‹ Œuvres complètes de ChateaubriandChapitre 226 sur 239 · CHAPITRE XLV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLV

Objections historiques et critiques.

Les prophètes d'Israël avaient depuis longten>ps annoncé la mission du Fils de Dieu. Et il est venu, ce Fds de Dieu; ei la lettre des prophètes a été accomplie.

Une chose n'est pas prédite parce qu'elle arrivera , mais elle arrive parce qifelle est prédite. De cela 'es év^ngiies mêmes font preuve; ils ont la naïveté ue nous dire à chaque ligne : « Et Jésus lit celte chose, afin que la parole du prophète fût accomplie.^ Mais, sans nous arrêter à combattre voîie futile a; gumeni , nous vous montrerons que cette annonce du Christ ne vient que de la honteuse ignorance des Juifs : ils converiirent en prédictions le calendrier célesie des Egyptiens qu'ils n'entendaient pas. Là, on voyait tout le mystère de la Vierge et de son Fils , qui ne signiliait autre chose que le lever ei le coucher de (iiveises constellations. I>es Hébreux, en sortant d'Egypte, emportèrent ces feignes, et les transformèrent bientôt en des fables les plus absurdes.

11 y a bien phis : c'est qu'il n'est pas du tout démontré qu'il exista jamais un liomme appelé Jésus, qui se fil crucilierà Jérusalem. Quelles sont vos preuves de ce fait? Les évangiles. Admellriez-vous, d;ins un procès, comme valides, des papiers visihlenienl écrits par l'une des parties ? Nous raisonnons ici comme si nous croyions à lauihenlioté du Nouveau Testament (ce que nous sommes bitîii loin de faire, comme on le verra par la suile). Loin de rien trouver dans 1 histoire qui admette la vérité de l'existence du Christ, nous voyons, d'après les auteurs laiins, qui parlent avec le dernier mépris de la secte naissante =*, que les évangiles n'éiaient pas même entendus à la lettre par les premiers chrétiens. C'étaient des espèces d'allégories, des mystères auxquels on se laisail initier comme à ceux d'Eleusis.

Mais encore il vous a plu de supprimer une multitude d'évangiles, que vous appelez apocryphes, qui cependant ne le sont pas plus que les autres. Là , on remaniue tant de conlradictions (contradictions que vous n'avez pu même faire disparaître desévangiUîs que vous nous avez lais.>és), qu'il faut nécessairement €n conclure que, dans le principe, l'histoire du Christ était un conte qu'on brodait selon son bon plaisir.

Les premiers S( hismes de l'Elise viennent à l'appui de celte opinion. Les Pènsne s'entemlaicul pas plus sur le fond que sur la forme. Comment se

« BAVr.F ; Lettres de Diderot au roi de Prusse; TOLAND; VOLT., Dietionn. Phitosoph.; ilVMv:> Philosoph. Essay-i.K\f,ovcuvAi,l\\:FFoy,c[c. ,

9 «i Alïlicii suppliciis clmsiiaiii, semis liomioum superslitionis novœ ac inalcticœ. (bUBT., •• JVeron.) Tacite o'en parle guère inieux.

peut-il qu'éfant si près de révénement ils ignorassent la vérilé ? II est trop clair, par ce choc de scniimenls opposés, que le systè;ne chrétien n'éiant pas encore formé, chacun le modifiait à sa manière. Rien ne paraît donc moins prouvé que lexisicnce du Christ.

Allons plus 1 in. Aduiellons la réalité de sa vie et l'auiheniicité des évangiles. De la simple lecture de ceux-i i résulte le renveisemont de la divinité de Jésus. Nous voyons qiie loui ce qu'il y avait d'honnéles gens à Jérusalem, les prélr. s, lesmagislrais, enfin celle classe d'hommes que, dans ions les lemps, on croit de préférence à la populace, regardait le Christ comme un imposteur qui cherchait à se faire un parli. On lui demaiula des miiacles publics, el il ne put eu faire; mais ilre-^suscitait, il est vrai , des morls parmi la canaille. Dans ses réponses il ne s'explique jamais clairement, il parle obscurément, connue rorncle de Delphes. Qn ni à sa résurrection , un peu de vin et d'argent au\ gardes en explique tout le mysière. A qui apparut-il après sa sortie triomphanie du tombeau ? A ses disciples, à des femmes crédules, à des gens qui avaient intérêt à prolonger l'imposiure. Il ne se montra pas aux prêtres, au peuple, aux m;!gisirais, qui le virent expirer, et qui étaient bien sûrs qu'il n'était plus. Passons aux dogmes ^

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