‹ Œuvres complètes de ChateaubriandChapitre 225 sur 239 · CHAPITRE XLIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLIV

Objections des philosophes contre le christianisme. — Objections philosophiques.

On peut diviser les différentes objections des philosophes contre le christianisme en quatre sortes : 1^' objections philosophiques propreui' nt flitcs ; 2'' ol)je< lions histor iqnes et critiques ; 3° objections contre le dogme ; 4^^ objections contre la discipline. Voyons les premières.

Objections philosophiques '. La créat'on est absurde. Quelle volonté pent tirer une parcelle de niaiière du néant? Toutes les raisons imaginabirs ne renverseront jamais cet axiome commun : Rien ne se fait de rien. Mais h s Ecritures mêmi'S ne l'admettent pas, le néant : et VEsprit de Dieu reposait sur la eaux. Voilà donc la matière coexisiante avec l'esprit; voilà donc un cluios.

Dieu, dites vous, a été l'architecte ? Ce n'est plus le système chrétien. Mais voyons si cela même peut être aamis.

Si Dieu a atrangé la matière, c'est un être impuissant et borné. Le chaos était la première forme,M3t de nécessité la meilleure, puisqu'elle est la lorme naturelle ; puisque les viies , les souffrances, les chagrins y dorment passifs. Qu'a fait Dieu? Il a tout séparé, tout divisé, et, en classant les maux, il n'a fait qu un monde vulnérable dans toutes ses parties, d'un univers engourdi et tranquille; il a donné une âme à la douleur, et rendu les peines sensibles '». 11 s est donc mépris, et son prétendu ordre est un affreux désordre.

Mais nous vous al);indonnonsla majeure. Nous supposons, pour un moment, que tout est émané de Dieu. Ce Dieu, en créant l'homme, lui a dit : Tu ne pécheras point, ou lu mourras, et il avait prévu qu'il pécherait et qu'il monrniit: Tu seras bon , vertueux , ou je te condamnerai aux peines de l'enfr ; et Dieu savait qu'il ne serait ni b'n ni vertueux, et c'était lui qui l'avait créé ! Ditu , répondez-\ous, vonsa fait libre? Ce n'e>t pas là la question. A-t-il prévu que je tomberais, que je serais à jamais malheureux? Oui . indubitablement. £h bien ! votre Dieu n'est plus qu'un tyran horrible et absurde. li donne aux hommes des passions plus fortes que leur raison, et il s écrie : Je t'ai donné la raison ! — Sans doute , et les passions aussi ; et tu savais que celles-ci I emporteraient; et lu prévis, des millions de siècles avant ma naissance, que je

« Passage bien remarquable dans VEssai ! ïl suffirait seul pour me laver des reproches qne l'on a voulu me faire comme antichrétien. On ne peut prétendre que ces paroles soient une précaution de l'écrivain ; car il n'y a pas de trace d'hypocrisie ou de frayeur dans V/ùsai : rien n'y est caché; je ne capitule ni avec les choses ni avec les hommes, j'écris tout avec l'outrecuidance d'un jeune homme. Je ne cherchais donc point par ces paroles à me mettre "a l'abri de l'avenir. Je disais simplement la vérité; je disais que j'allais rapporter les raisonnements des 2i\ïires sans les admeiire ; que je n'étais pour rien dans les chapitres qui allaient suivre : ce sont pourtant ces chapitres qui ont servi principalement d'acte d'accusation conire moi. En vériié, plus on lit VEssai, plus on l'examine, et moins on me trouve coiipable. Cependant je ne prétends point me faire un bouclier du passai^e qui donne lieu à cette note; j'ai eu tort, très-grand tort, de rapporter les objections des philosophes contre le christianisme; d'autant plus tort qu'il e.sl évident que je m'y complais, que tout en disant qu'elles ne sont pas de moi, ce qui est vrai , j'ai pourtant l'air d'y applaudir,

(N.ÉD

» Il serait impossible de citor à rhaque li^ne les auteurs dont ce- ra!sonnem< nls sont empruntes, paice qn'ils se trouvent re[)etés d'un bout à i'aulre de leurs livres, et qu'il faudrait |)our ainsi dire noter toutes les pages. Je les rassemblerai donc en commun à la fin de chaque diapilre.

*> Voyez, pour la réfutation de toutes ces belles choses, les JVotes et Eclaircisse" mina du Génie du Christianisme, (N. £u.)

serais vicieux, que je serais condamné à ion tribunal aux éternelle^ douleurs. Qui t'obligeait à me tirer du néant? Qui te forçait, Etre lout-puissimt, à laire lin misérable? Ne pouvais-tu me rendre fort et vertueux au degré nécessaire pour me rendre heureux ? Tu le crées des victimes et tu les insultes au milieu des tourments, en leur parlant d'un franc arbitre, sur des ciioses que ta prescience t'avait fait connaître de toute éternité, et (jui , par la raisi)n même que tu les avais prévues, devaient nécessairement arriver !

Dieu ne pouvait vous empêcher de naître dans la chaîne des êtres où votre place se trouvait marquée : — d'accord; mais ceci n'est plus le Dieu des Juifs, c'est la destinée, autre système qui a ses inconvénients. Vous vous retranchez dans le grand aignment, et vous dites que nous ne pouvons pas plus coniprendiele grand Etre qu'un ciron ne saurait compiendre un homme : celte raison, exrt llenie en elle-même , ne prouve rien pour les Ecritures. Je m'en tiens à ce que je ne puis comprendre Dieu ; et là-dessus je nai pas plus de motils d'en croire Moïse que Platon, excepté que celui-ci raisonne mieux que celui-là.

Je passe une niullilude d'autres raisons philosophiques , telles que celles tirées de diverses espèces de Ihomme, de ranciennelé du globe, etc. j et je viens aux raisons historiques et critiques *.

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