PARTIE UIST0R5QIE DE LA POÉSIE DESCRIPIIVE CHEZ LES MODERNES
Le? apôtres avaient à peine commencé de prêcher l'Evangile au tnondo, qn'on vit naifrc la poésie descriptive. Tout rentra dans la vérité ilccant celui qui tien! la place de la vérité sur la terre, comme pavle saint Augustin. La nature cessa de se faire entendre par l'organe mensonger des idoles ^ on connut ses fins, on sut qu'elle avait été laite premièrement pour Dieu, et ensuite pour l'homme. En effet, efle Jîc dit jamais que deux choses : Dieu glorifié par ses œuvres, et tes besoins de l'homnH? satisfaits.
Cette découverte lit clianger de face à la création -, par sa partie m^ielîectuelie, c'est-à-dire par celle pensée de Dieu que la nature montre de toutes parts, l'àme reçut abondance de nourriture 5 et par la partie matérielle du monde, le corps s'aperçut que tout avait été formé pour lui. Les vains simulacres attachés aux êtres iusensihlcs s'évanouirent, et les rochers furent bien plus réellement animés, tes clvènes rendirent des oracles bien plus certains, les vents et les ondes élevèrent des voix bien plus touchantes, quand l'homme eut puieé dans son propre cœur la vie, les oracles et les voix de la nature.
Jusqu'à ce moment la solitude avait été regardée comme affreuse j ffiwis les chrétiens lui trouvèrent mille charnjes. Les anachorètes -écrivirent de la douceur du rocher et des délices de la contemplation: c'est le premier pas de la poésie descriptive. Les religieux qui publièrent la vie des Pères du désert furent à leur tour obligés de faire
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le tableau des retraites où ces illustres inconnus avaient caché leur gloire. On voit encore dans les ouvrages de saint Jérôme et de saint Athanase^ des descriptions de la nature qui prouvent qu'ils savaient observer et faire aimer ce qu'ils peignaient.
Ce nouveau genre. Introduit par le christianisme dans la littérature, se développa rapidement. Il se répandit jusque dans le style historique, comme on le remarque dans la collection appelée la Byzantine, et surtout dans les histoires de Procope. Il se propagea de même, mais il se corrompit, parmi les romanciers grecs du Bas- Empire cl chez quelques poètes latins en Occident -.
Constantinople ayant passé sous le joug des Turcs, on vit se former en Italie une nouvelle poésie descriptive, composée des débris du génie maure, grec et italien. Pétrarque, l'Arioste et le Tasse relevèrent à un haut degré de perfection. Mais celte perfection manque de vérité. Elle consiste en quelques épithètes répétées sans fin, et toujours appliquées de la même manière. Il fut impossible de sortir d'un bois touffu, d'un antre frais, ou des bords d'une claire fontaine. Tout se remplit de bocages CCorangers, de berceaux de jasmins et de buissons de roses.
Flore revint avec sa corbeille, et les éternels zéphyrs ne manquèrent pas de l'accompagner; mais ils ne retrouvèrent dans les bois ni les naïades, ni les faunes; et s'ils n'eussent rencontré les fées et les géants des Maures, ils couraient risque de se perdre dans cette immense solitude de la nature chrétienne. Quand l'esprit humain fait un pas, il faut que tout marche avec lui; tout change avec ses clartés ou ses ombres : ainsi il nous fait peine à présent d'admettre de petites divinités là où nous ne voyons plus que de grands espaces. On aura beau placer l'amante de Tithon sur un char, et la couvrir de fleurs et de rosée, rien ne peut empêcher qu'elle ne pdf raisse disproportionnée en promenant sa faible lumière dans ces
* HiERON., in vit. Paul , S. ATUAN.,fn vit. Anton.
* BoECii:, Ole.
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deux infinis que le christianisme a déroulés : qu'elle laisse donc le soin d'éclairer le monde à celui qui l'a fait.
Cette poésie descriptive ilaiienne passa en France, et fut favorablement accueillie de Ronsard, de Lemoyne, de Coras, de Saint- Amant, et de nos vieux romancieiç. Mais les grands écrivains du siècle de Louis XIV, dégoûtés de ces peintures , où ils ne voyaient auciiue vérité, les bannirent de leur prose fît de leurs vers , et c'esl un des caractères distinctifs de leurs ouvrages, qu'on n'y trouve presque aucune trace de ce que nous appelons poésie descriplive '.
Ainsi repoussée en France, la Muse des champs se réfugia en Angleterre, où Spencer, Waller et Milton l'avaient déjà. fait connaître. ïÀ\e y perdit par degrés ses manières affectées j mais elle tomba dans un autre excès. En ne peignant plus que la vraie nature , elle voulut tout peindre, et surchargea ses tableaux d'objets trop petits, ou de circonstances bizan^s. Thomson même, dans son chant de VHmr, si supérieur aux trois autres , a des détails d'une mortelle longueur. Telle fut la seconde époque de la poésie descriptive.
D'Angleterre elle revint en Frai>ce avec les ouvrages de Pope et du chantre des Saisons. Elle eut de la peine à s'y introduire^ «ar elle fut combattue par l'ancien genre italique , que Dorât et quelques autres avaient fait revivre : elle triompha pourtant, et ce fut à Dehile et à Saint-Lambert qu'elle dut la victoire. Elle se perfcictionna sou» la muse française , se-soumit aux règles du goût, et atteignit sa Armgième époque.
Disons toutefois qu'elle s'était maintenue pure , quoique igtupsrée, dans les ouvrages de quelques naturalistes du temps de Loui;^ l\l\ , teVi que Tournefort et le père Duterlre. Celui- ci à une imaginaUoii vive joint un génie tendre et rêveur , il se sert même , ainsi que La Fonlaine , du mot de mêhncolie dans le sens où nous l'employiins aujourd'hui. Ainsi le siècle de Louis XIV n'a pas été totalcnwU priv«é
* Il faut en excepter Fôntilon, La Fonlaine rt Chaulien. Racine fils, père de celle liouvf Ile école puciiqiit-, (l.ui:» laquelle iM. Delillea excellô, pool èircunssi regardé coiniin; ii-, foiidaicm dt la jiiiu->ic dcâiriiiiivc en Fiance.
du véritable genre descriplif , comme on serait d'abord tenté de le croire : il était seuleiiicnl relégué dans les lettres de nos missionnaires'. Et c'est là que iious avons puisé cette espèce de style que nous croyons si nouveau aujourd'hui.
Au reste, les tableaux répandus dans la Bible peuvent servir à prouver doublement que la poésie descriptive est née , parmi nous , du christianisme. Job , les prophètes , l'Ecclésiastique , et surtout les Psaumes, sont remplis de descriptions magnifiques. Le psaume Benedic, anima mea, est un chef- d'œuvre dans ce genre.
Mon âme, bcnis le Seigneur; Sn4;n'iir, mon Dieu, que vous êU s grand dans vos œuvres
Vous répiimlez les lénèbrcs, et la nuit esl sur la terre : c'est alors que les bêtes d(!S foièts inarchenl (1>m>j l'cimbie, que les rugissements des lionceaux appellent ia proie, cl deinanu<nlà Dieu la nourriture promise aux animaux.
Mais le soleil s'est levé, et déjà le» bétes sauvages se sont retirées
L'homme alors sort pour le travail du jour, etacoomplit son œuvre jusqu'au soir
Comme elle est va-le, cttie mer qui étend au loin ses bras spacieux ! De» animaux sans nombre se nieuvtnl dans son siin, les plus petits avec l<s plus grands, et les vaisseaux nassent'ur ces ondes ^.
Horace et Pindare sont restés bien loin de cette poésie.
Nous avons donc eu raison de dire que c'est au christianisme que Bernardin de Saint-Pierre doit son talent pour peindre les scènes dt la solitude : il le lui doit, parce que nos dogmes, en détruisant les divinités mythologiques , ont rendu la vérité et la majesté au désert \ il le lui doit , parce qu'il a trouvé dans le système de Moïse le véritable système de la nature.
Mais ici se présente un autre avantage du poète chrétien : si sa religion lui donne une nature solitaire y il peut avoir encore une nature habitée. Il est le maître de placer des anges à la garde des forêts , aux cataractes de l'abime, ou de leur confier les soleils et les mondes. Ceci nous ramène aux êtres surnaturels ou au merveilleux du christianisme.
' On on V! rra de beaux 'Xeniides lorsque nous parbTons des missions. ' Psautier français, [i. 140. in -8"; traduction de la Harpe.