CHAPITRE XLÎ
Depuis la réformalion jusqu'au Régent.
Lorsque les tempêtes élevées par la réformalion se furent apaisées, le 'V^alican reparut, mais à moitié en ruine. Il avait perdu l'orgueil de ses murs, et Sf'S combles enlr'ouvcTls éiaienl sillonnés de s» s propres foudres, que la fureur de I orage avait repoussées contre lui. Les rois et les paj.es, en s'oj'posant par des mesures violentes aux innovations religieuses, n'avaient fait qu'irriler les esprits. Pciile et fuible dans le calme, la liberté devient un géant dans la tem* pète.
Entre les conséquences funestes qtii résultèrent de ces troubles pour la religion, une ne doit pas eue omise. Les révolutions ravagent les mœujs dans
aisé de voir toutes dos affaires tomber au desordre et contusion telle que nous voyons aujounl'liuy.
« Sur ce pied a esté bastie la ruine de noslre France ; premièrement par ie ne pçay qiirlle nnillieureuse inuenlion de conleiis (qui onl rendu tous les gens de bien malconlensj, lesquels ne pOMuansà la longue fournir aux lib<'ralilez extraordinaires du Roy, ont eu recours à une infinité de nieschans edicls, non pour subuenir aux nécessitez publiques, ains pour en faire dons, voire au milieu des troubles, a vns et autres. El pour leur faire sortir elTect, on a forcé les seigneurs des Couis Souveraines de les passer, tan tost par la présence du Roy, tan tost des Princes du sang: liberalilé qui ne s'estoit jamais pratiquée en autre republique que la nnstre. Et si l'arg«Mit n'y esloit prompt, pour suppléer à ce deffaut, la malignité du temps prO(iui>il vne vermine de gens, que nous api>ellasmes par vn nouveau mot partisans, qui aunnceoient la moitié ou tiers du denier, pour auoir le tout : race vrayemenl de vipères, qui onl lait mourir la France, letir mère, aussi tost qu'ils furent esclos.
« On adiousta à tout cela, pour chef d'œuure de nostre mallienr,vn esloignement des Princes et des grands seigneurs, cl auancment des moindres près du Roy. le vous racomple tout cecy en gros. Car si j'auoy entrepris de vous particularizer en détail, et par le menu, comme toutes ces choses se sont passées, l'encre me dotTaudroil plus tost que la matière. Mais quel Iruil a produit tout ce mesnage ? Vne oppression de tous les subiects, une pauureté par tout le royaume, vn niescontenlemenl général des grands, vne haine presque de tout le pf uple encontre son Roy. Et puis au bout de tout Cfla, que pouuions-nous attendre autre cliose que ce meschef, qui nous est ces iours passez aduenu?.... Tantde novalitez mises sus à la foule (!es panures subiects, estoient autant de malignes humeurs ramassées au corps de nostre république, lesquelles tie nous promettoienl autre chose que ce grand esclat de scandale que nous avons veu dans Paris. C'estoil un pus, c'esloit vne boue qui couvoil dans nous, à laquelle le médecin supei naturel a voulu donner vent, lors que nul de nous n'y pensoit. Le Roy mesme l'a fort bien recogneu ; quand soudain après estre arriué à thartres, pour donner quelque ordre à ce mal, il a reuoqué trente mallieiucux edicts et encores promis par autres lestres patentes de n'user plus de contens. Pleut à Dieu que deux mois auparavant il les eust reuoMuez de son seul instinct, affin que ceux que ie voy contre luy virerez eussent estimé luy devoir totalement ceste grâce, et non au scandale aduenu. Mais c'est un mal commun à tous Roys, de ne recognoislre iamais leurs fautes, quand ils sont visitez de Dieu.... De ma part, ie ne pense point que iamais Roy ail receu vn plus grand aifront de son peuple (il faut que ceste parole à notre très grande honte m'eschape ) , que celui qu'a receu le noslre. Que luy, qui à son retour de la Beauce avoit esté receu auec tant de congratulations et applaudissemèns du Parisien, six ou sept mois après ail esté caressé de telle façon qu'auons veu, en la iournée des Barricades, mesmes dans vue ville qu'il auoit aimée et chérie par-dessus toutes les autres. Que le ieudy et vendredy qu'il demoura dans la ville, on ne veit iamais plus grand chaos et émotion populaire, et le samedy soudain que l'oa fusl advei ty de son parlement, nous veismes un laquoisement inopné de toutes choses: signe malheureux et trop exprès de la haine qu'on luy porte. » (Tom. I, liv. xii, p. 796, etc.)
» Bl<^TiVOG., GROTUIS, SlRADA,elC.
2 RoBJ^RTSors's Hisl. ofScotland.
5 llCMK, WUITKLOCK, WALKKH, ClC.
a Ce chapitre avait bien commencé pour la réformation; c'est dommage, pour le phiUtsoiihisme, qu'il ait Uni aussi mal. 11 paraît que je n'étais, dans i'£isai^ ni pour Genève ni pour Jiome, ' (N. Éd.)
leur cours, comme ces sources empoisonnées qui font mourir les flpurs sur leur passage. L'œil de la loi. fermé pendant les couvul>ions d'un Elat, ne veille plus sur le citoyen , qui lâche les rênes à ses passions et se plonge dans l'ininK-ralilé; il f;jut ensuite des années, quehjuefois des siècles, pour épurer un tel peuple. Ce fut évidemment le cas en Europe, .-iprès les troubles dont je viens de parler; et la religion, qui se calcule toujours sur les mœurs, dut, en propot lion de la relaxation de celles-ci, perdre beaucoup de son influence.
<.ependant , Iharmonie s'éiant rét iblie, les hommes reporlèrent les yeux en arrière, et commencèrent à rougir de leiir folie. Les lumières, toujours croiss:mtes. secondaient ce penchant. î haïr ce qui semblait la cause de tant de maux. En matière de foi il n'est point de bornes; aussitôt qu on cesse de cioire ({uelque chose, on cessera bientôt de croire le tout. Rabelais, Montaigne, Mariana, étonnèrent les esprits par la nouveauté et la hardiesse de leurs opinions politiques e\ religieuses. Hobbes et Spinosa, levant ensuite le masque, se montrèrent à découvert; et, bientôt après, Louis XI V dorma à 1 Euro{>e le deruier exemple de fanatisme national par la révocation de l'édit de INautcs *.