CHAPITRE XIII
AUX inforlunés.
Thrice bappy you, wlio look as from tlie shore And hâve no venlure ia llie wreck you see !
Ce chapitre n'est pas écrit pour tons les lecteurs ; plusieurs peuvent le passer sans interrompre le til ^ de cet ouvrage : il est adressé à la classe des malheureux ; j'ai lâché de l'écrire dans leur langue , qu'il y a longtemps que j'éludie «!
Celui-là n'étaiipas un favori de la prospérité qui répétait les deux vers qu'on voit à la tête de ce chapilre. C'était un monarque, le malheureux Richard II, qui. le matin même du jour où il fut assassiné, jetant à travers l< s soupiraux de sa prison un regard sur la campagne, enviait le paire qu il voyait assis tranquillement dans la vallée auprès de ses chèvres.
Quelles qu'aient été les erreurs, innocent ou coupable, né sur un trône ou dans une chaumière ; qui que tu sois, enfant du malheur, je te salue : Experti invicem sumus, ego ac forluna.
On a beaucoup disputé sur l'infortime comme sur toute autre chose. Voici quelques réflexions que je crois nouvelles ^.
Comment le malheur agit-il sur les hommes? Augmente-t-il la force de leur âme ? La diminue- i-il ?
S'il laugmenie, pourquoi Denys fut-il si lâche?
S'il la diminue, pourquoi la reine de France déploya-t-elle tant de fortilude?
Prend-il le caractère de la victime? îMaîs, s'il le prend , pourquoi Louis, si timide au jour du bonheur, se montra t-il si courageux au jour de 1 adversité «? El pourquoi ce Jacques !l, si brave dans la prospérité, fuyait-il sur les bords de la Boyue lorsqu'il n'avait plus rieu à perdre?
Serait-ce que le malheur transforme Mes hommes? Sommes-nous forts parce que nous étions faibles, faibles parce que nous éiions forts? Mais le pusillanime empereur romain qui se cachait dans les latrnes de son palais au moment de sa mort avait toujours été le même, et le Breton Caraciacus fut aussi noble dans la capitale du monde que dans ses forêts.
* La France les repoussa, mais Rome, celte mère commune des infortunés, les accueillit. (N. Éd.)
^ On n'interrompt point le fil d'un ouvrage, on le rompt. Langue à pari, cette phrase condamne tout le chapitre. C'est au lecteur à dire s'il veut qu'on le supprime.
(N. ÉD
« On va voir en effet que j'ai examiné la question dans tous ses npports, que je suis sivant dans la science des inforlunés. Je me délectais à parler du malheur : j'étais l'a comme un poisson dans l'eau. (N. Éd.)
<i Jai un grand penchant à m'applandir. (N. Éd.)
< Je louais et j'admirais ces grandes victimes lorsque je ne demandais rien et n'avais rien à attendre de leurs héritiers. (N. Éd.)
^ Le verbe transformer ne s'emploie guère absolument; mais si je m'étais mis à relever les hardiesses de langue dans VÈnsai, je n'en aurais pas fini. (N. Éd.)
Il paraît (]<>nc impossible de raisonner d'après une donnée certaine sur la nature de rinfortiinni.
Il est vraisemblable qu'elle agit sur nous par des causes secrètes qui tiennent à no« habitudes et à nos préjugés, ei par la position où nous nous trouvons relativement aux objets environnants. Denys si vil à Corinlhe, eût peut-être été très-grand entre les mains de ses sujcis à Syracuse.
Autre re(her(he. Voilà le malheur considère en lui-même; examinons-le dans s<'s relations extérieures.
La vue de la misère cause différentes sensations chez les hommes. Les grands, c'est-à-dire les riches, ne la voient qu':n'ec un dégoût exiréme; il ne faut attendre d'eux qu'une pitié insolente, que des dons, des politesses, mille fois pires que des insultes.
Le marchand, si vius erjtrez dans son comptoir, ramassera précipitamment l'argent qui se trouve atteint : celle àme de boue confond le malheureux et le malhonnête homme.
, Quant au peuple, i! vous traite selon son génie. L'infortimé rencojitre en Allemagne la vraie hospitalité; en Italie, la' bassesse, mais qudquelois des éclairs de sensibilité et de délicatesse; en Espagne, la morgue el la lâcheté, parfois aussi de la noblesse; le pvMiple français, malgré sa barbarie lorsqu'il s'assemb'e en masse, esi le plus chariiable, le plus sensible de tous envers le misérable, parce qu'il est sans contredit le moins avide dor. Le désintéressement est une qualité que mes com})airioies possèdent émineumient audessus des autres nations de 1 Europe. L'argent n'est rien pour eux, pourvu qu'ils aient exactement la vie. En Hollande, K- malheureux ne trouve que brutalité; en Angleterre, le peuple niéprise souverainement l'inlorlune; il sent, il frotte, il mord, il examine, il fiit >onner son schelling; il ne voit partout que du cuivre ou de l'argent. Au reste , il est préci<émeni le contraire du Français. Auiani les individus qui le composent feraient des bassesses pour quelques demi-couronnes, autant ils sont généreux ptis en corps. Au fait, je ne connais point deux nations plus anlipalhiques de génie, de mœurs, de vices et de vertus, que les Anglais el les Fiançiiis, avec ceie différence, que les premiers reconnaissent généreusement plusieurs qualités dans les derniers, tandis que ceux-ci refusent toute verlu aux autres ^.
Examinons maintenant si de ces diverses remarques on ne peut retirer quelques règles de conduite dans le malheur. J'en sais trois:
Un misérable est un objet de curiosité pour les hommes. On l'examine, on aime à toucher la corde des angoisses, fiour jouir du plaisir d'étudier son cœur au moinent de la convulsion de la douleur, comnie ces chirurgiens qui suspendent des animaux dans des tourments, afin d'épier la circulation du s:ing elle jeu des organes ^. La première règle est donc de cacher ses pleurs. Qui peut s'intéresser au récit de nos maux ? Les uns les écoutent sans les entendre, les autres avec ennui, tous avec malignité. La prospérité est une slatue d'or dont les oreilles ressemblent à ces cavernes sonores décrites par quelques voyageurs : le plus léger soupir s'y grossit en un son épouvantable.
La seconde règle, qui découle de la i»rennère, consiste a s'isoler entrèrcment. Il faut éviter la société lorsqu'on souffre, parce qu'elle est l'ennemie naturelle des malheureux; sa maxime est: L'infortuné — C()up;ible. J»; suis si convaincu de cette vérité sociale, que je ne passe guère dans les rues sans baisser la tète.
Troisième règle : Fierté intraitable. L'orgueil esi la verlu du malheur. Plus la fortune vous abaisse, plus il faut nous élever, si nous voulons sauver notre Câraclère. 11 faut se resâouvenir que partout ou honore l'habit et non 1 homme.
• Il y avait peut-être quelque courage a écrire ainsi en Angleterre ; mais il y a une transposition évidente dans le texte. Au lieu de lire : « Je ne connais point deux nations plus antipathiques... que les Anglais et les Français... » il faut lire : Que les I^"raiiçais et les Anglais. (N. Éd.)
*> Cette idée abominable que j'ai des hommes me poursuit. Il y a incohérence dans les images. (N. Éd.)
Peu importe que vous soyez un fripon, si vous êtes riche ; un honnête homme, si vous éies pauvre. Les positions relatives font dans la société l'estime, la considération, la vertu. Comme il n"y a rien d'intrinsèque dans la naissance, vous fûtes roi à Syracuse, et vous devenez particulier malheureux à Corinthe. Dans la première position vous devez mépriser ce que vous êtes ; dans la seconde, vous enorgueillir de ce que vous avez été ; non qu'au fond vous ne sachiez à quoi vors en tenir sur ce frivole avantage , mais pour vous en servir comme d'un bouclier contre le mépris attaché à l'infortune. Ou se familiarise aisément avec le malheureux; et il se trouve sans cesse dans la dure néce&sité de se rappeler sa dignité d homme, s'il ne veut (jue les autres loublient.
Enfin vient une grande question sur le sujet de ce chapitre : que faut-il faire pour soulager ses chagrins? Voici la pierre philosophale.
D'abord la nature du malheur n'étant pas parfaitement connue , celte question reste pour ainsi dire insoluble. Lorsqu'on ne sait où gît le siège du mal, où peut-on appliquer le remède?
Plusieurs philosophes anciens et modernes ont écrit sur ce sujet. Les uns nous propos nt la lecture, les autres la vertu, le courage. C'est le médecin qui dit au patient : Portez-vous bien.
Un livre vraiment utile au misérable, parce qu'on y trouve la pitié, la tolérance, la douce indulgence, lespérance plus douce encore, qui composent le seul baume des ble-sisres de l'àiiie, ce sont les Evangiles. Leur divin auteur ne s'arrête point à prêcher vainement les infortunés, il fait plus: il bénit leurs larmes, et boit avec eux le calice jusqu'à la lie 3.
11 n'y a point de panacée universelle pour le chagrin, il en faudrait autant que d'individus. D'ailleurs la raison trop dure ne fait qu'aigrir celui qui souffre, comme la garde maladroite qui, en tournant l'agonisant dans son lit pour le mettre plus à son aise, ne fait que le toiturer. il ne faut rien moins que la main d'un ami pour panser les plaies du cœur, et pour vous aider à soulever doucement la pierre de la tombe.
Mais, si nous ignorons commentée malheur agit, nous savons du moins en quoi il consiste : en une privation. Que celle-ci varie à l'infini ; que l'un regrette un trône; l'autre, une fortune; un troisième, une place; un quatrième, un abus; n'importe, l'efTet reste le même pour tous. lV[***meoisait: Je ne vois qu'une infortune réelle: celle de m;inquer de pain. Quand un homme a la vie, Thabil, une chambre et du feu, les autres m^iux s'évanouissent. Le manque du nécessaire absolu est une chose affreuse , parce que l'inquiétude du lendemain empoisonne le présent. M*** avait raison , mais cela ne tranche pas la question ^.
Car que faudrait-il faire pour se procurer ce premier besoin ? Travailler, répondent ceux qui n entendent rien au cœur de l'homme. Nous supportons l'adversité non d'après tel ou tel principe, mais selon notre éducation , nos goûts, notre caractère, et surtout nutre génie. Celui-ci, s il peut gagner passablement sa vie par une occupation quelconque, s'apercevra à peine qu'il a changé de condition ; tandis que celui-là, d'un ordre supérieur, regardera comme le plus grand des maux de se voir obligé de renoncer aux facultés de son art, de faire sa compagnie de manœuvres , dont les idées sont confinées autour du bloc qu'ils scient, ou de passer ses jours, dans l'âge de la raison et de la pensée, à faire répéter des mots aux stupides enfants de son voisin. Un pareil homme aimera mieux mourir de faim que de se procurer à un tel prix les besoins de la
« J'ai déjà cité ce passage dans ma préface comme une preuve de mon incrédulité,
(N. ÉD
bN'est-il pas étrange que je ne fasse aucune mention des peines morales, des douleurs paternelles, maternelles et filiales, de celles de l'amitié? Le secret de cet oubli, c'est que je vivais au milieu de l'émigration, otij étais sans cesse frappé de la vue des maux physiques et des chagrins politiques. Aussi metlais-jeau nombre des infortunes VinUigence et les abus. m gp \
vie. Ce n'est donc pas chose si aisée que d'associer le nécessaire et le bonheur: tout le monde n'eiUendra pas ceci *.
Ainsi nous ne sommes pas jug^s compétents du bon et du mauvais pour les autres : il ne s'agit pas de l'apparence, mais de la réiîliié.
Je m'imagine que les malheureux qui lisent ce chapitre le parcourent avec celle avidilé inquiète que j'ai souvent poriée moi-même dans la lecture des moralistes, à l'article des misères humaines, croyant y trouver quelque soulagement. Je m'imagine encore que, trompés comme moi, ils médisent: Vous ne nous apprenez rien ; vous ne nous donnez aucun moyen d'adoucir nos peines; au contraire, vous prouvez trop qu'il n'en existe point. Omes compagnons d'inl'oriune ! voire reproche esi juste : je voudrais pouvoir sécher vos larmes , mais il vous faut implorer le secours d'une main plus puissante que celle des hommes *». Cependaiii ne vous laissez point abattre; ou trouve encore quelques douceurs parmi beaucoup de c.damit'S. Essayerai-je de montrer le parti qu'on peul tirer de la condilion la plus misérable ? Peul-élre en recueilles ez-vous plus de profit que de toute l'enflure d'un discours sloïque.
Un infortuné parmi les enfants de la prospérité ressemble à un gueux qui se promène en guenilles au milieu d'une société brillante : chacun le regarde et le fuit. Il d('it doncéviterles jardins publics, le fracas, !e grand jour; le plus souvent même ii ne sortira que la nuit. Lorsque la brune'commence à confondre les objets, notre infortuné s'avenlure hors de sa retraite, et, traversant en hâte les lieux fréquentés, il gagne quelque chemin solitaire, où il puisse errer en liberté. Un jour il va s'asseoir au sommet d'une colline qui domine la ville et commande une vaste contrée; il conlemple les feux qui brillent dans l'étendue du paysage obscur, sous tous ces toits h.bités. Ici, il voit éclater le révt rbère à la porte de cethôtel, dont les habitants, plongés dans les plaisirs, ignorent qu'il est un misérable, occupé seul à regarder de loin la lumière de leurs fêtes, lui qui eut aussi des fêtes et des amis ! 11 ramène ensuite ses regards sur quelque petit rayon tremblant dans une pauvre maison écartée du laubouig, et il se dit : Là, j'ai des frères '.
Une autre fois, par un clair de lune, il se place en embuscade sur un grand chemin, pour jouir encore à la dérobée de la vue des hommes, sans être distingué d'eux ; de peur qu'en apercevant un malheureux, ils ne s'écrient, comme les gardes du docteur anglais, dans la Chaumière Indienne: Un Paiia! ua Paria !
Mais le but favoti de ses courses sera peut-être un bois de sapins , planté à quelque deux milles de la ville. Là, il a trouvé une société paisible, qui, comme lui, cherche le silence tt l'obscurité. Ces Sylvains S'iitaires veulent bien le souffrir daus leur république, à laquelle il paye un léger tribut; lâchant ainsi de reconnaître, autant qu'il est en lui, l'hospitalité qu'on lui a donnée **.
Lorsque les chances delà destinée nous jettent hors de la Société, la surabondance de notre âme, faute d'objet réel, se répand jusque sur Tordre muet de la création, et nous y trouvons une sorte de plaisir que nous n'aurions jamais soupçonnée. La vie est douce avec la nature. Pour moi, je me suis sauvé dans la solitude, et j'ai résolu d y mourir, sans me rembarquer sur la mer du
a II faut me passer cet éternel moi et ce ton de confidence que je prends avec les lecteurs. L'amour du raisonner que j'avais dans ma jeunesse, celle manière de faire une thèse de loui, ces argumentations en forme sur le malheur, ces aphorismes à l'usage des infortunés, s'éloignent tout à fait fie la manière que j'emploierais aujourd'hui dans un pareil sujet : les traits pourraient être semblables, mais la chaîne des idées ne serait pas la même. (N. Éd.)
•> Ces cris religieux, échappés tout à coup et comme involontairement du fond de l'âme, prouvent mieux mes sentiments intérieurs que tous les raisonnements de la terre. (N. Éd.)
<= On retrouve quelque chose de ce passage dans René. (N. Éd.)
<* Qu'est-ce que ces Sylvains?... — Des oiseaux? ËQ vérité, je l'ignore. Jeannol Lapiu pourrait bien être la-dedans. Qui sait? (N. Éd.)
monde '. J'en contemple encore quelquefois les tempêtes, comme un homme jeté seul &ur une île déserte, qui se plaît, par une secrète mélancolie, à voir les flots se briser au loin sur les côtes où il fit naufrage. Après la perte de nos amis '', si nous ne succombons à la douleur, le cœur se replie sur lui-même; il forme le projet de se détucher de tout autre sentiment, et de vivre uniquement avec ses souvenirs. S il devient moins propre à la société, sa sensibilité se développe aussi davantage. Le malheur nous est utile; sans lui les facultés aimantes de notre âme resteraient inactives : il la rend un instrument tout harm(>nie, dont, au moindre souffle, il sort des murmures inexprimables. Que celui que le chagrin mine s'enionce dans les forêts ; qu'il erre sous leur voûte mobile; qu'il gravisse la colline, d'où l'on découvre, d'un côté de riches campagnes, deTaulrele soleil levant sur des mers étincelanles, dont le vert changeant se glace de cramoisi et de feu; sa douleur ne tiendra point contre un pareil spectacle : non qu'il oublie ceux qu'il aima, car alors ses maux seraient préféiables ; mais leur souvenir se fondra avec le calme des bois et des cieux : il gardera sa douceur et ne perdra (jue son amertume. Heureux ceux qui aiment la nature! ils la trouveront, et trouveront seulement elle, au jour de l'adversité.
Telle est la première sorte de plaisir qu'on peut tirer du malheur ; mais on en compte plusieurs autres. Je recommanderais particulièrement l'étude delà botanique comme projire à calmer l âme en détournant les yeux des passions des hommes, pour les porter sur le peuple innocent des fleurs. Armé de ses ciseaux, de son style, de sa lunette, on s en va tout courbé, longeant les fossés d'un vieux chemin, s'an étant au ?nassif d'une tour en ruine, aux mousses d'une antique fontaine, à Torée septentrionale d'un bois; ou peut-être on parcourt des grèves que les algues festonnent de leurs grands falbalas frisés et couleur d'écaillé fondue. Notre botanophile se plaît à rencontrer la tulipa silvestris qui se retire comme lui sous les ombrages les plus solitaires; il s'attache à ces lis mélancoliques, dont le front penché semble rêver sur le courant des eaux. A l'aspect attendrissant du convolvulus, qui entoure de ses fleurs pâles quelque aune décrépit, il croit voir une jeune lille presser de ses bras d'albâtre son vieux père mourant; Vulex épineux, couvert de ses pajîillons d'or, qui présente un asile assuré aux petits des oiseaux, lui montre une puissance protectrice du faible; dans les thyms et les calamens, qui embellissent généieusement un sol ingrat de leur verdure parfumée, il reconnaît le symbole de l'a* mour de la patrie. Parmi les végétaux supérieurs, il s'égare volontiers sous ces arbres dont les sourds mugissements imitent la triste voix des meis lointaines; il affecte cette familier américaine, qui laisse pendre ses branches négligées comme dans la douleuf ; il aime ce saule au port languissant , qui ressemble, avec sa tête blonde et sa chevelure en désoi dre. à une bergère pleurant au bord d'une onde. Enfin il recherche de préférence, dans ce règne aimable, les plantes qui, par leurs accidents, leurs goûts, leurs mœurs, eutreiiennent des intelligences secrètes avec son âme '^ *.
Oh? qu'avec délices, après celle course laborieuse, on rentre dans sa misérable demeure chargé de la dépouille des champs ! Comme si l'on craignait que quelqu'un ne vînt ravir ce trésor, fermant mystérieusement la porte sur soi , on se met à fltire l'analyse de sa récolte, blâmant ou approuvant Tournefort, Linné, Vaillant, Jussieu, Solander, du Bourg. Cependant la nuit approche. Le bruit commence à cesser au dehors, et le cœur palpite d'avauce du
^'C'était vrai, et je n'aurais pas eu le temps de me lasser de celte solitude, puisque je me croyais au moment d'en trouver une autre plus profonde. (N. Ed.)*
•> Voilà enfin les douleurs morales. (N. Éd.)
« On retrouve quelques-unes de ces idées et de ces études dans le Génie du Chris* tianisme, m, Éd.)
» Je suis fâché que ce ne soit pas le botaniste de la duchesse de Porlland ( J.-J. ) qui ait appelé Por^/anrfta l'arbuste de lalamille des Rubiacées, connu sous ce nom. La prolecliice, le protège et la plante se lussent prêté muiuellement des charmes, et la reconnaissance d'un sraad hoisffle eût vécu éternellement dans le parluin d'une fleur.
plaisir qu'on sV?t prépriré. Un livre qu'on a en bien de la peine à se procurer, lin livre qu'on lire précieusement du lieu obscur où on le tenait caché, va remplir ces heures de silence. Auprès d'un hu!ul)le feu et d'une lumière vacil- Janle, certain de n'être point entendu, on s'allenih it sur les maux imaginaiios des Clarisse, des Clémcnline, des Héloïse, des Cécilia. Les romans sont ies livres des malheureux : ils nous nourrissent d'illusions, il est vrai; mais eu sont-ils plus remplis que la vie?
Eh bien ! si vous le voulez, ce S' ra un grand crime, une grande vérité, f^nnr, îiolre solitaire s'occupera : Agrippine assassinée par son fils. Il veillera au boi d du lltderambiiieuse Romaine, mainlenant lelirée dims une chambre obscure à peine éclairée d'une petite lampe. Il voit l'impératrice loiubée fair;; un reproche louchant à la seule suivanle qui lui reste, et qui elle-même l'abandonne ; il observe l'anxiété augmentant à < haque minuie sur le visage de ci ttc malheureuse princesse qui , dans une vaste solitude, écoute atientivenient le silence. Bientôt on entend le bruit sourd des assassins qui biisent les poiles extérieures; Agrippine tressaille, s'assied sur son lit, prête l'oreille. Le bruit approche, la tioupe entre, entoure la couche; le ct;nlurion lire sou é[)ée et en frappe la reine aux tempes; alors : Ventrcm feril s'écrie la mère de Néron : mot dont la sublimité fait hocher la tête.
Peut être aussi , lorsque tout repose, entre deux ou trois heures du matin , au murmure des venis et de la pluie qui hatlent contre vos feiiêtres, écrivezvous ce que vous savez des honnne^. L'infortuné occupe une place avantageuse pour les bien étudier, parce qu'éianl hois de leur route \\ les voit p;isser devant lui.
Mais, après tout , il faut toujours en revenir à ceci : sans les premières nécessités de la vie, point de remèdes à nos maux. Olway, en mendiant le morceau de pain qui l'étouffa; (iilbirt, l» tête troublée parle chagrin, avalant une clef cà l'hôpital , sentirent bien amèrement à cet égard, quoique hommes de lettres, toute la vanité de la philosophie *.