CHAPITRE XV
Suite.
An même instnnt mille guMlotines snnî^lantes s'élèvent à la fois dans toutes les cités et dans lous li-s village s de la France. Au bruit du canon et des tambours le citoyen est réveillé en sursaut au milieu de la nuit, et reçoit Tordre de partir pour l'armée. Fiappé comme ch; la foudre, il ne sait s'il vrillf ; il hésite, il regarde autour de lui, il aperçoit les tètes pâles cl les troncs huleux des malheureux qui n'avaient peut-êire refusé de marcher à la preniière sommation (jue pour dire un dernier adieu à leur famille! Que fera-t-il ? où sont les chefs auxquels \\ puisse se réunir pour éviter la réquisition * ? Chacun pris séparément se voit privé de toute défense. Duu côlé la mort assurée; de l'auirc, des troupes de volontaires qui, fuyant la famine, la persécution et l'iniolérance de l'intérieur, vont chercher dans les armées, ivres de vin, de chansons^ et de jeunesse, du pain et la libt rié. Ce citoyen, la guillotine sous les yeux, et ne trouvant qu'un seul ;isile, part le désespoir dans le cœur. Bientôt rendu aux frontièics, la néc«ssité de défendre sa vie, le courage naturel aux Français, rinconsiance el l'enthousiasme dont son carac'.ère est susceptible, la paye considérable ^, la nourriture abondante, le tumulte, les dangers de la vie militaire, les femmes, le vin, et sa gaieté naiive, lui l'ont oublier qu'il a été condiiit là malgré lui ; il devient un héros. Ainsi la persécution d'un côté et les récom|!enses de l'antre créent par enchantement des années. Car une fois les |)remiers exemples faits elles réquisitions obéies. les hommes, par une pente imilative naturelle à leur cœur, s'empressent, quelles que soient leurs opinions, de marcher sur les traces des auiics.
Voilà bien les rudiments d'une force militaire; mais il fallait f organiser. Un comité, dont on a dit que les talents ne pouvaieni être surpassés que par les crimes, s'occupe à lier ces corps déjoinls. El ne croyez |)as que les lactiques anciennes des César et desTuiennc soient recheichées : non. Tout doit éire nouveau dans ce monde d'une ordonnance nouvelle. Il ne s'agit plus de sauver la vie d'un honnne et de ne livrer bat.ille que quand la perte peut être au moins réciproque ; l'art se réduit à un (alcul de masse, de vitesse et de temps. Les armées se précipitent en nombre double ou triple pour les masses : les soldais el l'artilloric voyagent en poste de Nice à Lille, (pnniaux vitess(;s; et les temps sont toujours uns et gi'néjaux dans les attaques. On perdra dix mille hommes pour premlie ce bouig; ou sera obligé de Tallaquer vin-;t foi.>'et vingl jours de suite; mais on le prendra. Qu;ind le sang des hommes est com[!té pour rien, il est aisé de faire des cunquèies. Les déserteurs et bs cspion^ ne sont pas sûrs ? c'est au miliru des airs (jue les ingénieurs vont étudier les pallies faib'es des années, cl assurer la victoire vu dépit du seciei et du génie. Le téiégiaplie fait voler les ordres, la terre cède son salpéire, cl la France vomit ses iimombrables légions.