JULIETTE
Il est jour ! il est jour ! Fuis, pars, éloigne-toi ! C'est l'alouette qui chante, je reconnais ta voix aiguë. Ah ! dérobe-toi à la mort : la lumière croît de plus en plus.
Quil est louchant ce contr;)Sle des charmes du matin et des derniers plaisirs des deux jeunes époux, avec la catastrophe horrible qui va suivre ! C'est encore plus naïf que les Grecs, et moins p:isloral que VAminte et le Pastor fido. Je ne connais qu'une scène d'un drame indien, en langue sanskrite , qui ait quelque rapport avec les adieux de Roméo et Juliette ; en<ore n'est-ce que par la fraîcheur des images, et point du tout par l'intérêt de la situation. Sacontala, prèle à quitter le séjour paternel, se sent arrêtée par sou voile.
SACONTALA.
Qui saisit ainsi les plis de mon voile?
l)N VIEILLARD.
C'est le chevreau que tu as tant de fois nourri de graines du synmaka. Il ne veut pas quiller les pas de sa bienfaitrice.
» Xenoph., Hitt Grœc, lib. ii.
MÉLANGES LITTÉRAIKES. 485
saCOSTALA.
Fourijuoi jjItniiTs-tiiJerKire cljovipnuP.lt' suis ioicéetl'aban^lonner noire commune (Jernoure. Loi'sqiiP lu penlis la mère peu <le icnif.s :\<ivh- ta r'iaiss.':;!ce. le le pris sous ma garde. Relourue à la Cl èclie, pauvre jeune chevreau; il laul à présent nous séi>arer !
La scèn^ de> adieux de Roméo cl Juliette n'esi point indiquée dans Ban-
d 'llo*, el elle apiiaiiienl loulcniière à Sliake-pi'iire. Les citKpiaKle-deux com-
inenlaieurs de Shikespeare, au lifii de nous apprendre beaucoup de choses
inutiles, auraient dû salladicr à découvrir les b autés qui appatiiennen» à
cet liouimo exlraiiidiuaire , ei celles qui! n'a laii qu'caipruutL-r. Baudello
racoiiir en pou de mois la séparalion (ies deux amants :
A la fine, cominciando l'aurora a voler useire. si basciarono, eslrettamente abbraciarono gli amandy e pieni di lagrtme e sospiri si dissero adio ».
« Enfin, l'aurore commençant à paraître, les deux amants se baisèrent, s'embrassèrent » étroitement, el, pleins de larmes el de souj.irs, ils se dirent adieu. »>
On peu remarquer, en générai, que Shakespeare fait un grand usage des contrastes. Il aune à placer la g iielé auprès de la tristesse, à mêler les diverlissemeiiis et les ciis de joie à des pompes funèbres et à des cris de douleur. Que des musiciens ap; eiés aux noces <lc Juliette arrivent précisément pour accompajiner son cercueil ; qu'indjiïérenis au deuil de la miison, ils se livrent à d'iiidccenies plaisanteries, et h'entieiieniient des cho>es les plus étningères à ia catasiiophe; qui ne reconnaît h» îouie lu vuî? qui ne sent toute l'anierluuie de ce tableau ? q;ii n a pas été léïnoiu de pareilles scènes ? Ces effets ne furent point inconnus des Grecs, cl Toii retroove dans Euiipide plusieurs traces de ces naïvetés qiie Sh:!kespe;ire mêle au plus haut toc- tragique. Phèdre vient d'expirer j le chœur ne sait s'il doit entreà dans l'appariement de la princesse :
psE'îîPn ni'Mf-CHOKUR.
A.V7(/J r*a.vccssc<.v ii èni^ncf-aTcHv ^p:)(^cav ;
SKCO'D !>l:,VU-CHOi;iie..
T'- ô' ; où n6:pzi(7i Tcpiaizoloc vzrj.-j'.a.t\
1b TToAAà 7ry3y.'>(72tv o:// sv ào-pa/s? j3 ou.
P H KM H R i> K M ! -C U Ci : U H .
Compagnes, que ferons-nous? ocvons-nous enUei- da.;s le palais pour aider à dégager la reine de ses liens étroits'}
SKCOND DEMI-CaOKUR.
Ce soin appartient à ses esclaves. Pourquoi ne swni-ils pas présents? Quand on se mêle de beaucoup d'affaires, il n'y a pas de sûreté dans la vie 2.
Y>M\> Alceste, la Mon el Apollon se fjot des plaisanteries. La Mort veut saisir Alceste tandis qu'elle est jeune,, parce (}u elie ne se soucie pas d'une vieille proie, et, comme traduit le p re Biumoy, d'uue proie ridée. Il ne faut pas rejeter entièrement ces contrastes, qui louchent de près au terrible, mais qu'une seule nuance ou trop fuite ou tiup faible dans i'cxpieï>sion rend à rinslant ou bas ou ridicules.
Shakespeare, comme tous les poêles IragiqMcs, a trouvé quelquefois le véritable comique, landis que les poêles ^nuques nom jamais pu s'élever à la bonne tragédie ; ce (jui prouve (jui' y.lrpeut éire quelque chose de plus vaste dans le génie de Meipomèui que dans celui de ThaiiC. Quiconqu- peint savauinieut le côté douloureux de rhomme peut au^^si repréMuler le côté ridicide, parce que celui qui saisit le plus ^vwi, à la riiiueur, saisir le moins. Mais 1 cspiil qui s'aliache particulièrement aux détads plaisants laisse échapper les raj), oris sévères, parce que la faculté de distinguer 1 es objets infinimeni petits suppose pies'jue toujours l'iiiipos^ibilité o embrasser les objeis inliuiment grands : d'où ii laudtail conCluie que le sérieux Csi le vériiable génie de
i Novelle del BANDEf.LO, sec. parle, pnç^. .«}?; l,uc., édit. in-4°, IS-V*. " biuiuoy Iradu't ainsi, en tioniiiiaul nncouiilelekpirapluasanli'aulre:
VfiK FK.MAIE DU CUU: UH.
Qu'en pensez-vous, mes compagnes ? ebl-il à fiio} os que nous entrions ?
UNI-: ACriJE FKUiMK.
Où .'dut donc ses officiers? C'est à eux de lui prêier du secours Ou est souvent dupe de fOO
trop d'cniprcbseiucal dans les affaires d'auLiui.
486 îtfÉLANGES LiTlÉRAîRES.
l'homme. Homonatus demulier€,brevivivens tempore, replctur multismisenfs/Un seul poêle ccnique marche Tégal (J<s Sophocle cl des Corneille : c'est Molière. Mais il est remarquable que le comique du Tartufe et du Misanthrope, par son extrême profondeur, et, si josais le diie, par sa tristesse, se rapproche beaucoup delà gravité tragique.
^Les Anglais ont en grande estime le ciractère comique de FaMniï dans les Merrywives of Windsor. En effet, ce caractère est bien dissiné. quoiqu il soit souvent d'un comi'iue peu [lalurel, baseï outré. Il y a deux manières de faire rire des défauts des hommes : l'une est de présenter d'abord les ridicules, et d'offrir ensuite les qualités, c'est la manière de l'Anglais, c'est le comique de Sterne et de Fielding, qui finit quelquefois par faire verser des larmes ; l'autre consister à donnerd abord quelques louanges, et à ajouter successivementtant de ridicules, qu'on oublie les meilleures qualités, etqu'on perd enfin toute estime pour les plus nobles talent- et les p!us hautes vertus : c'est la manière du Français, c'est le comique de Voltaire, c'est le Nihil mirari qui flétrit tout parmi nous. Mais les partisans du génie tragique et comique du poète anglais me semblent beaucoup se trom!)er lorsqu'ils vantent le naturel de son stj/le. Shakespeare est naturel dans les sentiments et dans la pensée, jamais dans l'expression, excepté dans les belles scènes où son génie s'élève à sa plus grande hauteur ; encore, dans ces scènes mêivies, son langage est-il souvent affecté ; il a tous les défauts des écrivains italiens de son -siècle ; il manque éminemment de simplicité. Ses descriptions sont enflées, contournées ; on y sent souvent Ih imme de mauvaise éducation, qui, ne connaissant ni les genres, ni les tons, ni les sujets, ni la valeur exacte des mots, va plaçant au hasard des expressions poétiques au milieu des choses les plus triviales. Comment, par exemple, ne pas gémir <le voir une nation éclairée, ei qui compte parmi ses critiques les Pope ei les Addison, de la voir s'extasier sur le portrait de V apothicaire dans Roméo et Juliette? C'est le burlesque le plus hideux et îc plus dégoûtant. Il est vrai qu'un éclair y brille comme dans toutes les ombres de" Shakespeare. Roméo f;tit une réflexion sur ce malheureux qui tient si fortemeni à la vie, bien qu'ii soit accablé de toutes les misères. C'est le sentiment qu'Homère met avec tint de naïveté dans la bouche d'Achille aux enfers :
« J'aimerais mieux être sur la terre l'esclave d'un laboureur indigent, où la vie serait peu «( abondante, que de régner en souverain dans l'empire des mânes. »
Il reste à considérer Shakespeare sous le rapport de Vart dramatique. Après avoir fait la part de l éloge, on me permettra de (aire la pari de la
critique.
Tout ce qu'on a dit à la louange de Shakespeare comme auteur dramatique se trouve dans ce passage du docteur Jonhson :
Shakespeare has no heroes, etc. « Shiikespeare n'a point de héros Sa scène « est seulement occupée par des hommes qui agissent et parlent comme le a spectateur eût agi et parlé lui-même dans la même ocasion. Les drames de « Shakespeare ne sont point (dans le sens^une criii.,ue iigoureuse)des coméu dies ou des tragédies , mais des compositions particulières, qui peignent « l'état réel de ce monde sublunaire. Elles offrent, sous des lor4nes inuom- « brables, le bien et le mal, la joie et la douleur, combinés dans une variété « sans fin ; elles représentent le train du momie, où la perle de Tun est le gain a de l'autre, où le voluptueux s'abandonne à la débauche, au moment même « où l'aflligé ensevelit son ami; où la méehancné de celui-ci est queiqmfois « déjouée par la légèreté de ce ui-là, et où mille biens et mille mauxairivcnt a ou sont prévenus sans dessein. »
Voilà le grand parodoxe littéraire des partisans de Shakespeare. Tout ce raisonneuient tend à prouver qu'il n'y a point de règles diamaliques ou que l'art n'est pas un art.
Lorsque Voltaire s'est reproché d'avoir ouvert la porte à la médiocrité en louant trop Shakespeare, il a voulu dire sans doute qu'en bannissant toute
règle, et retournant à la pure nature, non nVtait pins aisé que d'égaler les chefs 'd œuvre «lu ihéâire anglais. Si , pour atteindre à la hauteur de l'art tragique, il suflii d'entasser des scènes disparates , sans suite et sans liaison ; de mêler le bas et le noble, le burlesque et le paihéiique; de placer le porteur d'eau auprès du monarque, et la marchande d'herbes auprès de la reine , qui ne peut raisoniiablenionl se flatter d'être le rival de Sophocle et de Racine? Quiconque se trouv»; placé dans la société de manière à voir bi aucoup d'honmies et beaucoup de choses, s'il veut seulement se donner la peine de relraci r lou- les accidents d'une de ses jouinét s, ses conversations avec l'artisan 011 le mtnislre, avec le soldat ou le prince ; s'il veut rappelei les objets qui ont passé sous ses yeux, le bal ou le convoi funèbre, le festin du riche et la misère (lu pauvre; celui-là, dis-jo, aura fait un drame à la itianière du poéie anglais. Les scènes de génie pourront y manquer-; mais si l'on n'y trouve pas Shakespeare écrivain, on y trouvera Shakespeare dramatiste.
Il faut donc se persuader d'abord qu'écrire est un art; que cet art a nécessairement des genres, et que chaque genre a des règles. Et qu'on ne dise pas que les gemes et les règles sont arbitraires ; ils Sînt nés de la natui e même : lari a seuleinenl séparé ce que la nature a confondu ; il a choisi les plus beaux traits, sans s'écarler de la re-semblance du grand modèle. La perfection ne détruit point la vérité; et l'on peut dire que Racine, dans toute l'excellence de son art, est plus naturel que Shakespeare; comme Y Apollon, dans toute sa divinité, a plus les formes humaines qu'une statue grossièr-cde TEgypte.
Mais si Shakespeare, dit -on, a péché contre toutes les règles, mêlé tous les genres, blessé toutes les vraisemblances, il a du moins mis plus de mouvement sur la scène et porté plus loin la terreur que les tragiques français.
Je n'examinerai point jusqu'à quel degré cette assertion est véritable; si la libei té que l'on se donne de tout dire et de tout représenter ne mène pas naturellemerit à ce fracas de scène, à celte multitude de personnages qui en imposent ; je n'examinerai pas si , dans les pièces de Shakespeare, tout marche rapidement à la catiisirophc; si l'intrigue se noue et se dénoue avec art, en prolongeant et précipitant sans cesse l'intérêt pour le spectateur : je dirai seulement que, s'il est vrai que nos tragiques manquent de mouvement (ce que Je suis fort loin d'actorder), il est bon qu'ils en mettent davantage dans leurs suj( ts. Mais cela ne prouve pas qu'on doive introduire sur notre théâtre les monstruos lés de cet homme que Voltaire appelai» un sauvageivre. Une beauté d;tns Shakesp are n'excuse pas ses innombrables défauts : un monumeirt gothique peut plaire par son obscurité et la difl'oiinité même de ses proportions, mais personne ne songe à bâtir un palais sur son modèle.
On prétend surtout que Shakespeare est un grand m:»îlre dans l'art de f ^Jç verser des larmes. Je ne sais s'il est vrai que le premier des arts soit celui de faire pleurer, dans le sens où l'on entend ce mot aujourd'hui. Les vraies larmes sont celles que fait couler une belle poésie ; il faut qu'il s'y mêle autant d'admiration que de douleur. Si Sophocle me pré>ente OEdipe tout sanglant^ mon cœur est prêt à se briser ; mais mon oreille est frappée dune douce mélodie, mesyeux'sont enchanlés par un spectacle souverainement beau; j'éprouve à la fois du plaisir et de la peine; j'ai devant moi une affreuse vérité, et cependant je sens que ce n'est qu'une ingénieuse imitation d'une action qui n'est plus, qui peut-être n'a jamais été : alors mes larmes coulent avec délices; je pleure, mais c'est au son de la lyre d'Or phée ; je pleure, mais c'est aux accents des Muses : ces filles célestes pleurent aussi, mais elles ne défigurent point leurs traits divins par des grimaces. Les anciens donnaient aux Furies mêmes un beau visage, apparemment parce qu'il y a une beauté morale dans les remords.
Et puisque nous sommes sur ce sujet important, on me permettra de dire
un mot de la querelle qui divise aujourd'hui le monde littéraire. Dire partie de
nos gens de lettres n'admire plus que les ouvrages étrangers, tandis que l'autre
client fortement à notre ancienne école. Selon les premiers, les écrivains du
siècle de Louis le Grand n'ont eu ni assez de mouvement dans le style, ni surtout
assez dépensées; selon les seconds, tout ce prétendu mouvement, tous les efforts du jour vers des pensées nouvellts, ne sont que décadence et corruption : ceux là rejetteni toutes règles; ceux-ci les rappellent toutes.
On pourrait dire aux premiers qu'on se perd sans retour aussitôt que l'on abandonne les grands modèles, qui peuv- nt seuls nous retenir dans les bornes délicates du goiil; qu'on se trompe lor.s(|u'on prend pour de véritibles mouvements une manière qui procède sans fin par exelamaiions et par iuierrogations. Le second siècle de la littérature latine eut les mêmes prétentions que notre siècle. Il est certain que Taciic, Sénè(|ue et Lurain ont plus d'agitation dans le style et plus de variété dans les couleurs que Tite-Live, Cicéron et Virgile. Ils affectent celle concision d idées, et ces effets brillants d'expression, que nous recherc bons à présent; ils chargent leurs descripiions , se plaisent à faire des tableaux, à prommcenles sentences : car c'est toujours dans les temps de corruption qu'on paile le pUisde morale. Cependant Us siècles sont venus ; et, sans s'embarrasser des penseurs de 1 âge de Trajan, ils ont donné la palme a l'âge de l'imagination et (les arts, à l'âge d'Auguste.
Si les exemples insliuisaient, je pourntis ajouter qu'une autre cause de la cbuie des lettres latines fut la confusion des «lialecles dans l'empire romain. Lors(ju'on vit des Gaulois <:lans le sénat, lorsque Rome, devenue la capitale du monde, entendit ses murs retentir de tous les jari^ons, depuis le goth jusqu'au parthe ,on put juger que c'en était fait du goût d Horace et de la langue de Cicéron. La ressen»blance est lrap[)ante : pour peu que l'on continue en France à étudier les idiomes étrangers et ;« nous inonder de traductions, notre langue perdra bientôt celte fleur native et ces gallicismes qui faisaient son génie et sa ^râce.
Une des sources de l'erreur où sont tombés les gens de lettres ()ui cherchent des roules inconnues vient de l'ineerlitude qu'ils ont cru remarquer dans les principes du goijl. On est un grand homme dans un journal, et un misérable écrivain dans un antre; ici un génie brillant, là un pur dcclamateur. Les nations entières varient: tous les étrangers lefusenl du génie à Racine, el de l'harmonie à nos vers; nous, nous jugeons des auteurs anglais tout différemment que les Anglais eux-mêmes; on -eiait étonné de savoir quels sont les grands hommes de France en Allemagne, et quels sont les auuiurs fiançais qu'on méprise dans ce pays.
Mais tout cela ne saurait jeter l'esprit dans l'incertitude, et faire abandonner les principes, sous prétexte qu'on ne sait pas c • que c'est que le goût. Il y a une base sûre où Ton peut se reposer : c'c&i la littérature ancienne ; elle est là pour modèle invariable.
C'csi donc autour de ceux qui nous rappolleni à ces grands exemples qu'il faut nous hâter de nous rallier, si nous vouions échapper à la barbarie. Quand les pariisans de l'ancienne école iraient un peu trop loin dans leur haine des littératures étrangères, on devrait encore leur en savoir gté: c'est ainsi qtte Boilean s'éleva contre le Tas^e , par lu raison , comme il le dit lui-même , que son siècle avait trop de penchant à tomber dans les défauts de cei auteur.
Cepcnd tnt, en accordant qurique chose a un adversaire, ne le ramènerait- On pas plus aisément aux bons modèles? Esl-ce qu'on no pcturrait pas convenir qtu' les arts d'imagination ont pt-ul-êlre un peu trop dominé dans le siècle de tLouis XIV ? que ce (ju on appelle aujourd'hui peindre la nature était alors une cho-e presque inconnue? Pourquoi n'admettrait-on pas que le style du jour connaît réellement plus de formes ; que la liberté que Ion a de tr.«iter tous les Sujetsa mis encircnlation un plus graod nombre de véiilés; que les sciences ont donné plus de fermeté aux esprits et de précision aux idées? Je sais qu'il y a des d.ingeis à convenir de tout cel.i, cl que si l'on cède sur un point , on ne saura bieniôt plus où s'arrêter; mais enfin ne seraii-il pas possible qu un homme, marchant avec précaution entre les deux lignes, el se tenant toutefois beaucoup plus près de l'antique que du moderne, parvînt à maiier les deux écoles , el à en faire sortir le génie d un nouveau siècle ? Quoi qu'il en soit, tout effort pour obtenir celte grande révolution sera inutile si nous demeurons»
irréligieux. L'imagination et le sentiment tiennent essentiellement à la religion : or, une littérature d'où les enchanteinenis et la tendresse sont bannis ne peut jamais être que sèche, froide et médiocre.