‹ Œuvres complètes de Chateaubriand (volume 5)Chapitre 87 sur 219 · SUITE DES SIACHINES POÉTIQUES · texte numérisé non relu

SUITE DES SIACHINES POÉTIQUES

YOYAGES DES DIlUX HOMÉRIQUES. S.' TAN ALLANT A Là DliCOUVElllE DE LA CRÉATION.

Nous touchons à la dernière des machines poétiques , c'est-à-dire ^ux voyages des êtres surnaturels. C'est une des parties du mer-

veilleux dans laquelle Homère s*est montré le plus sublime. Tantôt il raconte que le char du dieu vole comme la pensée d'un voyageur qui se rappelle en un instant les lieux qu'il a parcourus-, tantôt il dit:

Autant qu'un homme assis au rivafïe des mers Voii, (1 un roc élevé, li'espac»; dans les ans, Anl ml des miinoi tels les coursiers intrépides En fr.incliissetit d'un saul ^

Quoi qu'il en soit du génie d'Homère et de la majesté de ses dieux, son merveilleux et sa grandeur vont encore s'éclipser devant le merveilleux du clirislianisme.

Satan, arrivé aux portes de l'enfer, que le Péché et la Mort lui ont ouvertes , se prépare à aller à la découverte de la création.

Like a furnace moiiih^.

Tlie suJden view

Of ail ihis woild al once.

« Les portes de V en fer s^ ouvrent... vomissant, comme la bonched'une fournaise, des dorons de lumée cl des flammes ronges. Soudain , aux regards de Salan se dévo;lenl les secrets de ranliiiuc abimo; océan soml)reelsans bornes, où les teiniis, les dimensions et les lieux vienneni se iicrdre , où rancicnne Nuil et II- Chaos, aïeux de la Naiure, mainlienneni une (icrnclle anarciiic au milieu d'une élemele guerre, el régnent par la confusion. Salan , arrèic sur le seuil de lenfer, regarde dans le vaste goulfre, berceau et peut-être tombeau de la Nature ; il pesé en lui-même les dangers du vnyaij; •. Bi. ntol, déployant ses ailes, el repouss ml du pied le seuil falai, il s'fHeve dans des turbilions de fumée. Porté sur ce siég.- nébuleux , longtemps il monte avec audace; mais la vapeur, gtadu llemenl dissipée, rabandonnc au mil eu du vide. Surpris , il redouble en vain le mouvemenl de ses aibs, el, comme un poids niorl, il tombe.

« L'instant où je chante verrait encore sa chute, si l'explosion d'un nuage lumuliueux remp 1 de soufre et de flamme ne 1'» ûl élan( é h des hauteurs égales aux profondeurs où il élait descendu. Jeté sur des terres molles el tremblâmes, a travers les éléments •'pais ou suittds,... d marche, il vole, il nage, il rampe. A laide de ses bras, de ses pieds, de ses ailes, d franchit ji's syrtes, les détroits, les montagnes. Enfin une universelle rumeur, des voix el des sons confus viennent avec violence assaillir son oreille. Il tourne aussitôt son

' BoiLl^AU, diiis Limgirt, cliap. vii.

^ Par. lost, book ii, v. 888-1050; book lir, v. 501-5 H. Des vers passésçieilà.

Tolde ce cô(é, résolu d'ubonler l'Esprit inconnu de l'abîme qui réside dans ee biuil, el »r;ipi)reu<lro de lui le clitiiiin de la lumière.

a Bienlôl il Mpoiçoii 'c irône du Chaos, dont le sombre pavil'on s'étend an lOinsur le goirlfre iiimtense. i.a Nuii icvèiue d'.iii»« robe »u»ire est assise à ses côlcs : lille aîné des Eues, elle est lépousedu Clians. Le Hasard, leTunuiUe, 'a Coiifii-ioti, la Discorde aux milles b'uclies, sont ii s ministres de ces divinités téiii'lireusos. S.it;Mi p;u ait devant eux sa^s cruinte.

« Esprit- de labiine, leur dit-il, CI) os, et vous , antique Nuit, je ne viens a point noiir é'iicr 1' S secreis de vos royaumes... Aipicnez-nioi le chemin a delà UiMiiére, etc. »

« Le vieux Chaos répond en mugissant: «Je te connais, ô étranger!... Un a monde nouveau pend au-dessus de mon empire, du côté où li si' gioiis lom- « bèreni. Vole, el iiàie-tni d'accomplir le-- desseins. Ravages, dépouilles, ruiftcs, « vous èii s les espérances dn Chaos ! »

« Il dit; Satan, plein de joie... s'élève avec une nouvelle vigueur ; il perce, conime une pyramule de feu, l'almophère ténébreuse... Enfin l'influence sacrée de la liimièi e commence h >e faire seniir. Parti des niui a lies ilu ciel, nn rayon pousse au !o n dans le sein des ombres une dont( use et iieniblanle aurore ; ici la laiure commence, et le Chaos se r< lire. Guidé par ces mobiles blancheurs. Sa an, comme »in vaisseau longtemps battu par la lempêle, reconnaît le pnrt avec jo e, et gli>se plus douctment sur les vagurs calmées. A mesure qu'il avance vers le jour, lempyréc, avec ses louis d'opale el ses portes de vivants sapîiirs, se découvre à sa vue.

« Enlin il aperçoit au loin une haute structure, dont les matchos magnifuiues

s'élèvent jusqu'aux rempaits du ciel Perpemliculairement au pied des

degrés mysiiq-es s'ouvre un passage veis la terre.... Satan ^'élance snr la dernière marche, et, plongeant loui-à-coup ses regards dans les profondeurs au-dessous de lui, il découvre avec un immense éionnement tout l'univers à la fois. »

Pour tout homme impartial , une religion qui a fourni un tel merveilleux , el qui de plus a donné l'idée des amours d'Adam et d'Eve , n'est pas une religion an/ipoélique. Qu'est-ce que Junon allant aux bornes de la terre en Ethiopie , auprès de Salan lemontanî du fond du chaos jusqu'aux frontières de la nature? Il y a même dans l'original un effet singulier que nous n'avons pu rendre, et qui tient pour ainsi dire au défaut général du morceau t les longueurs que nous avons retranchées semblent alonger la course du prince des ténèbres, et donner au lecteur un sentiment vague de cet infini au travers duquel il a passé.

DU CllRISTIAMSMB. 307

Page 1