CHAPITRE XI
Nouveaux troubles à Syracuse. — Timoléon.— Retraite de Denys.
Donys ne resta que deux années en possession de son trône. Les intraitables Syracusains se soulevèrent de nouveau. Ils appelèient à leur secours un tyran voisin, nommé Icctas^. C lui-ci, loin de combaitre pour lu liberté de la Sieile, ne cherchant qu'à se substituer à Denys, traita sous main avec les Carthaginois. Bientôt ia Hotte punique parut à la vue du port. L'ancien tyran éiait alors renfermé dans la citadelle, où il se défendait cimire le nouveau niaiire de la ville. Dans celte conu.nctnre, les cloyens opprimés envoyèrent demander du secours à Coi inlhe, leur nièie-palrie, et contre Denys, et contre Icelas et ses alhéb^. Les Cui luihiens, loucher des malheurs &^ leur ancienne colome, firent ,
» Plut., tn Dîon. . ,.. ^. . ^ 1
2 Dioii ava t enliepris avec les phitosophos platoniciens ci'etaolir en Sicile une de ces repu- 1 bli^liies idéales qui fout tant de mal ;uix iiuinmes. C'csl peut-êUe la sente lois qu on ail tente 1 de ioi-mt'i- le gonveineinent d'un peuivle sut- des principes puirintîMt abstraits Les Français oui
voulu laii-e la aiêinecliose de notre leiups. si IJiun ni les llicorisies de l<rance n'ont réubsi, parce que le vice était dans les mœuis des nations. Il est presque iua'uyabk coaibitu i'age pkUosapliique d'Alexandre resstmijici au uôuo.
3 PLUT., in Dion.
4D^ou., lib XVI. pag. 532.
5^L\T.,Efnst.\il.
a Je combats ici avec avantage cette fureur de donner à des peuples des constitua tïons uniloinits sans s'embarrasser ciu degré de civibsatiou où ce^ peuples sont parvenus. J'ai tenu le même langage a la tribune depuis dix aus, soit comme membre de l'opposition , soit comme ministre , sonhailani a toutes les nations uiu* liberté mesurée sur l'étendue de leurs lumières. C'est le seul moyen d'élever les bomines à la liberté complète : autrement on échoue dans tout ce que l'on prétend taire pour cette liberté. Ma vieille raison approuve donc aujourd'liui ce que ma jeune raison disait dans cette page il y a trente années; je ferai stulemenl observer que, raisonnant toujours ici d'après le svsième des républiques auci».'iines. et tondant la liberté uniquenie..: <ur les mueuis, "j'oublie celle aulie liberlé qu'amènent les progrès de la civilisation. (N* ^^0
6 DioD., Iib XVI, pag. 457-470; Plut., tn Timol.
7 Dl0D.,lib. XVI, pag. 467-470; PLUT.,tn Timol.
partir Timoléon avec dix vaisseaux ^ Le grand h(!mme aboda en Sicile el remporta un avantage sur Icélas. Denys, voyant s'évanouir ses espérances, se rendit au général corinthien, qui fit passer en Grèce, sur une seule galère, sans suite, avec une petite somme d'argent, celui qui avait possédé des flottes , des trésors, des palais, des esclaves, et un des plus beaux royaumes de l'antiquité. Feu de temps après, ïimoléon se trouva maître de Syracuse, battit les Carthaginois, et, appelant le peuple à la liberté, fit publier qu'on eût à démolir les citadelles des tyrans^. LesSyracusains se préeipitent sur ces monumenis de servitude; ils les nivellent à la terre; et, louillant jusque dans les sépulcres des despotes, dispersent leurs os dans les campagnes, comme on suspend dans les moissons la carcasse des bêtes de proie pour époux amer leurs semblables ^. On érigea des tribunaux de justice nationale sur 1 emplacement même de celte forteresse d'où émanaient les ordres arbitraires des rois. Leurs siuu' s futeni publiquement jugées et condamnées à être vendues. Une seule, celle deGelun, fut acquittée par le peuple^. Le bon, le patriote Henri IV, qui n'était pas comme Gélon un usurpateur, n'a pas échappé aux répub icains de la France. Les anciens respectaient la vertu, même dans leuis ennemis; et ceux qwi accordèrent les honneurs delà sépulture à l'étranger Mardonius n'auraier.t pas laissé les cendres d'un Turenne , leur compatriote, au milieu d'une osté.lugie de singes. Mous avons beau nous élever sur la pointe des pieds pour imiter ses géants de la Grèce, nous ne serons jamais que de petits hommes ^.
CHAPITBE XII.
Denys à Corinllie. — Les Bourbons.
Cependant Denys était arrivé à Corinthe. On s'empressa de venir repaîlre ses regards du speetacle d'un monarque dans l'auversilé. Nous chérissons moins la liberté que nous ne haïssons les grands, parce que nous ne pouvons souffrir le bonheur dans les autres, ei que nous nous imaginons que les grands sont heureux. Comme les rois senibleut d'une autre espèce que le reste de la foule, au jour de l'offliction ils ne trouvent pas une larme de pitié. Voilà doue, dit chacun en soi-même , cet homme qui commandait aux houjmes , et qui » d'un coup d'œil aurait pu me ravir la liberté el la vie ! Toujours bas, nous rampons sous les princes dans leur gloire, et nous leur crachons au visage lorsqu'ils sont tombés *.
Qu'eût dû faire Denys dans ses revers? 11 eût dû savoir que les tigres et les déserts sont mo ns a craindre pour les misérables que la société. Il rùt dû se retirer dans quelque litu sauvage pour gémir sur ses fautes passées, et surtout pour cacher ses pleurs ; ou plutôt il pouvait , comme les anciens , se coueher et mourir. Un homme n'est jamais très à plaindre lorsqu'il a le droguiste ou le marchand de poignards à sa porte, et qu'il lui reste quelques mines ^.
I Plut. , in Timol. ; Diod., hb xvi, pag. 462. » Plut., m Timol.
3 L'image n'est que trop juste ; mais il ne faut pas pousser la haine de la tyrannie jusqu'à approuver la violation des tombeaux. (N. Éd.)
3 Diod., lib. xvi, pag. 462; Plut., in Timol.
^ C'est beaucoup d'humeur avec quelque vérité. Le sentiment d'indépendance qui respire dans toutts ces pages ne nuisait point, comme on le voit, à mon aiiachenient pour la famille de mes rois légitimes. On ne peut condamner plus sincèremeai les excès révolutionnaires et aimer plus franchement la liberté. (N. Éd.)
« Si Tespèce humaine était telle que je la voyais alors, il faudrait aller se noyer. Il est vrai que l'on crache au visage des princes quand ils sont tombés ; reste k savoir «i les princes, lorsqu'ils ont recouvré leur pouvoir, ne crachent pas au visage de ceux qui les ont servis. (N. Éd.)
^ Il ne me restait plus, pour couronner l'œuvre, qu'a recommander le suicidé. Si cent pages de VEssai n'étaient en contradiction directe avec de tels principes, n'ex-» piaient ces incartades d'un esprit blessé, il n'y a point de reproche que l'on ne dût
L'âme de Denys n'était pas de cette trempe. Le tyran abandonné tenait , on ne sait pourquoi, à INxistence. Peut-être quelque lien caché qu'il n'osait découvrir, quelque seniiment secret... Denys n était-il pas père ? et les faiblesses du cœur n'ailacheni-elles pas à la vie ? C'est un effet cruel de l'adversité, qu'elle redouble noire sensibiliié, en même temps qu'elle l'éteint pour nous dans le cœur des autres, et qu'elle nuus rend plus susceptibles d amitiés lorsque l'heure des amis est passée.
Le prince de Syracuse offrait une grande leçon à Corinlhe, où les étrangers s'euipressaient de venir méditer ce spectacle extraordinaire. Le malheureux roi, C(»uverl de hailhms, passait ses jours sur les places publiques ou à la porte des cabarets, où on lui distribuait, par pitié, quelque reste de vin et de viande. La populace s'assemblait autour de lui , et Denys avait la lâcheté de l'amuser de ses hons mois ^ Il se rendait ensuite dans les boutiques des parfumciirs, ou choz des chanteuses auxquelles il faisait répéter leurs rôles, s'occupant à disputer avec elles sur les règles de la musique ^. Bientôt , pour ne pas mourir de faim, il fut obligé de donner des leçons de grammaire dans les faubourgs aux enfiiiits du peiii peuple ^, et ce ne fut pas le dernier degré d'avilissement où le réduisit la fortune.
Une conduite aussi indigne a porté les hommes à en chercher les causes. Cicéron fait la-dt'ssus une remarque cruelle*. Denys, dit-il , voulut dominer sur des enfants par habitude de tyrannie. Justin^, au contraire, croit qu il n'agissait ainsi que dans la crainte que les Corinlhiejîs ne prissent de lui quelque ombrage. Ne serait-ce point plutôt le désespoir qui jeta le roi de Syiacuse dans cet ex< es de bassesse ? A force de l'insulter on le rendit digne d'insultes. Le malheur est une maladie de lame qui ôie l'énergie nécessaire pour se défaire de la vie; et lorsqu'un misérable sent que sou caractère s'avilit, que la pitié des hommes ne s'éiend plus sur lui , alors il se plonge tout entier dans le mépris, comme dans une espèce de mort.
Malgjé le masque d'insensibilité que le monarque de Sicile portait sur le visage, je doute que la borne de la place publique, qui lui servait d'oreiller dufanl la nuit, et qu'il partageait peut-être avec quelque mendiant de Corinihe ®, lût entièreu)ent sèche le malin. Plusieurs mots échappés à ce prince jusiilient cetie conjecture.
Diogène, le rencontrant un jour, lui dit : «Tu ne méritais pas un pareil sort! » Denys, se trompant sur le motif de celte exclamation, et étonné de îrouver de la pitié parmi les hommes, ne put se défendre d'uu mouvement de sensibilité. Il repartit : «Tu me plains doue! je l'en remercie. » La simplicité de ce mot, qui devait briser l'âme de Diogène, ne fit qu'irriter le féroce cynique. «t Te plaindre ! s'écria-t-il, tu te trompes, esclave : je suis indigné de te voir dans une ville où tu pnisses jouir encore de quelques plaisirs'. » A Dieu ne plaise qu'une pareille philosophie soit jamais la mienne !
Dans une autre occasion , le même prince, importuné par un homme qui Faccablait de familiarités indécentes, dit tranquillement : «Heureux ceux qui ©nt appris à souffrir ^ ! »
Quelquefois il savait repousser une injure grossière par une raillerie pi-
fidresserà l'auteur d'un pareil livre. Si je pouvais chercher une excuseà des doctrines aussi pernicieuses, je ferais remarquer que c'est encore un sentiment généreux et même monarchique qui me les fait énoncer ici. J'aurais voulu que Deuys se fût tué, plutôt que d'avilir à la fois sa personne et son sceptre, l'homme et le roi ; le conseil «st criminel, mais le molif de ce conseil est noble. (N. Éd.)
î Plot., in Timol, » ld„ ibid.
3 Id., ibid.- Cic, Tusc.f lib. III, u* £7; JCST., lit). XXI; LUGIAN., 5omn., cap. XXIII; VAL. Max ,hb. vi,cap ix.
4 Cic, Tusc.
5 Jusï., lib. XXI, cap. y.
8 Val. Max., lib. vi, cap. IX.
7 Pi.i'T., inTimol.
» tilOB., Serm. 110.
quante. Un Corinthien, soupçonné de filouterie, s'approche de lui en secouant sa tunique, pour montrer quil ne c:«chail point de poignard (manière dont on en usait en abord;mi les tyrans) : « Fais- le en sortant , » lui dit Denys *.
La fortune voulut mêler quelques douceurs à l'amertume de ses breuvages, pour en tendre le déboire plus islfreux. Denys obtint la permission de voyager, et Philippe le reçut d;>ns son royaume avec tous les honneurs dus à son rang. Péd.igogue à Corinthe, roi encore à la table de celui de Macédoine, rédnit de nouveau.! la mendiciié, ces étranges vicissitudes devaient bien apprendre au prince de Sicile ia folie de la vie et la vanité des rôles qu'on y remplit. Du moins le père d'Alexandre s'honora-l-il en respectant Tinfori une. il ne put s'empêcher de dire à son hôte, en le voyant , avec une espèce de chaleur : « Comnatnt avez-vous perdu un empire que votre père sut cons( rver si longtemps? — J'héritai de sa puissance, répondit Denys, et non de sa fortune 2. » Ce motlà explique l'histoire du genre humain. Un soir que les deux tyrans s'entretenaient familièrement dans une orpie , celui de la Grèce dt^manda à celui de Sicile quel temps son père, Denys l'Ancieîi, prenait pour composer un si grand nombre de poèmes : « Le iemp> que vous et moi mettons ici à boire, » répliqua gaiement le roi détrôné ^ *.
Le sort voulut vnlui terminer ce grand drame de l'école des rois par un dénoûmeiit non moins exuaordinaire que les antres scènes. Denys, réduit au dernier degré de misère, ou rendu fou de chagrin , s'engagea dans une troupe de prêtres de Cybèle, et l'on vil le monarque «!e Syracuse, avec sa grosse ladle*, et ses yeux à moitié fermés ^, parcourant les villes et les bourgs de la Grèce, sautant et dansant en frappant un lyntpanon, et allant après tendre la main à la ronde, pour recevoir les chetives aumônes de la populace*.
Si je me suis an été loniitemps aux infortunes de Deoys, on en sent assez la raison. Outre la gr -nde h çon qu'elles présentent, 1 Europe a devant les yeux, au moment oîi j'écris ceci, un exemple frappant, non des mêmes vices, mais presque des mêmes rnalheurs. D'ià un Bourbon , qui devait être le plus riche parlicnlier de l'Europe, a ete obligé, pour vivre, d avoir recours en Suisse au moyen employé par Denys à Corinthe. Sans doute le duc d'Orléans aura enseigné à ses pupilles les dangers d'une ambition coupable, et surtout les périls d'une mauvaise éducation. Il se sera fait une loi de leur répéter que le premier devoir de l'homme n'est pas d'être roi , mais d'être probe. Si ce mol parait sévère, j en appelle à ce prince lui-même, qu'on dit d'ailleurs plein de courage et de vertus naturelles *>. Qu'il jette les regards autour de lui en Europe, qu'il contemple les ujilliers de victimes sacrifiées chaque jour à l'ambition de sa famille : j'aurais voulu éviter de nommer son père.
Le reste de la famille des Bourbons a éprouvé div^Tses calamités. L'héritier des rois, le souverain légitime de la France, erre maimenant en Europe à la merci des hommes '=; et le maître de tant de palais serait trop heureux de posséder dans quelque coin de la terre la moindre des cabanes de ses sujets.
» Plut., in Timol.-, JEliav., Var. Hist., lib. IV, cap. XVIII. « yELiAN., Var. Hist., lib. XII, cap. IX. 5 Plut., in Timol.
3 Je n'ai pa> tiré tout le parti que je pouvais tirer de cette entrevue de Denys et de Philippe. Denys l'Ancien était un tyran assez remarquable; il eut un misérable tils, Philippe était un prince habile qui eut pour héritier un des plus grands hommes dont l'histoire ait conservé le souvenir. Ce petit despote qui finissait le royaume de Sicile, dînant avec le jeune Alexandre en qui allait commencer un des trois grands royaumes du monde, formait un contraste qui n'aurait pas dû m'échapper. (N. ÉD.)
4 JusT.,lib.xxi, cap. 11.
5 Atukn., lib. X. p. 439: JuST., ibid.;VLVT., de Adul., tom. II.
6 i£LiAN., Var. Hist., lib. ix, cap. viii; ATHEN.,hb. XII, cap. XI.
1> Voyez la note •>, pa^e 390. (N.Éo.)
<^ Mes sentiments pour la monarchie de saint Louis et pour mes rois légitimes sont nettement exprimés ici ; mais le parallèle entre Denys et les héritiers de tant de monarques offre la même impertinence qu'une foule d'autres rapprochements de VEssai,
Cependont si un royaume florissant, un peuple nombreux , une naissance iîlusue, se rtîunisseiii pounuigmenier IVimeriume des reerets de Louis, il ne saurait craindre, comme les rois de l'anliquilé, l'excès de l'indigence. Cette différence lienlà léiat relatif des coiislitulions. Chez les anciens un prince fugitif ne rencontrait que des républiques qui insnllaient à si misère ; dans le monde moderne il irouve du moins d'autres princes qui lui procurent les nécessités delà vie ^. SM! arrivait que l'Eurnpe se formât en démocraties, le dernier des monarques détrônés serait aussi malheureux que Denys.
Depuis les premiers âges du monde jusqu'à la catastrophe des Bourbons en France, l'histoire nous offre un grand nombre de princes fugitifs et en proie aux douleurs, le partage commun des hommes. On remarque particulièrement, chez les anciens, le monarque aveugle qui parcourait la Grèce appuyé sur son Antigone; Thésée, le législateur, le défenseur de sa patrie, et banni par un peuple ingrat; Oresle, suivi d'un seul ami ; Iiloménée, chassé de Crète; Démarale, roi de Sparte, retiré aupès de D;irius; Hippias, mort au champ de Marathon , en cherchant à recouvrer sa couronne ; Pausanias II, roi de Sparte, condamné à mort et sauvé par la fuite ; Denys à Corinlhe ; Darins, fuyant seul devant Alexandre, et assassiné p;ir ses courtisans ; Cîéomène, digne successeur d'Agis, crucifié en Egypte, où il s'était retiré; Antio-hus Hiérax , réfugié chez Ptoiémée, qui le je le dans les cachots; Antiochus X, errant chez les Parihes clenCilicie; M ithridate , cherchant en vain un asile auprès de Tigrane son gendre , et réduit à s'empoisoimer; à Rome, Taïquin chassé par Brutus, et soulevant en vain l'Italie en sa faveur ; une foule d'empereurs des deux empires quil serait trop long d'énumérer *'. Parmi les peuples modernes, on reconnaît en Afrique Géhmer *, chassé du trône des Vundales et réduit à cultiver un champ de ses propres mains; en Italie , Lamberg , premier prinee fugitif de l'Europe moderne ; Pierre de Médicis , q:ii , sans Philippe de Comints, n'eût pu trouver ni.e retraite à Venise; l'empereur Henri IV, fuyant devant son (ils; le comte de Flandre, chassé par Artevelle; Charles V de France. dép;)uillé par la faction de Charles de iNavarre; Charles VU, réduit à sa ville d Orléans ;
Le petit tyran de quelques villes de la Sicile, fils d'un autre tyran, premier né de sa race, a-t-il avec la dynastie des Honrbons quelque rapport d'intluence, de caractère et de grandeur? L'histrion royal descendu du trône pour danser dans une troupe de prêtres de Cybèle peut-il être nonimé sans honte auprès de ce roi magnanime qui repoussa si noblement les propositions de l'usurpateur de sa couronne? Mais il me fallait, bon gré mal gré, des comparaisons, afin darriver à des réilexions plusou moins justes, àdes pages plus ou moins dans le sujet. (N. Ed.)
a II y a quelque chose d'étroit, de sec et de vulgaire dans cette remarque. Je l'ai dit ailleurs, et plus noblement : Un roi de France qui manque de tout est encore roi quand il peut dormir sur la terre enveloppé dans sa casaijue lleurdelysée, ayant pour bâton le sceptre de saint Louis, et pour épée celle d'ïlenri IV. (N. Ed.)
b J'aurais dû au moins, dans ce catalogue des lois détrônés, nommer Persée, ne fût-ce que pour rappeler le trône d'Alexandre. (N. Ed.)
1 SonlnstoireesU<!uchanle,ft présente un tlesjpuxlfs plus «•xtrnordinnirfs de la fortiine. Le lendemain <ni jour que Gëiimer sortit secrèU-menl (le Carllias;e, Bélisaire. dans le palais de ce prince des Vandales, servi ftar ses procres esclaves, diua sur la table, dans les plats, el des viandes mêmes pré|)ar«>es pour le repas du mallieureux monariiuc. I.e roi tugitd s elanl ensuite tenus entre tes mains du général romain, il lui conduit à Cou->iantinople, où, après s'être prosterné devant Juslinien, ou lui donna quelque terre dans an coin de l'empire. (t^ROCOP., Bell. Vandal., lib. i, cap. xx», etc.) Ce bon Piocope. qui raconte si naïvemail ses songes, l'amour d'Houorius pour une poule nonrimee Rome, el lescliansons des petits entants «uu disaient: « G. chassera B., el B. ciiassera G., » mêlait ressouvenir qu'on Irouve, dans son Histoire de la guerre des Perses, un cliapilre intéressant mu la mer Jlouge «-t le cojnuiercedcs Indes, qui a,je crois, échappe au savant Kobertson, dans sa Disquisition. On .v apprend (;ue l'on consiruisait les vaisseaux sans clous pour celle nnvi-.ilioii, en allachanl seulenu-nt les planches avec des cordes, non à cause des rochers d'aimani, dit Procrpe, qui se pique alors d'mcredulile, mais pour les rendre plus légers *.(/>« /Je//. Pen.^Wh. i,cap. xviii.)
* Cette note est écrite a la diable, bien qu'elle soit assez curieuse. Mais a quoi bon tout cela, el les petits enfants qui chantent, et Honorius el Roberlsou , cl le commerce des Indes, et les rochers U'aimant, etc., etc.? Erudition tout a fait digne du Chef-d'œuvre d'un Inconnu. (^' *•!>•)
Henri VI d'Angleterre, détrôné, puis rétabli, puis détrôné encore ; Edouard IV, errant dans les Pays-Bas , privé de tout secours; Henri IV de France, chassé par la Ligue ; Charles II d'Angleterre, obligé de dormir sur un chêne dans ses Etais, taniiis que s^ famille sur le coniineni était forcée de se tenir au lit, faute de feu ; Gustave Vasa , retiré dans les nimes ; Sianisbs , roi de Pologne, s'échappanl déguisé de son pilais; Jacques II, trouvarilune cour en France, niais dont les descendants n'avaieni pas un lieu où reposer leur téîe ^; Maiie, portant son fils dans les rangs hongrois ; enfin les Bourbons, terminant celte liste d'illustres infortunés. Dans ce catalogue de misères, chacun poiina satisfaire le penchant de son cœur : l'envie y verra des rois ; la piiié, des malheureux j et la philosophie^ des hommes.