‹ Œuvres complètes de ChateaubriandChapitre 238 sur 239 · RÉFUTATION · texte numérisé non relu

RÉFUTATION

dETOUS lES CHAPITRES PRÉCÉDENTS RELATIFS AU CLERGÉ CATIlOlLTîJÎJk^.

(Extrait du Génie du Chrittianisme.)

«Aucune autre religion sur la terre n'a offert un pareil système de bienfaits, de prurfpntgf 4Î de prévoyance, de force et de douceur, de lois morales et de lois religieuses. Rico n'est plus sagement ordonné que ces cercles qui, partant du dernier chantre de village, s'élèvent jusqu'a^i trône pontifical qu'ils supportent, et qui les couronne. I/Eglise ainsi, par ses différents «iegréa;, louchait à nos divers besoins : arts, lettres, sciences, législation, politique, inslilutions littéraires, civiles et religieuses, fondations pour l'humanité; tous ces magnifiques bienfaits nous arrivaient par les rangs supérieurs de la hiérarchie, tandis que les détails de la charité et de loi morale étaient répandus par les degrés inférieurs chez les dernières classes du peuple. Si jadis l'Eglise fut pauvre, depuis le dernier échelon jusqu'au premier, c'est que la chrétienté était indigente comme elle. Mais on ne saurait exiger que le clergé fût demeuré pauvre, quand l'opulence croissait autour de lui. 11 aurait alors perdu toute considération, et certaines classes de la société , avec lesquelles il n'aurait pu vivre, se fussent soustraites à son autorité morale. Le chef de l'Eglise était prince, pour pouvoir parler aux princes; les évéques , marchant de pair avec les grands, osaient les instruire de leurs devoirs; les prèires séculiers et réguliers, au-dessus des nécessités de la vie, se mêlaient aux riches, dont ils épuraient les mœurs , et le simple curé se rapprochait des pauvres , qu'il était destiné à soulager par ses bienfaits et à consoler par son exemple

« Ce n'est pas que le plus indigent des prêtres ne pût aussi instruire les grands du monde, et les rappeler à la vertu; mais il ne pouvait ni les suivre dans les habitudes de leur vie, comme le haut clergé , ni leur tenir un langage qu'ils eussent parfaitement entendu. La considération même dont ils jouissaient venait en partie des ordres supérieurs de l'Eglise. Il convient d'ailleurs à de grands peuples d'avoir un culte honorable, et des autels où l'infortuné puisse trouver des secours

« Que de choses admirables l'Occident ne nous montre-t-il pas à son tour dans les fondations des communautés, monuments de nos antiquités gauloises , lieux consacrés par d'intéressantes aventures, ou par des actes d'humanité!

» Voyez ces retraites de la charité, des pèlerins, du bien-mourir, des enterreurt dt morts, des insensés, des orphelins; tâchez, si vous le pouvez, de trouver, dans le long catalogue des misères humaines, une seule infirmité de l'âme ou du corps pour qui la religion D'ait pas fondé son lieu de soulagement ou son hospice !

« Au reste, les persécutions des Romains contribuèrent d'abord à peupler les solitudes ; ensuite, les Barbares s'étant précipités sur l'empire, et ayant brise tous les liens de la société , il oe resta aux hommes que Dieu pour espérance

« On dira peut être que les causes qui donnèrent naissance à la vie monastique n'existant plus parmi nous, les couvents étaient devenus des retraites inuliles. Et quand donc ces causes ontelles cessé? N'y a-t-il plus d'orphelins, d'infirmes, de voyageurs, de pauvres, d'infortunés? Ah! lorsque les maux des siècles barbares se sont évanouis, la société, si habile à tourmenter les âmes, et si ingénieuse en douleur, a bien su faire naître mille autres raisons d'adversité qui nous jettent dans la solitude ! Que de passions trompées, que de sentiments trahis, que dedé- Soùls amers nous entraînent chaque jour hors du monde! C'était une chose fort belle que ces maisons religieuses, où l'on trouvait une retraite assurée contre les coups de la fortune et les orage» de son propre cœur

« Dieu des chrétiens, quelles choses n'as-tu pas faites? Partout où l'on tourne les yeux, on ne voit que les monuments de tes bienfaits. Dans les quatre parties du monde la religion a distribué ses milices et placé ses vedettes pour l'humanité. Le moine maronite appelle, par le claquement de deux planches suspendues a la cime d'un arbre, l'étranger que la nuit a surpris dans les précipices du Liban : ce pauvre et ignorant artiste n'a pas de plus riche moyen de se

entier devant les homnies, tel que j'ai été au début de ma carrière, tel que je suis au terme de celte carrière ; qu'ilsine jugent si je vaux la peine qu'ils s'occupent de moi : puis viendra sur nous tous l'arrêt suprême qui nous placera comme nous demeure* roas. (N. ÉD.)

faire entendre ; le moine abyssinien vous attend dans ce bois, au milieu des tigres ; le missionnaire amé' icain veille à voire conservation (<ans ses immenses forêts. Jeté par un naufrage sur des côtes inconnues, tout à coup vous apercevez une croix sur un rocher. Malh«ur à vous si ce signe de salut ne fait pas couler vos larmes! vous êtes en pays d'amis ; ici sont des chrétiens. Vous êtes Français, il est vrai, et ils sont Espagnols, Allemands, Anglais peut-être ! Eli ! qu'importe? n'êtes-vous pas de la grande famille de Jésus-Christ? Ces étrangers vous reconnaîtront pour frère, c'est vous qu'ils invitent par cette croix; ils ne vous-ont jamais vu, et cependant ils pleurent de joie en vous voyant sauvé du désert

« Immense et sublime idée qui fait du chrétien de la Chine un ami du chrétien de la France, du Sauvage neo()hyle un frère du moine égyptien ! INous ne sommes plus étrangt;rs surla terre, nous ne pouvons plus nous y égarer. Jésus-Christ nous a rendu l'héritage que le péché d'Adam nous avait ravi. Chrétien ! il n'est pas d'océan ou de désert inconnu pour toi ; tu trouveras partout la langue de tes aïeux et la cabane de ton père

« La religion, laissant à notre cœur le soin de nos joies, ne s'est occupée, comme une tendre mère, que du soulagement de nos douleurs ; mais, dans cette œuvre immense et difficile, elle a appelé tous ses fils et toute ses filles à son secours- Aux uns elle a confié le soin de nos maladies, comme à cette multitude de religieux et de religieuses dévoués au service des hôpitaux; aux autres elle a déléj^ué les pauvres, comme aux sœurs de la Charité. Le père de la Rédemption s'embarque à Marseille; où va-l-il seul ainsi avec son bréviaire et son bâton? Ce conquérant marche à la délivrance de l'humanité , et les armées qui l'accompagnent sont invisibles. La bourse de la charité à la main, il court affronter la pesie, le martyre et l'esclavage. 11 aborde le dey d'Alger, il lui parle au nom de ce roi céleste dont il est l'ambassadeur. Le Barbare s'étonne à la vue de cet Européen qui ose, seul, à travers les msrsetles orages, venir lui redemander des captifs : dompté par une force inconnue, il accepte l'or qu'on lui présente; et l'héroïque libérateur, satisfait d'avoir rendu des malheureux à leur patrie, obscur et ignoré, reprend humblement à pied le chemin de son monastère.

<« Partout c'est le même spectacle : le missionnaire qui part pour la Chine rencontre au port le missionnaire qui revient glorieux et mutile du Canada; la sœur grise court administrer l'indigent dans sa chaumière, le père capucin vole à l'incendie , le frère hospitalier lave les pieds du voyageur, le frère du bien-mourir console l'agonisant sur sa couche, le frère enterrenr

Forte le corps du pauvre décédé, la sœur de la Clinrité monte au septième étage pour prodiguer or, le vêtement et l'espérance ; ces fill«s, si justement appelées Filles Dieu , portent et reportent cà et là les bouillons, la charpie, les remèdes; la tille du Bon Pasteur tend le» bras à la fille prostituée et lui crie : Je ne suis point venue pour appeler les justes, mais les pécheurs! L'orphelin trouve un père; l'insensé, un médecin; l'ignoranl, un instructeur. Tous ces ouvrier» en œuvres célestes se précipitent, s'animent les uns les autres. Cependant la religion attentive, et tenant une couronne immortelle, leur crie : Courage, mes enfants! courage! Hâiez-vous, soyez plus prompts que les maux dans la carrière de la vie! Méritez cette couronne que je vous prépare ; elle vous mettra vous-mêmes à l'abri de tous maux et de tous besoins

« Était-il quelque chose qui pût briser l'âme, quelque commission dont les hommes ennemi» des larmes n'osassent se charger, de peur de compromettre leurs plaisirs, c'était aux enlants du cloJtre qu'elle était aussitôt dévolue, et surtout aux pères de l'ordre de Saint-François; on supposait que des hommes qui s'étaient voués à la misère devaient être naturellement les hérauts du malheur. L'un était obligé d'aller portera unelamillela noirvelle de la perte de sa fortune; l'autre de lui apprendre le trépas d'un fils unique; le granit Bourdaloue remplit luimême ce triste devoir : il se présentait en silence à la porte du père, croisait les mains sur sa poitrine, s'inclinait profondément , et se retirait muet comme la mort dont il est l'interprète.

« Croit-on qu'il y eût beaucoup de plaisirs (nous entendons de ces plaisirs à la façon du monde), croit-on qu'il fut fort doux pour un cordelier, un carme, un franciscain, d'aller, au milieu des prisons, annoncer la sentence au criminel, l'écouler, le consoler, et d'avoir, pendant des journées entières, l'âme transpercée des scènes les plus déchirantes? Ou a vu, dans ces actes de dévouement, la sueur tomber à grosses goiiltes du front de ces compatissants religieux, et mouiller ce froc qu'elle a pour toujours rendu sacré en dépit des sarcasmes de la rhilosophie; et pourtant quel honneur, quel profil revenait il à ces moines, de tant de sacrifices, sinon la dérision du monde, et les injures mêmes des prisonniers qu'ils consolaient? Mais du moins les hommes, tout ingrats qu'ils sont, avaient confessé leur nullité dans ces grandes rencontres de la vie, puisqu'ils les avaient abandonnées à la religion, seul véritable secours au dernier degré du malheur. 0 apôtre de Jésus-Christ, de quelles catastrophes n'étiez-vous point témoin, vous qui, près du bourreau, ne craigniez point de vous couvrir du sang des misérables, et qui étiez leur dernier appui! Voici un des plus hauts spectacles de la terre: aux deux coins de cel échalaiid les deux justices sont en présence, la justice humaine et la justice «livine : l'une, implacable et appujée sur un glaive, est accompagnée du désespoir; l'aulre, tenant un voile trempé de pleurs, se montre eulre la pitié et l'espérance : l'une a poUf ministre un homme de sang, l'autre, un homme de paix : l'une condamne, l'autre absout, innocente ou coupable, la première dit à la viclime : «(Meurs!» la seconde lui crie : Fils de l'innocence ou du repentir, Montes au ciel!»

« Voici encore une de ces grandes et nouvelles idées qui D'apparliennenl qu'à la reh-

iiÉYOLUTIONS ANCIENNES. 597

Îîion chrétienne. les niHes idolâtres ont ignoré l'enlhonsiasme divin qui anime l'apôlre de 'Evangile. Les anciens pliiloso|>hes eux-mêmes n'ont jamais quilié les avenues d'Acadénms et les délices d'Athènes pour aller, au gré d'une impulsion sublime, humaniser le Sauvo^e, instruire l'ignorant, guérir le malade/ vêlir le pauvre, et semer la concorde et la paix parmi des nations ennemies : c'est ce que les religieux chrétiens ont fait et font encore tous les jours. Les mers, les orages, les glaces du pôle, les feux du tropique, rien i:e les arrête : ils vivent avec l'Esquimau dans son outre de peau de vache marine ; ils se nourrissent d'huile de baleine avec le Groënlandais; avec le Tartare ou l'Iroquois, ils parcoui enl la solitude; ils montent sur le dromadaire de l'Arabe, ou suivent le Caire errant dans ses liéserts embrasés; le Chinois, le Japonais, l'Indien, sont devejius leurs néopliyles; il n'est point d'île ou d'écueil dans l'Océan qui ait pu échapper à leur zèle; et, comme autrefois les royaumes manquaient à l'ambition d'Alexandre, la terre manque à leur charité

« Ce ne serait rien connaître que de connaître vaguement les bienfaits du cînisiionisme; c'est le détail de ces bienfaits, c'est l'art avec lequel ta religion a varié ses dons, réftandu ses secours, distribué ses trésors, ses remèdes, ses lumières; c'est ce délail, c'est cet ait q-j'il faut pénétrer. Jusqu'aux délicatesses des senlinients, jusqu'aux amours-propres, jusqu'aux faiblesses, la religion a tout ménagé, en soulageant fout. Pour nous, qui depuis quelques années nous occu[)ons de ces recherches, tant de traits de charité, tant de fondations admirables, tant d'inconcevables sacrifices, sont passés sous nos yeux, que nous croyons qu'il y a dans ce seul mérite du christianisme de quoi expier tous les crimes des hommes: culte céleste, qui uous force d'aimer cette triste humanité qui le calomnie

« Pour se faire d'abord une idée de l'immensilé des bienfaits de la religion, il faul se représenter la chrétienté comme une vaste réfiublique, où tout ce que nous rapportons d'une partie se passe en même temps dans une autre

Cl 11 faut voir deux cents millions d'hommes au moins , chez qui se pratiquent les mêmes vertus et se font les mêmes sacrifices; il faut se ressouvenir qu'il y a dix-huit cents ans que ces vertus existent et que les mêmes actes de charité se ré[»èlent : c.dculez maintenatit, si votre esprit ne s'y perd, le noiîibre d'individus soulagés et éclaués par le christianisme chez tant

de nations et pendant une aussi longue suite de siècles!

u Avant de passer aux services que l'Eglise a rendus à l'agriculture, rarpelnns ce que les papes ont fait pour les sciences et pour les beaux-arts. Tandis que les ordres religieux travaillaient dans toute l'Europe à l'éducation de la jeunesse, à la découverte des manuscrits, à l'explication de l'antiquité, les pontifes romains, prodiguant, aux s.'vants les récompenses, et jusqu'aux honneurs du sacei doce, étaient le principe de ce mouvement général vers les lumières. Certes, c'est une grande gloire pour l'Eglise qu'un pape ait donné ."ion nom au siècle qui commence l'ère de l'Europe civilisée, et qui, s'élevanl du milieu des )uines de la Grèce, euiprunla ses clartés du siècle d'Alexandre pour les réfléchir sur le siècle de Louis.

u Ceux qui représentent le christianisme comme an étant le progrès des lumières contredisent manifestement les témoignages historiques. Partout la civilisation a marché sur les pas de l'Evangile, au contraire des religieux de Mahomet, de Brama et de Conlucius, qui ont borné les progrès de la société, et forcé l'homme à vieillir dans son enfance.

« Rome chrétienne était comme un grand port qui recueillait tous les débris des naufrages des arts. Constantinople tombe sous le joug des Turcs; aussitôt l'Eglise ouvre mille retraites honorables aux illustres fugitifs de Bysance eld'Athènes. L'imprimerie, proscrite en France, trouve une retraite en Italie. Des cardinaux épuisent leur fortune à fouiller les ruines de la Grèce et à acquérir des manuscrits. Le siècle de Léon X avait paru si beau au savant abbé Barthélémy, qu'il l'avait d'abord préféré à celui de Périclés, pour sujet de son grand ouvrage : c'était dans

l'Italie chrétienne qu'il prétendait conduire un moderne Anacharsis

« Les successeurs de Léon X ne laissèrent point s'éteindre cette noble ardeur pour les travaux du génie. Lesévêques pacifiques de Home rassemblaient dans leurs villa les précieux délïris des âges. Dans les palais des Borghèse et des Farnèse le voyageur admirait les ch«>fs-d'neuvre de Praxitèle et de Pliidias ; c'étaient des papes qui aciieîaient au poids de l'or les statues de l'Hercule et de l'Apollon ; c'étaient des papes qui, pour conserver les ruines trop insultées de l'antiquité, les couvraient du manteau de la religion. Qui n'admirera la pieuse industrie de ce pontife qui plaça des images chrétiennes sur les beaux débris des Thermes de Dioctétien? Le Panthéon n'existerait plus s'il n'eût été consacré par le culte des apôtres, et la colonne Trajane ne serait pas debout si la statue de saint Pierre ne l'eût couronnée.

<« Cet esprit conservateur se faisait remarquer dans tous les ordres de l'Egl'se. Tandis que les dépouilles qui ornaient le Vatican surpassaient les richesses des anciens temphs, de piiuvres religieux protégeaient dans l'enceinte de leurs monastères les ruines des maisons de Tibnr et de Tusculum, et promenaient l'étranger dans les jardins de Cicéron et d'Horace. Un Chartreux vous montrait te laurier qui croît sur la tombe de Virgile, et un pape couronnait le Tasse au Capitote.

«« Ainsi, depuis quinze cents ans, l'Eglise protégeait les sciences et les arts; son zèle ne s'élait ralenti à aucune époque. Si dans le huitième siècle le moine Alcuin enseigne la grammaire à Charlemagne, dans le dix-huitième un autre moine industrieux et patient trouve un moyeu de dérouler les manuscrits d'Herculanum : si eo 740 Grégoire de Tours décrit les auli-

qnilcs àts Gaules, en 1754 le chanoine Mazzochi explique les tables législatives d'Héraclée. La plupart des découverles qui ont changé le système du monde civilisé ont été faites par des membres de l'Eglise. L'invention de la poudre à canon, et peut-être celle du télescope, sont dues au moine Roger Bacon; d'autres attribuent la découverte de la poudre au moine allemand Benhold Schwarlz; les bombes ont été inventées par Galen, évêquede Munster; le diacre Flavio de Gioia, Napolitain, a trouvé la boussole; le moine Despma,les lunettes; et Pacificus, archidiacre de Vérone, ou le pape Sylvestre 11, l'horloge à roues. Qut de savants, dont nous avons déjà nommé un grand nombre dans le cours de cet ouvrage, ont illustré les cloîtres, ont ajouté de la considération aux chaires éminentes de l'Eglise ! Que d'écrivains célèbres ! que d'hommes de lettres distingués ! Que d'illustres voyageurs, que de mathématiciens, de naturalistes, de cliimistes, d'astronomes, d'antiquaires ! Que d'orateurs fameux! Que d'hommes d'Etat renommés ! Parler de Suger, de Ximenès, d'Alberoni, de Richelieu, de Mazarin, de Fleury, n'est-ce pas rappeler à la fois les plus grands ministres et les plus grandes choses de l'Europe moderne?

« Rome chrétienne a été pour le monde moderne ce que Rome païenne fut pour le monde antique, le lien universel : cette capitale des nations remplit toutes les conditions de sa destinée, et semble véritablement la ville éternelle. II viendra peut-être un temps où l'on trouvera que c'était pourtant une grande idée, une magnifique institution, que celle du trône pontifical. Le pèrespirituel, placé au milieu des peuples, unissait ensemble les diverses parties de la chrétienté. Quel beau rôle que celui d'un pape vraiment animé de l'esprit apostolique ! Pasteur t;énéral du troupeau, il peut en contenir les fidèles dans le devoir, ou les défendre de l'oppression. Ses Etats, assez grands pour lui donner l'indépendance, trop petits pour qu'on ait rien à craindre de ses efforts, ne lui laissent que la puissance de l'opinion, puissance admirable quand elle D'embrasse dans son empire que des œuvres de paix, de bienfaisance et de charité !

« Le mal passager que quelques mauvais papes ont fait a disparu avec eux; mais nous ressentons encore tous les jours l'influence des biens immenses et inestimables que le monde entier doit à la cour de Rome. Celte cour s'est presque toujours montrée supérieure à son siècle. Elle avait des idées de législation, de droit public ; elle connaissait les beaux-arts, les sciences, la politesse, lorsque tout était plongé dans les ténèbres des institutions gothiques; elle ne se réservait pas exclusivement la lumière, elle la répandait sur tous; elle faisait tomber les barrières que les préjugés élèvent entre les nations; elle cherchait à adoucir nos mœurs, à nous tirer de noire ignorance, à nous arracher à nos coutumes grossières ou féroces. Les papes, parmi nos ancêtres, furent des missionnaires des arts envoyés à des Barbares, des législateurs chez des Sauvages, ce Le règne seul de Charlemagne, dit Voltaire, eut une lueur de politesse, qui •< lui probablement lé fruit du voyage de Rome. »> (Génie du Christianisme , tom lil, IV" partie, liv. m, chap. il, chap. III, chap. V, chap. VI; liv. IV, cliap. i; liv. VI, chap. i, cliap. vi.)

FIN DE l'essai.

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