre 76 sur 219 · DE L'ALLÉGORIE · texte numérisé non relu

DE L'ALLÉGORIE

Mais quoi! dha-l-on, ne trouvez-vous rien de beau dans les allégories antiques?

Il faut faire une distinction.

L'allégorie morale, comme celle des Prières dans Homère , est belle en tout temps, en tout pays, en toute religion : le christianisme ne l'a pas bannie. Nous pouvons, autant qu'il nous plaira, placer au pied du trl)ne du souverain Arbitre les deux tonneaux du bien et du mal. Nous aurons même cet avantage, que notre Dieu n'agira pas injustement et au hasard, comme Jupiter : il répandra les flots de la douleur sur la tête des mortels, non par caprice, mais pour une fin à lui seul connue. Nous savons que notre bonheur ici-bas est coordonné à un bonheur général dans une chaîne d'êtres et de mondes qui se dérobent à notre vue -, que l'homme, en harmonie avec les globes, marche d'un pas égal avec eux à l'accomplissement d'une révolution que Dieu cache dans son éternité.

Mais si l'allégorie morale est toujours existante pour nous, il n'en est pas ainsi de V'dWésov'ie physique. Que Junon soit l'a//', que Jupiter soit Véther, et qu'ainsi frère et sœur ils soient encore époux et épouse, où est le charme de cette personnification ? 11 y a plus : cette sorte d'allégorie est contre les principes du goût, et même delà saine logique.

On ne doit jamais personnifier qu'une qualité ou qu'une offeclion d'un être, et non pas cet êlre lui-même; autrement ce n'est plus une véritable personnification, c'est seulement avoir fait changer de nom à l'objet. Je peux faire prendre la parole à une pierre, mais que gagnerai-je à appeler cette pierre d'un nom allégorique? Or, l'àme, dont la nature est la vie, a essentiellement la faculté de produire -, de sorte qu'un de ses vices, une de ses vertus, peuvent être consi dérés ou comme son jils, ou comme sa fille, puisqu'elle les a véritablement engendrés. Cette passion, active comme sa mère, peut à son tour croître, se développer, prendre des traits, devenir un êlre distinct. Mais Y objet physique, êlre passif de son essence, qui n'est susceptible ni de plaisir ni de douleur, qui n'a que des accidents et point de passions, et des accidents aussi morts que lui-même, ne présente rien qu'on puisse animer. Sera-ce la dureté du caillou, ou

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