CHAPITRE III
Examea d'un grand principe en politique.
Par nn principe gpnéralement adopté des publicistps, les nations ont le droit de se choisir un gouvt riiement, et par un auDe principe aussi fameux , « que tout pouvoir vient du peuple, w elles peuvent reprendre leurs droits et changer leur constitution. C est ce que liieui les Athéniens qui consentirent à l'abolitlon de la dcniocraiie, et la rétablirent ensuite. Voyons où ces principes nous mènent.
Des trois partis qui composentla foule, les uns adoptent absolument ces propositions et disent: Hue nation a le droit de se choisir un gouverneuicm , parce que celle-ci était avant celui-là : que la piemièie est un corps réel, existant dans la nature, dont l'auire n'est quune modinealion , qu'une pensée. La loi ne peut être en ascen>ion de IVlfet à la cause, mais descendante du principe à la conséquence. Tout pouvoir découle ainsi du peuple, et il n^ saurait alié/ier sa liberté, car le contrat est nul entre celui qui donne tout et celui qui n'engag«' rien; enire tel qui ne saurait acheter et tel qui n'a pas droit de vendre.
Les autres iiieui le tout, et les modérateur» jettent un voile religieux sur cet axiome.
Je ne puis penser de même ; cet air secret fait beaucoup de mal. Le peuple est un enlanl; préseniez-liii un hochet dont il sorte des sons, si vous ne lui en explicjuez la cause, il le brisera pour voir ce qui les proiluit. Pour moi , j'avoue naiitemenl ce que je crois, et suis persuadé qu'en tome occasion, la vérité, bienexpliijuée, est bonne à «iire. Je reçois donc les deux piincipes, inattaquables dans leur base, et indi^putab es dans le laisontiement; mais, en adopiant la majeure avec les républicains, voyons si nous admettrons le corollaire.
Conclurai-je que ce qui est rigoureusement vrai en logique soit nécessaîrement salutaire dans l'application P 11 y a des vérités absiraiLes qui seraient absur<les si on voulait les lédnireen ventes dr pratique. Il va des vérités négatives et des vérités de maux, que le titre de, vérités ne rend pas pour cela meilleures.J'ai la fièvre, c'est une vérité; est-ce une b^nne cli(>seque(l'avoirla lièvre? Le chaos où les deux propositions nous plongent est évident de soi. Le peuple a le pouvoir de se choisir un gouvernement, mais il a aussi celui de changer ce gouvernement, puisque toute souveraineté émane de lui. Ainsi, hier une république, aujourd'hui une monarchie, et demain en; ore unerépubliqne. Par le ptcmier droit, dna-t-on, une nation courrait les risques de tomber dans l'esclavage^ ccunmeà Aihènes, si ede n avait le second pour se sauver. D accord. Mais cette seconde faculté ne le livre-t-elle pas à la merci des factieux sans nombre, qui ne vivent que dans les orages ? des factieux qui, connais>ant trop le penchant inquiet de la multitude, lui persuaderont incessamment que sa con-tiiution du moment est la pire de tontes, par cela même qu'elle eu jouit; et un éternel carnage et une étei nelle révolution régneront parmi les hommes. Est-il d'ailleurs quelque puis>anee qui puisse rompre le soir les serments solennels que vous avez faits le matin? L honneur, les engagements les plus sacrés, que dis-je ! la monde même ne sont qu'une folie si j'ai le droit incontestable de les violer, et si par cette violation je crois mériter, non des r»proches, mais des louanges. Quoi ! le manque de foi <iue vous puniriez dans l'individu, vous le récompenserez dans le corps collectif? Y a-t-il donc deux vertus, l'une de l'homme et l'autre des nations? O vertu! peux-tu être autre qu'une? Que si tu es double, tu es triple, quidruple, ou plutôt tu n es rien qu'un être de raison qui nivelle le scélérat et Ihonnéte homme, qu un vain fantôme omniforme, inodilié selon les cœurs et variant au souille de l'opinion. Que devieu^ évd l'univers ?
* Ce ne sont plus des comparaisons directes, mais quelques rapprocbements gér néraux dé faits et de personnages : le système devient supportable. (N.J&tt.^
500 RÉVOLUTIONS ANXIENNES.
Tel est l'alnme où nous font accourir ceux qui tiennent de loin devant nous ces lumières funestes, comme ces phares trompeurs que les brigands allument la nuit sur des écueils pour allirer les vaisseaux au naufrage. Voulez-vous encore vous convaincre davantage de l'illusion de ces préceptes? examinez les contradictions où est tombée la Convention en voulant les faire servir à l'économie poliiique. C'était un crime digne de mort en France, à une certaine époque, d oser soutenir qu'une nation n'eût pas le droit de se constituer. L'anarchie est venue, et les révolutionnaires n'ont point eu de home de nier la proposition au nom de laquelle i's avaient versé tant de sang. Ainsi ils sont réduits à abandonner la base de leur propre édifice, tandis qu'ils continuent d'en suspendre en l'air la coupole. Est-ce supériorité de talent on foi menteuse? Pour moi, qui, simple d'esprit et de cœur, tire tout mon génie de ma conscience, j'avoue que je crois en théorie au principe de la souveraineté du peuple; mais j'ajoute aussi que, si on le met rigoureusement en pratique, il vaut beaucoup mieux , pour le genre humain, redevenir sauvage, et s'enfuir tout nu dans les bois ^.