‹ Œuvres complètes de ChateaubriandChapitre 118 sur 239 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

Fin du sujet.

Tels furent les Jacobins. On a beaucoup parlé d'eux, et peu de gens les ont connus. La plupart se jettent dans h s déclamations, publient les crimes de celte société, sans vous apprendre le principe général qui en dirigeait les vues. Il consistait, ce principe, dans le sysième de perfection vers lequel le premier pas à faire était la restauration des lois de Lycurgiie. Nous avons trop donné aux passions et ;iux circonstances. Un trait disiinclif de notre révolution, c'est qu'il faut admettre la voie spéculilive et les doctrines abstraites pour inflnin)cql dans ses c:iuses. Elle a été produite en partie par des gens de leltre> (jui, plus habitants de Rome et d'Athènes que de leur pays, onlelierché à ramener dans l'Europe les mœurs antiques *. Par cette légère esquisse, j'ai essayé de

» Ici évidemment toute la morale de Lycurgue pervertie et pliée à leur vue. (Voyez PLUT., in Lycurg.)

2 Les gymnases. On sait que lexaractère dominant de Sparte était la haine des antres peupi».'.'; et l'espril d'ambition. « Où Rx» lez-vons vos ttontières ? )> disail-on à Agesilas. « Au bout de lies piques, » lépoiidail-il. l.es Français diront : « A la pointe de nos baïonneti'-s. »

3 J'ai vu rire de la minutie avec lacpielle les Fiançais ont essayé de cliang«'r leur costume, leurs manif-ns, leur lansage; niais h- dessein csf vaste el médité. Ceux qui savent l'iniliience qu'ont sur les liommes des mois en apparence frivoles, lorsqu'ils nous rappidleui d'anciennes mœurs, do'^ plaisirs ou des peines, senlu-ont la profondeur du projet.

Que si d'ailleurs on considère que ce sunl les Jacoljins qui ont donné à la France des armées noûibreuses, braves el disciplinées; que ce sont eux qui ont liouvé moyen de les payer, d'approvit;ionner un grand pays sans ressources et entoure d'eniiemis ; que ce furent eux qui créèrent une marine comme par miracle, el conservèrt'nl par inlrij^ue et ar^enl la ueulraliléde quelque» puissances; que c'est sous letu' règne que les grandes découvertes eu lii.sloire naturelle se sont laile.s, el les grands généraux se sont formés : qu'enfin ds avaient doimé de la v igueur à un corps épuisé, et organisé, pour ainsi (Wve, l'an-ircliie : il faut nécessau'ement convenir que ces monstres échappés de l'enfer en avaient apporté tous les taletils.

Je n'ignore pas que, depuis leur chute, te [>arti régnant s'est efforcé de les représenter comme ineptes et i:J,iioranls; \ts Campagnes de Pichegru, dernièremenl publiées à Paris, l<'ndent à piouver qu'ils ne faisaicid que détruire sans organiser. Ce livre, par sa modération, fait honneur à son auteur; mais je n'ai pas (u-ésenlé des conjectures, j'ai rassemblé des faits Au reste, on peut juger de l.i vigueur de ce parti par les secousses qu'il donne encore au gouvernement. Les jacobins sont évidemmenl la seule lacliou républicaine qui ail existé en France : toutes celles qui l'ont précédée ou suivie (excepte les Brùssolins) ne l'ont point été.

Après tout, je n'ai pas la folie d'avancer que les Jacobins prélendissenl ramener expressément le siècle de Lycurgue en France. La pli<[)arl ne surent mfMne jamais qu'il eûl existe mi honimc de ce nom. J'ai s»'nlemenl voulu dire que les chefs de ce parti visaient à une réforme sévère, dont ils aiuaieid sans doule après fail hur profit, et que Sparte leur en foin iiissait un plan tout tr'acé. J'écris sans esprit de système *. Je ne cherche point de ressemblance oîi il n'y en a (Oint, ni ne donne à de certains rapports des événements plus d'impwlance qu'ils n'eu méritent. -a foule des leçons devant moi est trop grande pour avoir besoin de recourir à des remarques frivoles. J'ai souvent regrclte qu'un sujet si magnifique ne soit pas tombé en des mains plus habiles (|ue les miennes.

4 Que ceci soii dit sans prétendre insulter aux gens de lettres de France. La différence d'opiriou ne m'euiii^thera jamais de respecter les talents. Quand il n y aurait que les rapports que j'ai enlreleuus autrefois avec plusieurs de ces hommes céèbres, c'en serait assez pour me comniimlei; la décence. Je me souviendrai toujours avec reconnaissance que (|uelques-uns d'entre eux, qui jouibsenl ajuste tilre d'une grande réputation, tels que M. de la ilarpe, oui bien voulu,

* Tois les hommes qui ont embrassé un système ont la prétention de n'en pas avoir; je sentais si bien la faiblesse du mien que je le désavoue ici formellement.

(N. ÉD

donner un fil anx écrivains qui viendront après moi. Que de choses me reslerdient encore à dire! mais le temps, ma sanié, ma iiigiiière, loul me précipite vers la fin de cet ouvrage.

Ainsi , dès notre premier début dans la carrière , tout fourmille autour de nous de Irçons et d'exeniples. Déjà Athènes nous a nioiiiré nos factions dans le règne de Fisislrale et la caïasiroph' de ses fils ; Sparte vient de nous offrir dans ses lois des origines élonnanies. Plus nous avancerons dans ce va^te sujet, plus il deviendra intéressant. Nous avons vu l'établissement des gouvernements populaires ch' z les Grecs ; nous allons pai 1er maintenant du génie comparé de ces pruples et des Français, de l'éat des lumières, de rinllutnce de la révolution républicaine de la Grèce sur les nations étrangères, enfin de la position politique et morale des mêmes nations à cette époque.

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