‹ Œuvres complètes de ChateaubriandChapitre 223 sur 239 · CHAPITRE XLII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLII

Le Régent. — La cliute du christianisme s'accélère.

Enfin le Régent parut, et de cette époque il faut daier presque la chute totale du christianisme ^ . Le duc dOrléans brillait de uénie, d*; grâces, d'ui banité j mais il éiail I homme le plus immoial de son siècle, et le moins fait pour gouverner une natio!) volage, sur lâfiuelle les vices de ses chefs avaient tant d'influence, lorsqu'ils étaient aimables. Ce lut alors qu'on vit naître la secte philosophique , cause preniière •* cl finale de la révolution préseoie. Lorsque les nations se corrompent, il s'élève des hommes qui leur apprennent qu il n'y a point de vengeance ccle>te.

Le bouleversement que Law ' opéra dans TEtat par son papier ne contribua pas peu à ébranler la morale du peuple. Inlérét et cœur humain -ont deux niots semblables «. Changer ies mœurs d'un Eiat,ce neslqu'iu changer les fortunes. Dans les accès du désespoir, et dans le délire des succès, tout sentiment de 1 honnête s'étemi, avec cette différence que le parvenu conserve ses vices et l'homme tombé perd ses venus.

La presse, cette invention céleste et diabolique ^y commençait à vomir les chan-ons, les pamphlets, les livres philosophiques. Chaque posie annonçait au ciioyen, tantôt lincesle d'un père, 1 exécrable mort d'un cardm.il, diS débauches que la piume d'un Suétone rougirait de décrire ; et, en payant les taxes, il soldait à la fois et les vds courtisans, et les troupes qui le forçaient à leur obéir. Le mépris , puis la rage, étaient les sentiments qui devaient s'emparer du cœur de ce citoyen *. Que le peuple alors apprenne le secret de sa loice, et lEtat n'eài plus.

» Je ne parle pas des scènes scandaleuses de la populace de Londres contre les catholiques, en 1680.

* Toujours la chute du christianisme ! Le christianisme ne tombait point; les mœurs seulement se corrompaient. Et quand la religion chrétienne se serait affaiblie en France, cela voudrait-il dire qu'elle s'éteint également dans le reste du monde;*

(N. ÉD.) •> Il fallait mettre, au lieu de cause première,c2iUSG seconde, (N. Éd.)

2 Dans les projt- Is de cet étranger, on retrouve le plan littéral exécuté de nos ji/urs par Mirabeau l'aîué : le payement de la dette nationale en papier, la vente des biens du cierge, fie.

* Cela n'est pas vrai en France. (N. Éd.)

<* La presse n'est diabolique que lorsqu'elle n*est pas réglée par des lois. Si vous i'enchaînez par l'arbitraire, c'esi-a-dire par la censure, elle perd ce qu'elle a de céleste , et ne conserve que ce qu'elle a de diabolique. Personne n'approuve les abus delà press^; mais c'est aux lois seules a prévenir et a punir les abus. (N. Éd.)

* J'ai raison dans mon indignation contre la régence. La régence et le régne de Louis XV sont deux époques de notre hisloire qu'on ne saurait assez maltraiter.

(N. Éd.)

Ce fut sons le règne suivant qu'éclata la secie encyclopédique, dont j'ai déjà touché quelque chose. Je vais, comme je Tai promis, la considérer à présent dans ses rapports religieux ei politiques avec les instilulions delà France.

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