‹ Œuvres complètes de ChateaubriandChapitre 230 sur 239 · DU CLERGÉ ACTUEL EN EDROPB · texte numérisé non relu

DU CLERGÉ ACTUEL EN EDROPB

Du clergé en France.

Nous allons maintenant examiner l'état du clergé en Europe. Commençons par la France.

Le clergé gallican peut se diviser en trois classes : les évéqucs, les abbés et les curés.

Les évéques conservaient peut-être encore trop de l'ancien esprit de leur ordre, mais ils étaient généralement instruits et charitables; ils connaissaient mieux l'étai de l'opinion que les grands, parce qu'ils vivaient davaniage avec le penpie; et si tous avaient imité quelques-uns d'entre eux, si éniinenls pour la pureté des mœurs, ils seraient encore à la tête de leur troupeau. Mais, malgré leur connaissance du génie national, ils ne furent pas as^cz au niveau de leur siècle; en cela pourtant moins ignorants que la cour, dont l'ineptie était révoltante sur cet article ^. J'ai vu des honnnes me dire, en 1789 : La révolulion ! on en parlera , dans deux ou trois ans d'ici , comme du ujcsmérisme et de l'affaire du collier! Dès lors je prévis de grands malheurs.

Les abbés , qui foi ment la seconde classe . ont été en partie la cause de ce déluge de haines qui a fondu sur la tête du clergé. N'oublions pas cependant que les Rayria! , les Maljly, les Condillac, les Barthélémy, et mille autres, se trouvaient dans l'ordre des abbés «.

Quant aux curés, ils étaient pleins de préjugés et d'ignorance : mais la simplicité du cœur, la sainteté de la vie, la pauvreté évangélique, la eharilé céleste , en faisaient la partie la plus respectable de la nation. J'en ai connu ï^uehiues-uns qui s^^mblaient moins des hommes que des esprits bit nfnisanis descendus sur la terre pour soulager les maux de l'humanité. Souvent ils se dépouillèrent de leurs vêtements pour en couvrir la ntidité de leurs semblablrs ; souvent ils se refusèrent la vie même pour nourrir le nécessiteux. Qui oserait reprochera de tels hommes quelque sévérité d'opinion ? Qui de nous, superbes philanthropes, voudrait, durant la rigueur des hivers, d;tns l'épaisseur des ténèbres, se voir réveillé au milieu de la nuit, pour aller porter au lom ('ans la campagne un Dieu de vie à l'indigent expirant sur un peu de paille ? Qui de nous voudrait avoir sans cesse le cœur brisé du spectacle d'une misère qu'on ne peut secourir? se voir environné d'une famille à moitié nue, dont les joues creuses, les yeux hâves, annoncent l'ardeur de la faim et de tous les besoins ? Consentirions-nous à suivre le curé de la ville dans le séjour du crime et de la douleur, pour consoler le vice et l'impureté sous ses formes les plus dégoijtanies, pour verser l'espérance dans un cœur désespéré? Qui de nous enfin voudrait ^e séquestrer du monde des heureux, pour vivre éternellenieni parmi les souffrances; et ne re<evoir en mourant, pour tant de bienfaits, que lingratilude des pauvres et la calomnie des riches"^ ?

Ou peut conjecturer, de cet état du clergé en France, que le christianisme y subsistera encore longtemps *. Le prêtre vivant au milieu du petit peuple,

> Si ces réflexions étaient vraies, il faudrait mettre le feu aux quatre coins des Cités. (N. ÉD.)

•» Ce jugement n'est pas trop partial pour un petit philosophe en jaquette.

(N. ÉD

• C'est encore juste pour les abbés. (N. Éd.)

^ J'ai transporté cet éloge des curés dans le Génie du Christianisme, Il ne fallait pas dire dans le précédent chapitre que l'esprit dominant du sacerdoce est l'égoïsme, le lanalisme, la haine, pour dire dans celui-ci tout le contraire, a propos des évoques et des curés. (N. Éd.)

* Très-juste ; mais pourquoi ai-je dit dans les chapitres précédents que la reli-

étant presque aussi indigent que lui, est un compagnon dMnfortnne que le misérable se résoudra ditlicilement à perdre. Le pi oieslantisnie serait mal calculé pour mes compalrioies ^; ils déleslemieiit un miui>lre distant, qu'ils n'apercevraient qu'un moment chaque dimanche : ils demandent un curé populaire, qu ils puissent adorer et couviir d'injures. Le Français est la p!us aitnaïue des créatures ; il lui faut des gestes, des expressions chaudes, de l'intimilé. Au resie, celle couiuiunicaiion du pasteur avec l'indigent est un des liens les \Ans respecl;ibl' s qui ^e soient jamais formés eulre des hommes ^. Le chrisliauisme a repris une nouvelle vieueur eu France par la persécution du bas clergé; et il est à présumer qu il durera quelques années de plua qu'il n'aurait iaii dans le calme «.

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