CARACTERE DU VRAI DIEU
C'est une chose merveilleuse que le Dieu de Jacob soit aussi le Dieu de l'Évangile -, que le Dieu qui lance la foudre soit encore le Dieu de paix et d'innocence.
II donne aux fleurs leur aimable peinture :
Il fail naître et mûrir les fruits,
Et ieurdispense avec mesure Et la chaleur des jours et la fraîcheur des nuits.
Nous croyons n'avoir pas besoin de preuves pour montrer combien le Dieu des chrétiens est poétiquement supérieur au Jupiter antique. A la voix du premier les fleuves rebroussent leur cours, le ciel se roule comme un livre, les mers s'entr'ouvrent, les murs des cités se renversent, les morts ressuscitent, les plaies descendent sur les nations. En lui le sublime existe de soi-ireme, et il épargne le soin de le chercher. Le Jupiter d'Homère, ébranlant le ciel d'un signe de ses sourcils, est sans doute fort majestueux -, mais Jéhovah descend dans le chaos, et lorsqu'il prononce le fiât lux, le fabuleux fils de Saturne s'abîme et rentre dans le néant.
Si Jupiter veut donner aux autres dieux une idée de sa puissance, il les menace de les enlever au bout d'une chaîne : il ne faut à Jéhovah ni chaîne ni essai de cette nature.
Di: cnniSTiAMs.-^îE. 2S7
Ft qu'*' lie>0'n so!t bi:); :i-!-il ifi n tlo nos l'ivlirs ? Qii»' piiiveiitc(inti-.' lui Ions It'S rois il<> l:i Iimto ? Ln vain ils s'uiii.aitiil pour lui !;iir(î i:i giicrr • : Pour d s ipcriiUil'gii-^ il it'n «jii'à se iiK.nlrcr; Il pailt', 1 1 ilaiis la pouilrc il les luii liusniiirer. Au son! son de sa voix la uht fui, le cio! in initie; Il voil ciiinnif un riéuit loul i'nnivcrs cr.scuible; El les laiblos niorU'ls, vains joiicis (lu licpas, Siiil loiis (levant ses yeux coin;;ie s'ils n'él lienl pas*.
Achille va paraître pour venger Patrocle. Jupiter déclare aux immortels qu'ils peuvent se mêler au combat et prendre parti dans la mêlée. Aussilôi l'Olympe s'ébranle :
Aei/iv , el \ ^.
a Le père dt-s dieux ei des himinies faii gionder sa foudre. Nepiune, soulevant les ondi's, él)raiile la terre immense ; IMa secoue ses fonilemenis et ses cimes; sis foniaincs debor-lent -.les vaisseaux des Grecs, la ville des Troyens, chancellenl sur le sol flutt^int. »
Plulon Sort de son irùiie ; il iiâl.t, il s'écrie, etc.
Ce morceau a été cité par les critiques comme le dernier effort du sublime. Les vers grecs sont admirables; ils deviennent tour-à-tour le foudre de Jupiter, le trident de Neptune et le cri de Pluton. Il «emble qu'on entende les gorges de l'Ida répéter le son des tonnerres :
Aeivôv (jf s/Tr.c£ TCatY.f àv^fôjv tc Ôîûv tî.
Ces r et ces consonnances en an, dont le vers est rempli, imitent le roulement de la foudre , interrompu par des espèces de silence , w», T£, êi, i», T= : c'est ainsi que la voix du ciel, dans une tempête, meurt et renaît tour-à-tour dans la profondeur des bois. Un silence subit et pénible , des images vagues et fantastiques, succèdent au tumulte des premiers mouvements : on sent , après le cri de Plulon , qu'on est entré dans la région de la mort ^ les expressions d'Homère St, décolorent : elles deviennent Iruides, muettes el sourdes, et une
* RAClMi, Elher.
' HoMÈKii , Iliade, lib. xx, v. 50.
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multitude d'^ sifflantes imitent le murmure de la voix inarticulée des ombres.
Où prendrons- nous le parallèle , et la poésie chrétienne a-t-elle assez de moyens pour s'élever à ces beautés? Qu'on en juge. C'est l'Éternel qui se peint lui-même :
Sa colère a monlé comme un loiirbillon de fumée; son visage a paru coniine la flamme, et son courroux comme un (eu aident. Il a ubais^é lescieiix, il esitlescendii, el les nnages élaienl sons ses pieds. Il a pris son vol sur les ^iles des Chémbuisj il s'esi élancé sur les venis. Les nuées amoncelées forniaienl autour de lui un pavi ion de ténèbres : l'cclai de son visaiie les a dissipées, et une pluie de feu est tombée di; leur sein. Le Seigneur a tonné du haut des cieux. Le Tiè--Hani a lait enteniire sa voix, sa voix a éclaté comme on orage brtilant. Il a lauci: ses flè( lies el dissipé mes ennemis; il :i redoublé ses foiidies <]ui les ont renversés. Alors les eaux ont été dévoilées dans leurs ■sources ; les.foudenients de la terre ont paru à découvert, parce que vous les «a»eK' menacés, Seigneur, el qu'ils ont senti le .-oufQe lie voire colère.
« Avouons-le , dit la Harpe , dont nous empruntons la traduction, il y a aussi loin de ce sublime à tout autre sublime, que de l'esprit de iPieu 'â 'l'esprit de l'homme. On voit ici la conception du grand dans ison principe : le reste n'en est qu'une ombre, comme l'intelligence icréée n'est qu'une faible émanation derinlelligence créatrice : comme la licUon, quand elle est belle, n'est encore que l'ombre de la vérité, et tire tout son mérite d'un fond de ressemblance. »