FABLE
Le papillon se plaignait à l'Amour:
Voyez, lui disail-il uu jour,
1 DBSPR., traduct. de Longin.
« Je ne p;irle ni du chevalier de Berlin, ni de M Lebrun, les élégies de ce dernier poîte n'étant pas encore publiées lorsque |e quitiai la France *. Je ne sais si elles l'ont été depuis.
3 Œuvres du chevalier de l'arny, lom 1, Poetiei érot,, iiv. lU, p. 86.
4 M de Parnv est ne à l'ile Bourbon.
5 HOBAT., lib. II. Od. Xill.
6 ESOP., tab. XIX.
* Lebrun est mort, et ses Élégies ont été publiées par M. Ginguené. (N. Éd.)
Voyez quel caprice est le \'ôtre !
Si jamais le deslin a fait
Deux eues vraiment l'un pour l'autre, Ces' vous et moi: le rapport esi complet Enlrp nous deux ; même allure est la nôtre.
Convenez-en de bonne loi-
Oui devrait donc, si ce n'est moi, Guider de voire cliar la course vagabonde ?
Mais vous prenez pour cet emploi Le seul oiseau constant qui soit au monde.
Laissez le pigeon roucouler Avec I Hymen, ^t daignez m'atteler A voire char; et qu'au gré du caprice.
On nous voie ensemble voler;
Car auisi le veut la justice.
Ami, répond l'Amour, tu raisonnes fort bien ; Je l'aime, et, je le sais, notre humeur se ressemble: Mais gardons-nous de nous montrer ensemble;
Alors nous ne lerions [>lus rien.
Le vrai bonheur n'es! que dans la constance; El mes pigeonslannoncent aux mortels:
Je les séduis par l'apparence :
Si je ne les trompais, je n'aurais plus d'autels « a.
Il est temps de donner au lecteur une relique précieuse de littérature.
Comme iégislaleur, Soloii ^ e^t connu du monde entier; comme poète, il Me
l'est que d un petit nombre de gens de lettres. Il nous reste plusieurs fragments
de ses élégies. Je vais les traduire ou les extraire, selon leur mérite ou leur
médiocrité.
«Illustres filles de Mnémosvne et de Jupiter Olympien ! Muses habitantes du mont Piérus! écoulez ma prière. Faites que les dieux immortels m'envoient le bonheur ; que je possède l'estime de l'honnête homme. Pour mes amis, toujours aimable et enjoué ; que pour mes ennemis mon caractère soit triste et sé\ ère : qu'aux uns je paraisse respectable ; aux autres , terrible.
t( Un peu d'or salisferail mes désirs ; mais je ne voudrais pas qu'il lût le prix de l'injustice: tôt ou tard elle est punie. Les richesses que les dieux dispensent sont durables ; celles que les hommes amassent... les suivent, pour ainsi dire, à regret, et se perdent bientôt dans les malheurs... Le triom[ihe du crime s'évanouit : Dieu est la fin de tout.
<( Semblable au vent qui trouble, jiisqin' dans les profondeurs de l'abîme , les vastes ondes de la mer ; au vent qui, après avoir ravage les campagnes , s'élève loul à coup dans les cieux, séjour des immortels, el y fait renaître une sérénité inattendue: le soleil, dans sa mâle beauté, sourit amoureusement à la terre virguiale , et les nuages brisés se dissipent : leiie est la vengeance de Jupiter
« Toi qui caclies le crime dans Ion cœur, ne crois pas demeurer toujours Inconnu. Immédiat ou suspendu, le châtiment marche à la suite. Si la justice celesle ne peut l'atteindre, un jour viendra que tes entants innocents porteront la peine des lorlails de leur père coupable. HelasI tous tant que nous sommes, vertueux ou méchants, notre propre opinion nous semble toujours la meilleure, jusqu'à ce qu'elle nous soit fatale. Alors nous nous plaignons des dieuXf parce que nous avions nourri de folles espérances!»
Le poêle continue à peindre l'imbécillité humaine : le malade incurable croit
guérir, le pauvre ait* nd des richesses; les uns s'exposent sur les flots, d'autres
déchirent le sein de la lerre, etc.
« La destinée dispense et les biens et les maux ; nous ne pouvons nous soustraire à c* qu'elle nous réserve. H y a du danger dans les meilleures actions. Souvent les projets du sage échouent, et ceux de l'insensé réussissent.»
Le passage suivant e^i extrêmement intéressant , en ce qu'il peint l'état moral d'Athènes au moment de sa révolution.
« La ville de Minerve ne périra jamais par l'ordre des destinées ; mais elle sera renversée par ses propres citoyens. Peuple el chefs insensés qui ne pouvez ni rassasier vos désirs ni jouir en paix de vos richesses, méritez vos malheurs à force <le crimes!... Sans respect pour le droit sacré des propriétés , ou pour les trésors publics , ciiacuu s'empresse de spolier le bien de TE-
I Jêurnal de Peltier, ■• LXXiil. *
• Ces vers ont une sorte d'élégance, mais ils ne valaient pas la peine d'être rappelés. El a propos de quoi toutes ces citations de poêles clégiaques, ce cours de littérature anacréonlique? A propos de la révolution française. (N. Éd.)
« J'aurais dû avertir plus tôt que l'ordre des dates n'a pas élé strictement suivi dans ce chapitre. La succession naturelle des poëlts était : Alcée, Sapho, Esope, Solon, Anacréon, Simonide. Des convenances de style m'ont obligé à faire ce léger changement qui, au reste, 4ioil élrc indiflTereul au lecteur.
AVAIST J.-C. 509. z= OL. 67. 411
tat , insoiicianldes saintes lois de ia jusiice. Celle-ci, crpcndai.t, ('ans le silence, compte les évérieirieiils pa><sés, observe le firéscnl, et arrive à l'iicure marquée jioui- la pun.lion du crime- Voilà la !>!. niière cause des maux de i'Elal : c'est là ce qui le fait tomber dans l'esclavage, ce qui allume le leu de la sédition et réveille la sufrre qui liévore la jeunesse. Hélas ! la chère patrie est souiiaiii accablée d'ennemis ; des baiailles, sources de pleurs, se livrent et sont perUues; le peuple indigent est vendu dans la terre de l'élrauger, et indignement chargé de lers. »
Solon finit par exhorter ses concitoyens à changer de mœurs, et rocomnnande surtout la jusiice : «Cette mère des bonnes actions, qui tempère les choses violentes, prévient l'exilialion, corrige les lois, réprime l'ealhousiasme, et retient le torrent de la sédition d ais d.s bornes *. »
Ces élégies politiques (qu'on me passe 1 expression) sont accompagnéos de quel(|ues autres pièces de poésie dune teinte différente. Le morceau sur l'homme, rapproché des stances de Jean-Baptiste Rousseau, offrira une comparaison piquante.
Jupiter donne les dents à l'homme dans les sept premières années de sa vie. Avant qu'il ait parcouru sept autres années il annonce sa virilité. iJurant la période suivante, ses membres se développent, et un duvet changeant oinbrage son menton. La quatrième é[>0(nie le voit dans toHie sa vijîueur, et lait éclater son courage. La cinquième l'engage à solt-nniser la pompe nuptiale et à se créer une postérité. Dans la sixième, son génie se plie à tout, et ne se reluse qu'aux ouvrages grossiers du manœuvre. Dans la septième, il acquiert le plus haut degré de sagesse et «l'éloquence. La huitième .\ ajoute la pratique des hommes. A la neuvième commence son déclin. Que si quelqu'un parcourt les sept derniers ans de sa carrière, qu'il reçoive la mort sans l'accuser de l'avoir surpris ^.
ODE SUR l'homme.
One riiomme est bien pendanî sa vie Dans l'âge mûr, autre combat:
On par fait miroir (le douleurs! L'amb-lion lesoliitile:
Dès qu'il respire, il [)Ieure, il crie, Richesses, honneurs, faux éclat,
Et semble prévoir ses malheurs. Soin de famille, tout l'agite.
Dans l'enfance, toujours des pleurs: Vieux, Ofi le méprise, on l'évite;
Un pédant, porteur de tristesse; Mauvaise liumeui', infirmité.
Des livres de toutes couleurs, Toux, gravelle, goutte et pituite,
Des châtiments de toute espèce. Assiègent sa caducité.
L'ardente et fougueuse jeunesse Pour comble de calamité,
Le met encore en pire état: Un diiecleur s'en rend le maître.
Des créanciers, une maitre^se, U nmuit enfin peu regi eité
Le tourmentent comme un forçat. C'était bien la peine de nailre 3 »
Solon et Je;m Baptiste n'ont pas dil rep.'ésenlnr le n.èmi homme : ils se servaient de difléienls modèles. L'un travaillait sur le beau awiiqne ; l'autre d'après les formes gothiques de son siècle. Leurs pinceaux se sont remplis de leurs souvenirs.
Il me resle une chose pénible à dire. Le sévère auteur des lois contre les mauvaises mœurs, le restaurateur de la vertu dans sa patrie , Solon, enfin , avait pollué la sainielé du législateur par la licence de sa nmse. Le ternes a dévoré ces éciils, mais la mémoire; s'en est conservée avec soin. Quelques lignes, qui, bien quinnocenles , décèlent le goiît des plaisirs, oui été avidement recueillies.
« Pour toi, commande longtemps dans ces lieux
Ma's que Vénus, au sein parfumé de violettes, me fasse monter sur ini vaisseau léf^cr et me renvoie de cette ile célèbre. Qu'eu faveur du culte que je lui ai rendu elle m'accorde un prompt retour dans ma patrie-
(c Les présents de Vénus et de Bacchus me sont chers, de même que ceux des muses qui inspirent d'aimables folies ^ *. »
> Poet. Minor. Grae., p. 427.
s Pofl. Minor. Gieec, p. 4:il.
3 J.-B. KoussEAt', l'>m. I, Oc/ ,liv. I.
Si je cite quelquefois des morceaux qui semblent trop connus, on doit se rappeler qu'il s'agit moins de poésies iu)u\ elles que de saisir ce qui peut mènera la cum|iaraison ues temps, et jeter du jour su> la révolution : que, par ailleurs, j'écris dans un pays étranger.
4 Poet. Minor. Crœe„ p. 431-33.
3 Ces fragments des poésies de Solon, bien qu'ils soient assurément très-étrangers *a la matière, ont un certain intérêt. C«'tto imbécile opinion moderne, née de l'envie pour consoler la médiocrité, que les talents lilléraires sont séparés des talents poli»
C'est ainsi que l'auteur du Contrat Social et de VEmile a pn écrire.
«0 mourons, ma douce amie ? mourons , în bien-aimée de mon cœur ! Que faire désormais d'une jeunesse insipiiJe dont nous avons épuisé toutes les délices?
Non, ce ne sont point CCS transports que je regrette le plus ! . ! !
Rends-moi cette étroite union des âmes que tti m'avais annoncée, et que ta m'as si bien fait goûti'r ; renils-iiioi cet abattement si doux, rciitiiii par les effusions de nos cœurs ; rends-moi ce ôOrameil euchanlciir trouvé sur ton sein ; rends-tnoi ce réveil plus délicieux encore, et ces sou* pirsentrecoiiF»és, et ces douces larmes, et ces baisers qu'une voluptueuse lanjîueur nous faisait lentement savour>-r, et ces gémissements si tendres durant lesquels lu pressais sur ton cœur ce cœui' fait pour s'unir à lui > ! »
Bon jeune hoininc qui lis ceci , et dont les yeux briilent de larmes à cet exeuiple de la fragilité hnm:«iiie, cultive cette précieuse seiisibrlilé, la m;irque la plus cerlaiiie du génie. Pour loi , lioiiiiMcpurfail, que je vois dédaigneusemenl sourire, descends dan■^ ion intérieur, appkui'iis-ioi seul , si tu peux, de ta supériorité : je ne veux de loi ni poiir anii ni pour lecteur ^