CHAPITRE XI
Hipparque et Hippias. — Assassinat du premier. — Rapports.
Hippîas et Hipparque montèrent sur le irône aux applaudissements de la multitude. Sages dans leur gouvernemeuL'* et faciles dans k-u'-s mœurs', ils avaient ces vertus obscures que Teuvie pardonne, et ces vices aimables qui échappent à la haine. Peut-être eussent-ils transmis le sceplre à leur posté» rite; peut-être un seul anneau changé dans la chaîne des peuples aurait-il altéré la face du monde ancien et moderne, si la fatalité qui refile les empires n'avait décidé autrement de l'ordre des chosi^s *.
Hippaïque insulté par Hnrmodius, jeune Alhénien plein de couraî^e, voulut s'en venger par un attronl public qu'il lit souffi ir à la sœur de ce dernier*. Harmodins, la rage dans le cœur, résolut, avec Arisiogiton, son ami, darracher le jour aux tyrans de sa patrie *. Il n<^ s en ouvrit qu à quelques personnes fidèles, complan!, au moment de l'enlrepi ise, sur l s principes des uns, les passions des autres, ou du nions sur ( e plaisir secret qu'éprouvent les hommes à voir souffrir ceux qu'ils onl crus heur* ux. Par ::niour uc l humanité il faut se donner de garde de remarquer que le vice et la vertu conduisent bouvent aux mêmes résultats ''.
Le jour de l'exécution étant fné à la fête dés P.matbénées, les a'^sassins se rendirent au lieu désigné. Hipparque tomba sous leurs coups, mais son frère leur échappa. Heureux cependant s'il eût pailagé la même destinée! Aristogilon, présenté à la torture, accusa faussement les plus chers amis d Hippias®, qui les livra sur-le-champ aux bourreaux. L'amilié oflVit ce sacrifice, aussi ingénieux que terrible, aux mànts d'Hajiiiiodius massacré par les gardes du tyran. •
Depuis ce moment, Fîppîas, désalui<^é du pouvoir des bienfaits sur les hommes, ne voulut plus devoir sa sûreté qu à sa ba barie'. Aihènes se remplit de prosciiptions : les toiirmems les plus cruels fuient mis en usage; et les femmes, comme de nos jours, s'y di-lingnèrenl par leur constance héroïque*. Les citoyens, poursuivis par la mort, se hâtèrent de quitte r en foule une patrie dévouée; mais, plus heureux que les émigrés français, ils emportèrent avec etix leurs ri( liesses', et conséquemmem leur vertu *'. C'est ainsi que nous avons vu en Fr.mctî les massacres se multiplier, et de nouvelles troupes de fugi ifs joindre leurs infortunés compatriotes sur des terres étrangères, lor que, après le prétendu assassinat <1 un des salelliteà de RobCbpicne, le moni)l(e se crut obligé de redoubler de furie.
» Hkrod , lib. V, cnp. LXII-XCVI.
« Thucyd., Iib. vi,cap. Liv.
3 Atui-.n., lib. xii, cap. viii.
" Encore Xdifaudité; bientôt nous reverrons la religion : j'en étais au que saîs^jef
(N. ÉD
♦ Thucvd., lib. vr, cnp. LVi.
5 id., tbid., l'LAT., m Hipparek., pa;^. 229.
^ Cela est affreux et n'a pu être arraché qu'à la misanthropie d'un jeune homme qui se cioit près de mourir, el qui n'a éprouvé que des malheurs sans avoir rien fait pour les mériter. De pareils traits soni bien autrement condaninables que les sottes impiétés de VlLmai, qui o'élaient après tout que le sut esprit de mon siècle.
6 SFN.,f/f /rrt, lib. ii,cap. XXIII. ^ * ''
7 Thccvu., lit). vi,c;ip. Lix.
8 l(i.,ibid.; PHN., lib. VII, cap. XXIII.
9 Hkuouot , lib. v.
* Terrib)*» ironie, (N. Éd.)