‹ Œuvres complètes de Chateaubriand (volume 5)Chapitre 95 sur 219 · CHAPITRE rV · texte numérisé non relu

CHAPITRE rV

SUITE DU PAKALLÈLE DE LA BIDLE ET D'HOMERE. EXEMPLFS.

Quelques exemples achèveront maintenant le développement de ce parallèle. Nous prendrons l'ordre inverse de nos premières base?,

c'est-à-dire que nous commencerons par les lieux d'oraison, dont on peut citer des traits courts et détachés (tels que le sublime et les comparaisons), pour finir par la simplicité et Vanliquité des mœurs.

Il y a un endroit remarquable par le sublime dans VIliade : c'est celui où Achille, après la mort de Patrocle, paraît désarmé sur le retranchement des Grecs, et épouvante les bataillons troyens par ses cris'. Le nuage d'or qui ceint le front du fils de Péléc, la flamme qui s'élève sur sa tête, la comparaison de celte flamme à un feu placé la nuit au haut d'une tour assiégée, les trois cris d'Achille, qui trois fois jettent la confusion dans l'armée troyenne : tout cela forme ce sublime homérique qui, comme nous l'avons dit, se compose de la réunion de plusieurs beaux accidents et de la magnificence des mots.

Voici un sublime bien différent, c'est le mouvement de l'ode dans son plus haut délire.

« Prophétie contre la vnllée de Vision.

« Doù vient que tu Muniies ainsi en foule sur lis loils?

« Ville pleine do luinnlie, ville pleine de peuplt^, vdie t! iomplniite. Les enfrifiis sont lues, et ils ne sont point morts par lépée , ils ne sont point tombés par la guerre.

« Le Seigneur vous couonnera d'une couronne de maux. II vous jettera cnninie une i).ille dans un champ large et spacieux. Vousnionirez là; et c'est a quoi se réduira le ciiar de votre gloire ^. »

Dans quel monde inconnu le prophète vous jette tout-à-coup! Où vous transporte-t-il? Quel est celui qui parle, et à qui la parole estelle adressée? Le mouvement suit le mouvement, et chaque verset s'étonne du verset qui l'a précédé. La ville n'est plus un assemblage d'édifices, c'est une femme, ou plutôt un personnage mystérieux, car son sexe n'est pas désigné. 11 monte sur les loils pour gémir; le prophète, partageant son désordre, lui dit au singulier, pourquoi monles-lu, et il ajoute, en foule, collectif. «Il vous jettera comme

' IHad., liv. XVIII, v. 204.

- J5., tiiup. xxil, V. I, 2, 18.

une halle clans un champ spacieux, et c'est à quoi se réduira le char de votre (jloirc : » voilà des alliances de mots et une poésie bien extraordinaires.

Homère a mille façons sublimes de poindre une mort violente; mais l'Écriture les a toutes surpassées par ce seul mot: o^ Le premier-né (le la mort dévorera sa beauté. »

Le premier-né de la mort, pour dire la mort la plus affreuse, est une de ces figures qu'on ne trouve que dans la Bible. On ne sait pas où l'esprit humain a été chercher cela -, les roules pour arriver à ce sublime sont inconnues ^

C'est ainsi que l'Écrilure appelle encore la mort, le roi des épouvanlements; c'est ainsi qu'elle dit, en parlant du méchant: «// a conçu la douleur et enfanté l'iniquité-.

Quand le même Job veut relever la grandeur de Dieu, il s'écrie : Lenfer est nu devant ses yeux^ : — c'est lui qui lie les eaux dans les nuées ^ : — il ô!e le baudrier aux rois, et ceint leurs reins d'une corde ^.

Le divin Théoclymène, au festin de Pénélope, est frappé des présages sinistres qui les menacent.

A 'ho.'A , el-, ^

« Ah, iii;ith<'iireiix ! que vous esl-il anivr de fcineslc? qticUes Icncbrcs sont répindiies sur vos lèlcs, sur xolre visa;^'e cl aiil^mr de vos i^tMiotix dcliiles? Un liurîcmeiii -c f;iii ciilt'inlie, v(ts jtmes soiii «jouvitU'S de plriirs. Lès murs, les lambris soûl leinis de saiii; ; celle salle, te vislibule snnl pleins lic larves qui des eiili'iii dans rÊrèbe, a travers l'ouilire. Lestiloil s'cvanouil dans le ciel, rt la nuil des enfrrs se lève. »

Tout formidable que soil ce sublime, il le cède encore à la vision du livre de Job.

• Jdh. eliap. XVIII, V. 13. Nous avons suivi le sens de liicl)rtMi avec 'a Polyglolli: de XiiiHMios, I s versions de Sanlr l'a};!iiiiu, d'AiiuS Muulanus, elc. La VuL'ale p<ii le : fa lunrt uinée, primogenita mors.

-/A, ehap. \v, v. 33.

'/</., cliap. Nxvi, V. G.

* Itf., rliap. XVI. V. 12.

*/</ , cliaj). xii, V. i8.

^Oilyfs., Iib. xx. V. :j5I-57.

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