CHAPITRE XLIX
D« IVsprit des prêtres chez les anciens et chez les moiiernes, considéré dans un gouvernement monarchique.
Mais si l'esprit du sacerdoce peut être salutaire en république '', il devient terrible dans un Etat despotique, parce que. servant d'arrière-garde au tyran, il rend l'esclavage légitime et saint au ye:;x du peuple *.
Les prêtres de la Perse et de l'Egypte ressemblèrent parfaitement aux nôtres. Leur esprit se composait également de fnatisme et d'intolérance <*. Les mages firent brûler et ravager les temples delà Grèce lors de l'expédition de Xerxè"*. Ils gouvernaient le trône, et avaient exclusivennnl Toreille des rois: deux tiait> eependanl les distinguent des ministres du culte ehez les chrétiens.
Ils ne croyaient pas à la religion qu'ils enseignaient; ils professaient secrèlement une autre doctrine, et adressaient leui s prières au vrai Dieu qui gouverne le monde. Nos prêtres, pour la plupart, admettent les dogmes qu'ils publient «.
La seconde diff'rence se trouve dans les lumières. Les mages étudiaient particulièrement le^ sciences ; notre clergé, au contraire, f;>isaii- vœu d'y renoncer ^ Les deux chemins conduisent au même but : l'on domine également du fond du tonneau de Diogènc et du haut de robscrvatoire babylonien.
* J'en voulais sérieusement à la société. Je ne lui pardonnais pas, quand j'étais jeune, le mal qu'elle m'avait fait. Anjourd'lmi je suis sans rancune; nous allons bientôt nous quiiler. Je rec mnais que mes observations n'étaient pas toutes également justes : par exemple, j'ai été a mon lour chargé de rubans; je ne vois pas qu'il m'aient servi à enchaîner la fortune. (N. Éd.)
*> Je ne sais pas pourquoi 1rs prêtres seraient plus utiles dans une république que dans une monarchie; je dirais même tout le contraire aujourd'hui , et je crois dire plus vrai. D'ailleurs, est-ce Ta une grande vue du sujet? Politiquement et philosophiquement parlant, il fallait montrer ce qu'étaient les prêtres en Grèce et à Rome dans l'ordre social, quelle part ils avaient à la politique, quelle portion du pouvoir ils retenaient, et comment ils influaient sur les destinées de l'Etat, soit qu'ils fussent placés en dedans, soit qu'ils fussent laissés en dehors des institutions. On ne peut pas dire que des homnies qui, dans de certains cas, pouvaient éloigner ou dissoudre les assemblées du peuple, empêcher ou ordonner de livrer une bataille, étaient des hommes sans autorité politique, surtout lorsqu'il y avait des charges ponliûcales souvent occupées par des citoyens ambitieux et puissants. Je n'ai donc su absolument ce que je disais dans ce passage de VEiisai , qui me parait, sous tous les rapports , pitoyable. (N- Ed.)
« Si je n'avais dit que de ces choses-là^ j'aurais eu moins de corrections fraternelles àm'administrer. (N.Éd.)
*^ J'ai toujours la même horreur du fanatisme et de l'intolérance; mais l'esprit des prêtres chrétiens n'était point l'intolérance et le fanatisme. Ces prêtres ont été quelquefois fanatiques et intolérants selon les siècles; et même, dans ces siècles où ils subissaient les mœurs de leur temps, ils se sont souvent montrés plus éclairés et plus charitables que leurs contemporains. Des évêques se sont opposés aux massacres de la Saint-Barthélémy. Que Rome ait applaudi à ces massacres ; que quelques prêtres indignes de ce nom se soient fait remarquer par leur fureur à diflérentes époques de notre histoire, encore une fois il n'est pas juste de conclure du particulier au général. Des citations du Génie du Christianisme vont bientôt répondre a mes accusations philosophiques. (N. Éd.)
* Cet av»u du moins est honorable au clergé. (N. Éd.)
f Mais étais-je devenu fou? Quand donc le clergé a-t-il renoncé aux sciences? Les plus beaux génies, les hommes les plus savants, ne sont-ils pas sortis de l'ordre du clergé? N'est-ce pas le clergé qui a sauvé les lettres du naufrage de la barba-
576 RÉVOLUTIONS ANaENTSES.
Mais une institution particulière a conlribné à donner à nos ministres tm espt il (infèrent de celui des prêires de rauti(|uité, je veux dire la confession auriculaire. Cet ouvrage a été un des grands textes des déclamations des philosoi»h(S. Comment, disaient ils, l'innocence allant peui-être déposer ses secrets dans le sein du crime, la pudeur dans celui de l'immoralité, l'homme libre révélant sa peisée au lytim, h s inimitiés entre deux amis, entre l'époux et l'épouse, enfin tout ce qui ne doit être connu quo du ciel et de nous, le confier à un homme (aihle, à un homme sujet ;< n«;s passions ! Piètre, je m'agenouille à ton tribunal : j'ni péché ; j'ai trahi l'aïuilié, la beauié, li jeunesse, rinnoctnce... Mais je le vois pâlir ! El loi aussi serais-iu coupiible? ei n'es-iu pas homme? Sois donc mou ami, et ne sois pas mon jui^e ; console-moi , laisse-moi te con»soler; prions ce Dieu qui nous créa f.iiblcs, alin (jue nous nous appuyions l'un sur lautî e, ce Dieu qui, pour toute pénilence, nous a donné le remords *. Aiuii raisonnaient les philosophes.
Finissons par quelques remarques générales.
L'esprit dominant du sacerdoce doit être i'égoïsme ''. Le prêtre n'a que lui seul dans le monde; repoussé de la société, il se concentre ; ei, voyant que tous les hommes s'occupent de leurs inlérêis, il cherche h- sen Sans f mme et sans enlaiits, il peut r.iiemenl ètie bon citoyen , parce qu'il prend peu d'intérêt à lEiat. Pour aimer la patrie, il taut avoir fait le tour delà chambre sur ses main^, comme Henri iV <^.
Auire il ail général du caractère des prêtres : le fanatisme. En cela ils resseml)ient au reste du monde : chacun lait valoir le Chaland dont il vit. Nous sommes assis dans la société comsne des marchands dans leurs boutiques : l'un vend des lois; l'autre, des abus; un troisième, du mensonge; un quatrième, de l'esclavage : le plus honnête homme est celui qui ne lalsitie point sa drogue et qui la débile toute pui e, sans ea déguiser i'amerluuie avec de la liberté, du patriotisme, de la religion <*.
Eiiiin , la haine doii dominer chez les prêtres, parce qu'ils forment un corps.
rie, etc., etc.? Le clergé fait vœu de renoncer aux sciences! Une telle assertion sulïirail seule pour décréciiter tout un livre. Voyez, au reste, le Génie du Christian nimne&uv les services rendus aux lettres par le clergé. (N. Éd.)
* « La confession suit le baptême; et l'Eg'.ise. avec une prudence qu'elle seule possèiîe, a tixé i'( poque de la confession a l'ag' oti l'idée du crime peut être conçue : il est ciîrtain qu'a sept ans l'enfant a les notions du bien et du mal. Tous les hommes, les philosophes même, quelles qu'aient été d'ailleurs leurs opinions, ont regardé le s;jcri'ment de péniience comme une des plus fortes barrières contre le vice, et comme le chef-d'œuvre de la s;igesse.« Que de restitutions, de répar:«tions, dit ilous- « seau, la confession ne fait-elle point faire ciiez les catholiques! » Selon Voltaire, « la confession est une chose irès-excelh nte, un frein au crime, inventé dans l'an- « tiquité la plus reculée : on se confessait dans la célébration de tous les anciens « mystères. Nous avons imité et sanctifié cette sage coutume : elle est tiès-boune o pour engai^er les cœurs ulcérés a pardonner. »
« Sans cette institution salutair<', le coupable tomberait dans le désespoir. Dans quel sein déchargerait-il le poids de son cœur? Seraii-ce dans celui d'un ami? Eh! qui peut compter sur l'amitié des hommes? Prendra-t-il les déserts pour confidentst Les déserts retentissent toujours pour le crime du bruit de ces trompettes que le parricide Néron croyait ouïr autour du tombeau de sa mère. Quand la nature et les hommes sont impitoyables, il est bien touchant de trouver un hieu prêlii pardonner. Il n'appartient qu'à la religion chrétienne d'avoir fait deux sœurs de l'innociMic • et du repentir. » {(mciuc du Christianisme, i'* part, liv. r% chap. vi ) (N. Éd.)
*• Cela seiail vrai pour tout autre prêtre qu'un prêtre chrétien. Mais la charité évangéiique est là pour lui donner toutes les saintes tendresses de l aine; par i Ile, le prêtre devient un père compatissant, un frère dévoué, un ami iidèle ; comme suo divin maître, it vajaisant le bien. (N. È»».)
• Nos révolutionnaires les plus atroces, ces tigres qui s'enivraient du sang iVuiiviis, adoraient les petits enfants ; on n'a jamais vu de meilleurs pères: aussi ronniji- .Ismmaient ta patrie! (N. Éd )
(i Je serais bien f^ché de mépriser autant la race humaine aujourd'hui. (N. Éi>.)
Il n'est point de la nature du cœur humain de s'associer pour faire du bien ; c'est le grand danger des clubs et des confréries. Les hommes mcllcalen commun leurs haines et presque jamais leur amour *.