‹ Œuvres complètes de ChateaubriandChapitre 124 sur 239 · DÉLIRE · texte numérisé non relu

DÉLIRE

Il est passé ce moment des plaisirs Eiéonore, Amour est mon complice.

Dont la vitesse a trompé mes dt'sirs : Mon corps liissoiiiic en s'j;i|)i ociianl du lien.

Il est passe! Majenne et tendre amie, Plus près encor, je sens avec ddice

Ta jouissance a doublé mon boiiheiip. Ton sein bt ûianl paliiiU-r sous le mien.

Ouvre les yeux noyés dans la langueur, Ali! laisse-moi, dans mes ttansporls avides,

Et qu'un baiser te rappelle à la vie. Boire l'amonr si/r les lèvres humilies.

Oui, ton haleine a coulé dans mon cœur;

Eiéonore, amante fortunée, Des voluptés elle y [torle la ilanime;

Reste à jamais dans mes bras enchaînée. Ol>jel c.'iiirmant de ma tendre fureur,

Dans ce baiser reçois toute mon âme 3,

Pardonne tout, et ne refuse rien,

Je Laisse à décider au lec'eur, qui , du Tibnlle de 'a France, ou de l'amante de Phaon, a peint la passii-n avec plus diviess •. L'- deux poètes semblent avoir fait couhr dans leurs vers- la flamiiie de ces soieiis sous lesquels ils prirent naissance *.

Il eût été curieux de voir comment Alcée, clias^c de Myli!ène par une révolution, chanlail les maiheurs de l'txil et delà tyrannie *. liialhcureusemenl ii ne nous reste rien de ce poète.

I>e fabuliste Esope flotissail aussi dans cet âg^ célèbre. Passant un jour à Athènes et trouvant les citoyens impatients sous le joug de Pibistraie, il leur dit:

« Tes grenouines, s'ennuyant de leur liberté, demandèrent un roi à Jupiter. Celui-ci se moqua de leur folle prière, tïles redoubleienl d'imixiruinité, et le maîlre <le l'Olympe se vit contraint de céder à leurs clameurs. H leur jela donc une poutre qui fil trembler tout le marais dans sa chute. Les grenouilles, uiuelles de lerreur, gardèrent d'abord un profond silence ; ensuite elles osèrent saluer le nou\ eau prince et s'apftVoclier de lui tonies liemblanU-s. Bientôt çlles pas>,èreul de la crainte à la plus indécente lamiliarilé. Elles sautèrent sur le monarque, insultant à son peu d'espiit et à sa vertu tranquille, Nouvelles demandes à Ju|iiler. Celle foisci il leur envoya une cigogne, qui, se firomenanl dans ses domaines, se mit à croquer tous ceux de ses sujets qui se rirésenlèienl. Alors ce fureni les plaintes les |dus lamentables. Le souverain des dieux refusa de les entendre ... il voulut que les grenouilles gémisseut sous un tyran , puisqu'elles n'avaient pu souffrir un bon roi 6, »

Oh ! comme toute îa vériié de celle fable tombe sur le coeur d'un Français ! comme c'est là notre histoire !

Outie son inmioitcl fabuliste, la France en CMmple un autre, qui a vu de près les malheurs de la rt volulion. M. de Niveriiois n a ni lasimpliciié d'Esope, ni la n.iïvelé de la Fomaiii • ; mais son style < st pi* irj de raiauu el d'élégance ; on y reuuuve le vieillard et l'humme de bonne compagnie.

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