CHAPITRE XLVIL
Objections contre la discipline.
Vous dites que c'est Diei! lui-même qui a établi voire Eglise, où tout respire une origine divine. En vérité, il faut que vous supposiez les hommes bien sols ou bien ignorants.
Vot e hiérarchie de cardinaux, d'arrbevêques, d'évêques, de prêtres, de diacres, de sous-diacres, sont des institutions egyptieimes. Lrà, se trouvait un hîéropha:!te, d'où découlait une suite de prêtres, qui diminuaient d'ordns et de pouvoir «n raison de leur plus ou moins d'éioiguement <iu chef suprême. L'Occident, et l'Orient surlout, vous fournirent le modèle de vos céiémonies et de vos costumes. Vous imitâtes les chœnrs d'enianis, la tnarche sur deux colonnes, les oscillations derencensoii^, la génuflexion ei le chant à deceriains «igiMux réguliers, d'après les pompes atliques et romaines Vous retenez de DOS jours, dans vos cérénjonies funèbres, Tjur qu'on elian ail ;i Athènes dans des occasions semblables au sièele de Périclès; et plusieurs de vos sectes marchent encore dans la sandale grecque.
La tenture, Texposilion desl d)le:!U\, la siisp(^n='0". des lampes, le <lais, les vasi s d'or et d'arg-nl, vous viennent de l'O. i nt. Mnis que ùiscms-nous ! vous portez sur vous-même les uiai<|ucsdu paganisme, sans vous en aper; evoirî La tonsure sur votre tête, l'étoîe à voire cou, 1 hostie et le sacrement riiyonnant dans vos mains, ne sont-ils pas les mêmes symboles qui, parmi les prêtres de hi Perse, représeniairiit le disque ei les rayons de Tasire qu'on y ;idorait? Si les m;iges revenaienl parmi nons, ne «roiraienl-ils pas, en voyant vos mitres, vos I obes, vos surpiis, vos ehap; s, qsie vous êtes des menibi es de leurs sectes, disséminés eh(îz des peuides l>ai'bares?
Les déiaiis de vos céréoionies offrent les mêmes rapports. On saiî que la eoiumunion esi une institution judaïipje. Li'piMpie de vos lét' s eotres;j()nd €xa élément.» celle des fêtes chez les anciens. Vous avez conservé même dans vos prières les formes laliiies La messe des Rameaux, dans le onzième siècle, où le peuple répétait irois fois en ch rus e cri d un âne ajnès Vite lUissa est, cachait une des allégories les plus obseèncsde lanliquile. Le carnaval, avant
forma en un oiseau du iiUis biiHanl plumage. La faible épouse de Ram n eut pas plutôt
i-euiaïqué W perlide oiseau qu'elle suî'plia l.eicliiinum de l'alLraper. C'esl en vain que celui-ci trprésenle le danger : désir de tcuune est irrésisîible ; Seetah. sourde à toutes les raiis, dans un moiuent de dépit, accuse son beau-lVère d'avoir des vues criminelles sur «Mie. A le horril)leaccu.sation, Leicliimum ne balance plus; mais, avant <le quitter l'ingeaic beauté jf courir après l'oiseau, il trace un cf-rcle nul. ur d'elle, en lui ap[M'e.iaiil qu»-, taudis qu'elle
tepreseni sons celi
pour - ^,.- . .....
se i.eti<iia dans cet e'.i>nce, elle n'a ru-n a craindre. A peine est-il parti, que Je uiamcie.i, prenant la toruie d'un viediard décrei>il, s';ip|.roclie de Seel.di, el la supplie de lui procurer ini peu d'eau pour apaiser une soit ardente. La uiaiheureuse el conipaUssante épouse ue Koin iiaucliil le cercle latal, el devient la pi oie du cruel enclianleur. » . , , .
L'auteur dont j»' tire celte liislorielle se lait sur la sui e de l'aventure. Il paraît seuiement^que le magicien n'oltlint pas le buide sa perlidie; car lorsque Ram eut retrouve Seelali, ne se fiant pas trop aux proUslaiions de sa teuime, il ordonna l'épreuve par le leu. Seetali marcha sur les fers rouges : d mais ses pieds, dd l'auteur, bronzes par l'innocence, le» louièreni comme ua lit de fleurs. » {Skelchet of the Myihology of the Uindoos, p. 74-81.)
> Le» Ruines de VolN£Y el les auteurs précédents.
le jour des Cendres, n'étnii qu'un reste des b:ir< h:ina!cs. Enfin il est clair que vous dérivez, votre discipline des prêtres du polytliéisuie^
Nous ne «ondanmons pns ceci absolument. ajo.iiaiiMU les philos-tphes, nous vous en voulons seulenieni de nèlie pas «ie bomu^foi, ei de voidiir faire passer tout cela connue provenant d'une origine cél« ste ^. Nous sentons fort bien que vous n'auriez jamais converti les peuples au christiansmc sans la solennité ducultt". C'est en quoi fions préférons la secie romaine. Il est ridicule delre luihéri(>n, calviniste, quaker, etc.; de recevoir, à qnehiues (hlf-rences prOs, l'ahsiirdité du dogme, et de rejeter la r( lii>ion des Se'us, la seule (jui convienne au peuple. Il n csl pas plus ddïicile d(^ croire le îoul qu'une arlie ; et loiSqu'on admellincainai.on, il n'en coule pas davantage d adopter la présence réelie.
Telles étai<'nt les objections des philosophes modernes contre le christialiisiue; objeciions ûoiit je n'ai extrait qu une très-petite partie. Je suis bien facile que mon sujet n- me permette pas de ^appoiier les raisons vicloiieuses avec les(|iie!!esles Abbadiejes H aiicvillejes Fieigier, Ks Warburton ont combattu leurs aiitagoinslts, et d'être obligé de renvoyer à leurs ouvrag* s ^.
Moi, (jui suis ttès-peu versé dans tes matières, je répèlerai seidemenl aux incrédules, en ne me servant que de ma propre raison, ce q«ie je leur ai déjà dit. «Vous renversez la religion de votre pays, vous plongez le peu[>!e dans l'injpiéié, et vous ne proposez aucun autre pallaiiium de la n»Oiale. Cessez celle cruelle philoso^diie, ne ravis-cz point a linfortuné sa dernière espérance : qu importe <p] 'elle soit une illusion, si celle illusion le soulage d'une partie du fardeau de l'existence, si elle veille dans les longues nuits à son chevet solitaire et trempé Je larmes; si enfin elle lui rend ie dérider service de 1 amitié, en fermant eJe-inème sa paup ère. !orst|ne, seul cl abandonné sur la couche du luiiicrabie, il s'cvanouii &àn6 la mort *^? »
CHAPlTKt: XLVllI.
De l'esprit des prêtres chez les anciens et chez les modernes , considéré dans un gouvernement populaire.
Nous avons consacré la fin de ce premier livre à des recherches sur les religions. Les prêtres tiennent de si près à ce sujet, et leur influence a été si graM<le dans tous les siècles, qn'on ne peut s'empêcher d'en dire un mot en parlant du culte. Au reste, ceci demanderait un volume, et je n'ai que quelques chapitres à y consacrer.
J'entends par prêtres d('S ministres dévoués au service de l'autel; qui ont Snuvenl des vertus, quelquefois des vices; vivent des préjugés du pe.ipîe, comme mille autres états ; ne sont ni moins ni plus fripons que le reste de leuj- siècle, ni meilleurs ni pires que les autres hommes ^.
Ceux de l'antiiiuiié nous ofïreni un esprit un peu différent de ceux de notre âge: ceci tient aux positions politiques des naiions. Distinguons donc entre
« Saînt-Foix, Essaig hist. sur Paris. Les Ruines de VOLNEYet les auteurs cités.
• Jamais l'Eglise n'a prétendu que les vêtements de ses prêtres, les ornements de ses autels, etc., eussent une origine céleste. J'ai mieux raisonné dans le Génie du Christianisme , lorsque, pour taire aimer la majesté de notre culte, j'ai montré qu'il se rattachait aux pus nobles coutumes de l'antiquité, et aux traditions iiisioriques les plnsj vénérables. (N. Éd.)
^ Puisque j'avais cité contre la neligion d'aussi misérables autorités que celles de Di lerot, de Tobind , de Saml-Foix , etc. , je pouvais bien citer pour la le.iioion les Abbadie, les Warburton, les Clarke, etc. (N. Éd.)
' J'ai cité ce paragraphe dans la Préface de V Essai: réuni k celui où je déclare que je rapporte les objrciions des autres sans les admettre , il détruit, en grande partie, l'effet de ces misérables et odieux chapitres. (N. Éd.)
^ Quoique dur, le jugement est impartial. Mais le mot de fripon, qui vient sans çe§se sous ma plume en parlant du siècle, est très-peu poli. (N. £o.)
les prcires dnns un Etat monarchique et les prêtres dans une république. Coininenç us par les derniers.
Chez les Grecs et chez les Romnins, l'innuence du sacerdoce était considérnble; mais 1 Eial se trouvant administré sous une forme populaire, l'intérêt des prêtres p( nchnii du côté de la liberté. Lorsqu'on allait consulter l'oracle de Delphes, les réponses du dieu se faisaient généralement dans le sens de l'ind p ndance; cependant il se ménageait toujours adroitement une porte de retaiie; el les trépieds des tyrans étaient suspendus aux voûtes du temple, comme ceux des patriotes. En cela, les prêtres anciens et les prêtres modernes se ressemblaient parfaiiement.
Antre ressemblance. La caste religieuse d'Athènes n'était guère moins persécutante que les ministres du christianisme *. Les sophistes s'en trouvaient aussi mal en Grèce que les encyclopédistes en France; mais comme la loi, «lan> le premier pays, protégeait le citoyen, lorsque la charge d'impie^e n'était pas prouvée, le magistrat renvoyait l'accusé. Pour claquemurer parmi nous un philosophe à la Bastille, il ne fallait pas tant de cérémonies •>. Venons maintenant aux différences.
D abord, une très-importante se présente. Les prêtres des Grecs avaient un pouvoir considérable sur la masse du peuple, mais ils n'en exerçaient aucun sur les particuliers : les nôtres, au contraire, nous environnaient, nous assiégeaient. Ils nous prenaient au sortir du sein de nos mères, et ne nous quittaient pins qu'après nous avoir déposés dans la tombe. Il y a des hommes qui font le métier de vampires, qui vous sucent de l'argent, le sang, et jusqu'à la pensée *.
Seconde différence. Chez les anciens, surtout à Rome, les prêtres ignoraient ce système d'association, qui communique tant de force aux choses religieuses. Les ministres des dieux, dispersés dans l'Etat, ne s'appuyaient point les uns les autres, et par conséquent ne pouvaient, comme individus, devenir dangereux à la liberté. La constitution hiérarchique de l'Eglise romaine, diez les peuples modernes, infusait dans tout le clergé un esprit de corps trop formidable. Au reste, les gardiens du culte en Grèce, graves, posés, vertueux, se tenaient dans la mesure de leur profession <*. Nos abbés en manteau court exhibaient à Paris le vice, le ridicule et la sottise «; et Ion concevrait à peine comment des hommes pouvaient ainsi se donner en spectacle, si l'on ne connaissait la bêtise et la friponnerie du monde. Lorsque je vois les dilïéreuts personnages de la société, je me figure ces escrocs qui se rendent exprès sur les promenades publiques, bizarrement vêtus. Tandis que la foule hébeleo se rassemble à considérer le bout de ruban rouge, bleu, noir, dont le pasquin est
a Les ministres de la philosophie ont été moins persécutants que les ministres du christianisme. (N. Ed.)
*> Ici je suis extrêmement injuste, même historiquement parlant. On condamnait très-bien a l'exil ou à la mort a Athènes pour cause d'impiété, et cela sur un simple écrit, (luetquefois sur un seul vers. Il ne faut ni tuer ni emprisonner pei sonne l»our cause de religion; mais quand on écril l'iiisloire il ne faut pas dénaïuierles faits. Il n'est pas bien de représenter les philosophes persécutés par les prêtres, à l'épnqne môme oii les philosophes triomphaient des prêtres. J'aurais dû être averti: quand j'écrivais cesclioses-la, n'avais-je pas sous les yeux, dans les rues de Londres, ces prélals vénérables, ces milliers de prêtres déportés, exilés par les disciples des encyc!opétliste>":* (N- En.)
c'Toules ces injures sont ignobles, el j'en ai fait justice dans le Génie du Chrisiianisme. (N- ÉD.)
«i Cela n'est pas vrai; il y avait en Grèce des prêtres de tons les dieux, de tous les vices, de toutes les folies. Les minisires de Bacchus, de Mercure, de Cjbèle, de Priai)e, de Cupidon, n'étaient ni graves ni posés, f.a mesure de leur profession était de se proslitner, de s'enivrer, de courir les champs comme des forcenés, ou ;le liiire les saliimbanques dans les villages et aux carrelours des cités. (N- Eu.)
« Vulgairement écrit et injuste : h- vice de quelques individus dans un ordre ne peut jamais être considéré comme le caractère d'un ordre entier. (N. Ed.)
bariolé, celuî-cî lui vide adroiiemrnt ses poches jet c'est toujours le plus chargé de décorations qui fait fortune *.
Tout considéré, les prêtres sont nécessaires aux mœurs et excellent dans nnc république ; ils ne sauraient y causer de mal, et peuvent y faire beaucoup de bien.