‹ Œuvres complètes de ChateaubriandChapitre 141 sur 239 · CHAPITRE XXXlï · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXlï

Les deux partis dans le sénat de Carlliage. — Hannon. — Barca.

Mêmes institutions, mentes choses, mêmes hommes, comme de moules pareils il ne peut sortir que des formes égales. Li^ sénat de Carlhage, lei que îe parlement d Angleleire, se trouvait divi>é tn deux paitis, sans cesse opposés d'opinions et de prin -ipes *. Dirigées par les plus grands génies et par les promieres familles de Ttitat, Ces factions éclataient suriout en temps de guerres et de calamités nationales^. Il en résultait pour la nation cet avantj.ge, que ies rivaux, se surveillant afin de se surprendre, avai. ni un intérêt personuel à aimer la vertu, en tant qu'elle leur était personnellement utile, et à haïr le vice dans les autres.

L'histoire de ces dissensions politiques, au moment de la révolution républi< aine en Grè< e, ne nous étant pas parvenue, nous la considérerons dans un âge postérieur à ce siècle, en en concluant, par induciion , l état passé de lu métropole africaine.

C'est à l'époque de la seconde guerre punique que nous trouvons la flamme de la discorde brûlant de toutes parts dans le sénat de Caithage. Hannon, distingué par sa modération , son amour du bien public et de la justice, brillait à la télé du parti qui , avant la déclaration de la guerre, opinait aux mesuies paciliqui s ^. U représentait les avantages d'une paix durable sur les hasards d'une entreprise dont les succès incertains coûteraient des sommes immenses, et liniraient peut être par la ruine de la patrie*.

'5 Amilcar, surnommé Barca, fèrc (i'Annibal , d'une famille clièreau peuple, soutenu de beaucoup de crédit et d'un grand génie, entraînait après lui la majorité du sénat. Après sa mort, la faciion Barcine continua de se pronoocer enfa\eur des arm«^s. Sans doute elle faisait vrdoir l'injustice de Romains, qui, sans respecter la foi dos traités, s'étaient emparés de la Sardaigne ^. Ain i la Hollandf a amené de nos jours la rupture entre la France et rAiîgleti.rre.

Durant le cours des hostilités, la minorité ne cessa de coi.ibtitire les résolutions adoptées : tantôt elies'elfo;çait de diminuer les victoires d Âtinibal, tantôt d\ xagéier ses revers. Elle jetait mille entraves dans la marche du gouvernement j et, sans le génie du général caiihaginois, son armée, faute de secours, périssait lotaltmenl en Italie *. Vers la fin delà guerre, les paiiis changèicnt

a J'aime à me voir défendre ainsi les principes conservateurs de la société; jo me suis assez franchement critiqué pour avoir le droit de remarquer le bien quand je le rencontre dans cet ouvrage. Je dirai donc que je n'aperçois pas dans ['Essai une seule erreur politique un peu grave, un seul principe qui dévie de ceux que je professe aujourd'hui: partout c'est la liberté, l'égalité devant la loi, la propriété, la monarchie, le roi légitime que je réclame; taudis ([ue les erreurs religieuses et morales sont nialheureusenient trop nombreuses. Mais dans ces erreurs mêmes il n'y a rien qui ne soit racheté par quelque sentiment de charité, de bienveillance, d'humanité. J'en appelle au lecteur de bonne loi : qu'il di^e si je porte de Vl'Jssai , sous ce rapport, un jugement trop favorable. (N. ÉD.)

» f,iv.,lib. XXI.

a Comme au temps de la guerre d'Agalliocle et de celle des Mercenaires.

3 \A\., iib. XXI.

4 1(1., ibid.

5 la , ibui ; POLYB., Iib. III. p. 162.

6 Ijv.,lib. xxin, n"lt. li, l\\.

Lorsiiu'nu récit de la bnlnillede Cannes, un membre delà friction Rarcine demandait à Hannon s'il était «'iicore mécontent «le la j^uerre, celui-ci répondit <i(iu'il était loii|ouis diuis les mêmes sentiments, et que ' siip|iosé que ces victoiius Ftssr>T vraiks ) il ue s'en réjouissait qu'autant qu'elles mèm mieni à une [)aix avaulaseu>.c. n ^e croil-ou pas entendre parler im membre (le l'()ppo^itlon? n'est-il |ias étonnant qu'on doutât à Caitliage, comme en Anglettrrci (les succès mêmes des armées ? Ou plutôt cela n'est pas étouaaot.

d'opinions. Annibal , bien que de la majorité, après la bataille de Zama, parla avec chah ur eu laveur de la paix *. Un sénateur eut le courage de s'y opposer; Gisgon représenta que ses concitoyens devaient plutôi périr généreusement les armes à la main que se soumettre à des conditions honteusos ^. L'homme illustre répliqui qu'on devait remercier les dieux qu'en des circonstances si alarmantes les Romains se montrassent encore disposés à des négociations \ Son avi> prévalut. L'on dépêcha en Iialie des ambassadeui s du parti d'Hannon, qui, amusant leurs vainqueurs du récit de leurs querelles dotnesiiques, se vantaient que, si l'on eût d'abord suivi leurs conseils, ils n'auraient pas été obligés de venir mendier la paix à Rome * ' .

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