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CHAPITRE XVIII

Caractère des Athéniens et des Français.

Quels peuples furent juniais pins aimables, dans le monde ancien et moderne , que les nations brillantes de l'Attique et de la France? I. 'étranger, charmé à Paris et à Athènes, ne rencontre que des ( œurs compatissants et des bouches toujours prêtes à lui sourire. Les légers habitants de ces deux capitales du goût et des beaux-arts semblent formés pour couler leurs jours au sein des plaisirs. C'est là qu'assis à des banquets * , vous les entendez se larjcer de fines railleries 2, rire avec giâce de leuis maîtres' ; parler à la fois de politique et d'amour, de l'existence de Dieu et du succès de la comédie nouvelle*, et répandre profusémeni les bons mots et le sel attique au bruit des chansons d'Anacréon et de Voltaire, au milieu des vins, des lémmis et des fleurs ^

Mais où court tout ce peuple furieux ? d'où viennent ces cris de nge dans les uns et de désespoir dans les autres ? Quelles sont ces victimes égorgées sur l'autel des Euménides*? Quel cœur ces monstres à la bouche teinte de sang ontils dévoré ^.f*... Ce n'est rien : ce sont ces épicuriens que vous avez vus danser

en des jours plus heureux, encourager les faibles essais d'un jeune homme qui n'avait d'autre lïiérile qu'un peu de sensibilité, le mallieur rend injuste. Nous autres émigrés avons tort de déprécier la littérature de France. Outre l'auteur que je viens de iiommer, on y compte encore Bernardin de Saint- Pierre, Marnionlel, Fonlanes, Parny, Lebi un, Gmsuené, Flins, Lemierre, Collin d'Harleville, etc., etc. J'avoue que ce n'est pas sans émotion que je rai'pe le ici ces noms, dont la plupart reportent à ma mémoire d'anciennes liaisons et dos temps de bonlieiir qui ne reviendront plus. Je remarque avec plaisir que MM. Fonlanes. Lebrun et plusieurs autres, semblent avoir redoublé de talents en proportion de> maux qui atïliseiil leurs compatriotes. On dirait que ce serait le sort île la poésie que de briller avec un nouvel éclal parmi les débris des empires, comme ces espèces de fleurs qui se |>laisenl à couvrir les ruines.

D'uQ autre côte, les gens de lettres restés en France otJt mis trop d'aigreur dans leurs jugements des gens de lettres émigrés. Je n'ai pas le bonheur de connaître ceux-ci autant que les premiers; mais MM. Peliier, Hivarol, elc.,occnpeiU une place distinguée dans notre litléi'ature. ÂIM. d'Ivernois ei Mallet du Pan ne sont pas à la vente Français ; cependant comme ils écrivent dans cette langue, ainsi que le fil leur illustre compatriote Jean-Jac«|ues, les émigrés peuvent s'honorer de leurs grands talents. La plupart des membres de l'assemblée consiitiiaiite, les Lall.r, les Monnier, les Monllosier, ont écrit d'une manière qui lait autant d'honneur à leur esprit qu'à leur cœur. Je voudrais qu'on lût juste; comment l'être avec des passions *?

» yCiSCUlN., in Cle$.; VoLT.. Contes et Mél

« Plut., de Prœeep. reip. Gar ; CaracL de la Bruy.

5 Plut., in Pend.; Salir. Ménipp., ISotli de la tour, ele-

4 Plut., Conviv.-, XiiNOPU., ibtd.; lauT., Sept. Sapiont. Conviv.\ J.-J,, Confgst. et JPf. Uél.

5 ANAcn., Od., Volt., Corresp. gén.

6 Thucyd.

7 M. de Beizimce et plusieurs autres. J'ai vo moi-même un de ces cannibales assez proprement vêtu, ayant pendu à sa boutonnière un morceau du cœur de l'inlor ln;ié Flesselles. Deux Irartsque j'ai entendu citera un témoin oculaire méritent d'êirecu.ui; pour efTr.i ver les hommes. Ce citoyen passait dans les rues de l'"> is dan» les journées dos 2 et 3 seplembi-e ; il vit une petite fille pleiuant aupiès d'un chariot piein de corps, où celui de son père, qui venait d'être massacré, avait été jeté. Un monstre, portant l'unifdrme national, qui escortait cette digne pompe des factions, pa?se aussitôt sa baïonnette dans la poitrine de cette entant; et, pour me

* Je ne renie point les sentiments de bienveillance et de modération exprimés dans cette note : je réformerais seulement quelques jugements. (N. Éd.)

à la fête', et qui , ce soir, assisteront tranquillement aux f; ou aux ballets de TOpéra.

A la fois oraicurs. peintres, architectes, sculpteurs, ai lence ', pUins de douceur et d humanité*, du comrarrce 1 dans la vie*, la nalun; a créé ces peuples pour souinieilhr ( la société et de la paix. Tout à coup la ironiMClte gumit'rt soudain toute cetle nation de femnies lève la tête Se précij leurs jeux, échnppf's aux voluptés et aux bias des courti jeunes gens, sans tentes, sans lits, sans nourriture, s'wvance ces innombrables aniices de vieux soldats, et les chasser ( des troupeaux de brebis obéissantes ®.

Les cours qui gouvernent 'soe.t pUMucs de gaieté et de pr tent leurs vices ? Qu'ils dissiprrjl leurs jours ;ju milieu des ( aspirent à de plus hautes destinées; pour nous, chantons'*, Passagers inconnus, enibariiués sur le fleuve «lu temps, ; dans 1.1 vie. La meilleure < ()Fï>li!ulion n'est pas la plus libre, i

laisse de plus doux loisirs" G ciel ! pourquoi tous ces

nés à la cigué ou à la guillotine? ces trônes dé.-eris et en

servir <te l'expression énergique du narrntpnr, /a place aussi tranqw fait d'une bolle de paille sur une pile ûr muils, à côle «Je son père.

Le secund Irait, |)eiil-êlre rnrof»' plus lioii ible, (it-velopp»' le carnclère prétend donner un fcoiivernerrurit lépidilicain. Le t>!êiiie citoyen renc» reaux, je crois vers la porte Saml-Mju-lin; nue Iroupe de leniiiies elau lanibeanx de chair, et, à cheval sur Ifs cailaves des hommes je me se rapporieiirj, cluTcliaienl avec des nres alîmix à ,■ls^()ll\ir la plus mons Les réflexions ne serviraient de rien ici. .le dirai seulement une le lém dépravation de la nature iiuniaine est un ancien mnilaire, connu par ses et son iidésiilé *.

Hérodote raconte que les Grecs niixilinires à la solde du roi d'EïZ.vpte t été trahis par leur gênerai ipii déserta à l'ennemi, «aisirenl ses eiilanls burent le san^ à la uie des lienx aiutécs. Je dirai dâus la suite les» vam semble m'appesanir sur ces détails.

» Thkopuh., 6'Aarac/.,cap. xv.

s Tliespis est rinvenleiir (le la iiagédie; mais la grossièreté de ces pre peut éire juslenienl t|iialdiéc de l'arce.

3 On sai rallaclieinenl d s Grecs à la \\c. Homère n'a point craint Achille même. Avant la lévoliiiiun je ne connaissais point de peuple qui sur le champ <'« bataille que les 1 rançais, ni de pins lllau^;iise grâce da était dans leur relii^ion.

4 Plut., in l'elop ; id., in Demosth. ; Siècle de Louis IIV; DUC mœurs.

5 Plvt. , de Prœcep.reip. Gfr.:\jK\ \Th:n. Phy si on. .SyiOLL., Yoya

6 Hl'HOD Jit). VI 11. cap. XXVlli ; N 01. T., //en/ et Zoire.

7 l)l()i).,lib. IX; Volt . Hetir.e[ Zaïrr ; Memoirt-s du général Tium

8 HEROU., lih. iX.cap IX\ Mémonet du gvéi al Dum'mriez ; Cm l.éynidas, i>rêl à allai|uer les i'ns» s aux Tei niop) les, disait à ses soldai

soir chez i'Intun » Kl ils poiis aient des cris de joie. Dan» Us dernièreH français, étant en sentinelle perdue, a l'avan'-hras gauclie emporté «l'un linue de charger sons son mon^non, criant aux Autrichiens en prenant ( giberne : « Lilovens, j'en ai encore. >»

Voltaire a iieini admiraideinenl ce caractère des Français :

Cesl ici que l'on dort sans lit. Je les vois, prodi;

One l'on prend ses repas par terre. Chercher ces con

Je vois, et j'entends l'atmitspliére Conxeris île lang

Oui s'embrase et qui lelenlit El pleins d'Iiomu

U'oupes de bannis, fuyant sur tous les chemins de la patrie *?s:<vez-vous pas que ce sent des tyrans qui voulaient retenir u indépendant dans la servitude ?

Inquiets et volages dans le bonheur, constants et invincible: site ; nés pour tous les arts, civilisés jlisqu'à l'excès dumnt le c grossiers et sauvages dans leurs troubles politiques ; flottants c seau sans lest au gré de leurs passions injpélueuses ; à présent le moment d'après dans l'abîme ; enthousiastes et du bien et di premier sans en exiger de reconnaissance, le second sans en sen ae se rappelant ni leurs crimes, ni leurs vertus; amants pu; vie durant la paix, prodigue^ de leurs jours dans les batailles ; i ambitieux , novateurs , méprisant tout ce qui n'est pas eux ; in les plus aimables des hommes; en corps , les plus détestables mants dans leur propre pays, insupportables chez l'étranger ^ ; doux . plus innocents que la brebis qu'on égorge , et plus féro qui déchire les entrailles de sa victime : tels furent le:-» Athéni( et tels sont les Français d'aujourd'hui.

Au reste, loin de moi la pensée de chercher à diffamer le cara

» Herod., lib. V.

» Voyez tous les auteurs cités aux pages précédcoles. Les seuls traits nouve tés ici sont ceux qui commencent au mol vains et finissent au mol étrange esprit lie raillerie, et celte excellente opinion de nous-mêmes , qui nous fon lûmes des autres nations en ridicule, en même temps que nous prétendons r usages, onléle bien funestes aux Athéniens et aux Français. Les [tremier^ < défaut, la haine de la Grèce, la guerre du Péloponèse, et mille truubles; ei aux seconds la même haine du reste de l'Europe et les a fait chasser plus conquêtes. Il est assez curieux de reenarquer, sur les anciennes médailles d'A tère général de la nation imprimé sur des frojits particuliers. On letiouve ; parmi mes compatriotes. Il n'y a personne qui n'ait rencontré en France dan Itommes dont les yeux r étiilent d'ironie, qui vous répondent à peine en sourii aii-Sdela plus haute supériorité. Combien ils doivent parailrt haïssables au qu'ils insultent ainsi de leurs regards! Ce qu'il y a de déplorabl", c'est que et ne portent que trop souvent sur leur fîgiire la marque indélébile de la médi bien punis s'ris se doulaienl seulement de la pitié qu'ils vous font, ou s'ils pou tond de votre âme l'humiliant » Comme je le vois ! comme je te mesure ! »

L'art de la phvsionomie offre d'excellentes études à qui voudrait s'y livre sonneur a trop dédaigné cette source inépuisable d'instruction. Toute l'ai vérité de cette science, el Lavater Ta poriee de nos jours à une perleciion in est que la plupart deshoranitisla rejellent parce qu'ils s"en trouveraient mal. moins porter son flambeau <lans l'h'sloire. Je m'en suis servi sonvenl avec partie. Quelquefois aussi je me suis plu à descendre dans le cœur de m( J'aime à al et m'asseoir, pour ces espèces d'observations, dans quelque coin menade publique, d'où je considère fnrlivemenlles personnes qui passent a sur un fronl à demi ridé, dans ces }eu\C'n!\eils d un nuage, sur celte buuch verte, je lis ks chagrins cachés de cet homme (|ui essaie de sourire à la sociéli lèvre inférieure de cet autre, sur les deux rides descendantes des narines, le m sancedes hommes peicerà travers le masque de la politesse; un troisième m d'une sensibi ilé native étouffée à force d'avoir été déçue, et maintenant recouvt rence systématique, bans la classe la plus basse du peuple on renconîre quel étonnantes 11 y a quelque tem[)S fi.i'au bas de Hay-Mark*', vis-à-vis le calé t rétai à écouter un de ces Allemanus qui tournent des oi>rues à cvlindre. Je n les yeux surcet étranger que je fus frappé deson ail- grand el énergique, en n vice se montrait de toutes parts sur s.i |>hysioiiomie. Il joua un air devant i se détourna froidement, eu nous jetant un regard du idus souverain mépri

40i RÉVOLUTIONS ANCIENNES.

çais. Chaque peuple a son vice national , et si mes compatriotes sont cruels , ils rachètent ce grand défaut par mille qualités eslim;tbl»'S. Ils soni gêné eux, braves, pères indulgents, amis fnJèl. s ; je leur ùonae daulanl plus volontiers ces éloges, qu'ils m'ont plus persécuté *.

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