DE LA COOIPAGNIË DE JÉSUS
Juin 1802.
L'histoire de la vie de Jésus-Christ est un des dern-ers ouvrages que nojis devons à celte société célèbre dont ptesuue tous les membres ttaient des hommes de lettres distingués. Le père de Ligny, né à Amiens en 1710, survécut à la destruction de son ordre, et prolongea jiis<j n'en 1788 une carrière commencée au temps des malheurs de Louis XIV, et finie à 1 épo(jue (les désastres de Louis XVI. Si vous rencontriez dans le monde un ecclésiasticjue âgé, plein de savoir, d'esprit, d'aménité, ayant le ton de la bonne compagnie ei les manières d'un homme bien élevé, vous étiez disposé à cioire que c«.t ancien piètre était un jésuite. L'abbé Lenfant avait aussi apparicnu à cet ordre, qui a lant donné de martyrs à l'Eglise. Il avait été Tami dti père de Ligny, et c'est lui qui le détermina à publier son Histoire de la vie de Jésus-Christ.
Cette hisioire n'est qu'un commentaire de T Evangile, et c'est ce qui fait son mérite à nos yeux. Le père de Ligny cite le texte du INouveau-Teslament, et paraphrase cha(jue verset de deux manières : Tune, en expliquant moralement et historiquenunt ce qu'on vient de lire; l'autre, en répondant aux objections que l'on a pu faire contre le passage cité. Le premier commentaire court dans la page avec le texte, comme dans la Bible du père de Cirrières; le second est rejeté en noie au bas de la page. Ainsi lauteur olïrani, de suite et par ordre, les divers chapitres des évangiles, faisant observer leurs rapports ou conciliani leurs apparentes contiadictions, développe la vie entière du Rédempteur du monde.
L'ouvrage du père de Ligny était devenu rare, et la Société Typographique a rendu un véritable service à la religion en réimprimant ce livre utile. On conjiaitd.insles lettres françaises plusieurs Fîcs de Jésus-Christ ; mais aucune ne réunit, comme celle du père de Ligny, les d» ux avantages d'être à la lois une explication de TEcritui e et une réluiaiiou des sojjhismes du jour. La Vie de Jésus-Christ , par Saint-Réal , manque d'onction et de simplicité: il est plus aisé dimiier Sallnste et le cardinal de Rciz * que dalteindreau ton de rEvangile. Le père de Montreuil, dans i^a Vie de Jésus-Christ, reiouchée par le père Brignon, a conservé an contraire bien du charme <iu Nouveau-Testament. Sou s^yle, un peu vieilli, contribue peut-êlre à te charme: Tancicnne langue liauçaise, cl surtout celle quoupailait sous Louis Xlll, était très-pro-
« l^a Conjuration du comte de Fiesque, par le cardinal dk Rktz, semble avoir servi df? modèle à la Cvnjuratton de Venise, pyr Saint-Uéal : il > a eiilir ces deux ouvrages la différence qui existe Loujours eulre loiif^lual el la copie; entre celui qui écrit de verve el de geuie, «l celui qui, à lorce de travail, parvient à imiter celle verve et ce génie avec plus ou moiai (i« resscu;bl2nce el de bonheur.
pre à rendre l'énergie et la uaïveié de l Ec» ilure. il serisil bien à désirer qu'on en eiil <;iil une bonne Iradticlion à ccU»- époque : Sacy esl venu itop lard. Les deux plus belles versions modernes de la Bi!)li;,sont les versions espagnole et anglaise. La dernière, i\m a souvent la force de l'hébreu, est du règne de Jacques i" j la langtie dans lariiielle tllo est é< i itc est devenue pour le s trois royaumes une espèce de langue - . t rée, connue le texte saniarilain pour les JuU's : la vénération que les Anglais ont pour l'Fcriiure en pnraît augmentée, et l'ancienneté de l'idiome semble encore ajouter ;". ;'antiquité du livre.
Au reste, il ne faut pas se dissimuler que taules les iiistoiresdf Jésus-Christ qui nesmt pas, comme celle du pèredc; Ligiiy, un >impl(i commentaire du Nouveau-Teslament, sont, en généial, de mauvais et même de dangereux ouvrages. Celte manière de déligurcr l'Evangile nous est venue des protestants, et nous n'avons pas observé qu'elle en a conduit un grand nombre au socinianisme. Jésus Christ n'est point un honiMie; on ne doit poiit écrire sa vie connue celle d'un simple législateur. Vous aurez beiu raconter ses œuvres de la manière la plus touch;inte, vous ne pein<lrez jamais que son humanité; sa divinité vous échappera. Les vertus de 1 homme ont quelque chose de corpo^ rel, si nous osons parler ainsi, que l'écriviiin peut saisir ; mais il y a dans les vertus du Christ un intellectuel, une spiritualité qui se dérobe à \3imatéiialitê de nos exprès ions. C'est ceite vérité dont parle Pascal, si fine et si déliée, que nos instruments ne peuvent la toucher sans en écacher la pointe *. La divinité du Christ n'est donc et ne peut être que dans l'Evangile, où elle brille parmi les sacremenis ineffables iiisliîués par ^e Sauveur, et au njilieu des miracles qu il a faits. Les apôtres Siuls ont pu la rendre, parce qu'ils écrivaient sous rii'Spiraiion de l'Esprit ^aint. Ils ava eut été ti'mnins des merveilles opérées pai" le Fils de 1 Homme ; ils avaient vécu avec lui : quelque chose de sa divinité est den;euié empreint dans leur parole sacrée, comme les traits de ce céleste iMessie renèrent, diL-on, imprimés dans le voile mystérieux qui servit à essuyer ses sueurs.
Sous le simple rapport du goiit eides ieitres, il y a d'ailleurs qr.elque danger àtransformer ainsi 1 Ev.mgil « n un • Histoire de Jésus Christ. Eu donnant aux faits je ne sais quoi d humain et de rigoureusement historique; en appelant sans ces.sc à une prétendue raison, qui n'est souvent qu'une déplor ble folie; en ne voidant prèJier que la morale entièrement dépouillée du dogme, les prolestanis ont vu périr chez eux la hante éloquence. Ce ne sont, en effet, ni les Tillotson, ni les Wilkins, ni les Goldsmili», ni les Blair, malgré leur mérite, (|ue l'on peut regarder comme de grands orateurs, et surtout si on les compare aux Basile, auxChiy^o^lôme, aux Anibroise, aux Bourdaloue et aux Massillon. Toule religion qui se fait un devoir d'éloigner le dogme, ei de bannir la pompe du culte, se condanme à la sécheresse. Il ne faut pas croire que le cœur de l'homme, privé du secours de l'imaginalion, soit assez abondant de lui-même pour nourrir les flots de l'éloquence. Le sentiment meurt en naissant s'il ne trouve autour de lui rien qui puisse le soutenir, ni images qui prolongent -a durée, ni spectacles qui 'e foriilienl, ni dogmes qui, l'emportant dans la région des mystères, prévit nnent ainsi son désenchantement. Le protestantisme se vante d'a\oirb;iimi la trisesse de la religion clirétienne : ma s, dans le culte catholique, Job et ses saintes mélancolies, l'ombre des cloiin s, les pleurs du pénitent sur le rocher, la voix d'un Bossuet autour d un cercueil, feront plus d'hommes de génie que toutes les maximes d'une morale sans éloquence et aussi nue que le temple où elle est prèchée.
Le pèi ede Ligny avait donc sagement consi<léré son sujet, lorsqu'il s'e-t borné dans sa Vie de Jésus- Cliristi^ une simple concordance des évangiles. Et qui punirait se flatt.r d'ailleurs d'égaler la beauté du Nouveau Testament? Ca auteur qui aurait une pareille prétention ne seiait-il pas déjà jugé? Chaque évangéliste à un c;iraclère particulier, excepté saint Marc, dont l'évai'gile ne semble être que l'abrégé de celui de saint Matthieu. Saint Marc toutefois était
* Pentées de Pascal.
disciple de f^aint Pierre, et plusieurs ont pensé qu'il a écrit sous la dictée de ce prince des apôtres. Il esi digne de reinaïque qu'il a raconté aussi 1;\ faute de son maître. Cela nous semble un mystère sublime et louchant, que Jésus- Chrisi ait choisi, pour chef de son Eglise, précisément le seul de ses disciples qui l'eût renié. Tout l'esprit du christianisme est là : saint Pierre est l'Adam de la nouvelle loi; il est le père coupible et repentant des nouveaux Israélites; sa chute nous enseigne, en outre, que la religion chrétienne est une religion de miséricorde, et que Jésus-Christ a éiabli sa loi parmi les hommes sujets à J'«^rreur, moins encore pour l'innocence que pour le repentir. ^L'évangile de saint Matthieu est surtout précieux pour la morale. C'est cet apôtre qui nous a transmis le plus gran<l nombre de ces préceptes en sentimenls qui sortaient avec tant d'abondance des entrailles de Jésus-Christ.
Saint Jean a quelque chose de plus doux et de plus tendre. Ou reconnaît en lui le disciple que Jésus aimait, le disciple qu'il voulut avoir auprès de lui au jardin des Oliviers, pendant so:> agonie. Sublime distinction sans doute ! car il n'y a que l'ami de notre âme qui soil <tigiie d'entrer dans le mystère de nos douleurs. Jean fut encore le seul des apôlres qui accompagna le Fils de 1 Homme jusqu'à la croix. Ce fut là que le Sauveur lui légua sa mère : Mater, ecce filius tuus s discipulus, ecce mater tua. ÎVIoi céleste, parole in*flable ! le disciple bien-aimé, qui avait dormi sur le sein de son maître, avait gardé de lui une image inelfaçable : aussi le reconnut-il le premier après sa résurrection. Le cœur de Jean ne put se méprendre auK traits de son divin ami, et la foi lui vint de la charité.
Au reste, l'esprit de tout l'évangile de saint Jean est renfermé dans cette maxime quil allait répétant dans sa vieillesse : cet apôlre, rempli de Jours et de bonnes œuvres, ne pouvant plus faire de longs discours au nouveau peuple qu'il avait enfanté à Jésus-Christ, se contentait de lui dire : Mes petits enfants, aimez-vous les uns les autres.
Saint Jérôme prétend que saint Luc était médecin, profession si noble et si belle dans l'antlcjuité, et que son évangile est la médecine de l'âme. Le langage de cet apôlre est pur et élevé : on voit que c'était un homme versé dans les lettres et qui connaissaii les affaires et les hommes de son temps. Il entre dans son récit à la manière des anciens historiens j vous croyez entendre Hérodote :
a 1. Comme plusieurs ont entrepris d'écrire l'histoire des choses qui se sont « accomplies parmi nous;
« 2. Suivant le rappo: t que nous en ont fait ceux qui, dès le commencement, « les ont vues de leurs propres yeux, et qui ont été les ministres de la parole,
a J'ai cru que je devais aussi, très-excellent Théophile, après avoir été o exactement informé de toutes ces choses depuis leur commenceuient, vous « en écrire par ordre toute l'histoire. »
Notre ignorance est telle aujourd'hui, qu'il y a peut-être des gens de lettres qui seront étonnés d'apprendre que saint Luc est un très-grand écrivain, dont l'évangile respire le génie de l'antiquité grecque et hébraï(|ue. Qu'y-a-l-il de plus beau que tout le morceau qui précède la naissance de Jésus-Christ?
K Au temps d'Hérode, roi de Judée, il y avait un prêtre nommé Zaeharie, du a sang d'Abia : sa femme était aussi de la race d'Aaron, et s appelait Elisabeth.
a Ils étaient tous deux justes devant' Dieu... Ils n'avaient point d'enfants, « parce qu'Elisabeth était stérile, et qu'ils étaient tous deux avancés en âge. »
Zaeharie offre un sacrifice ; un ange lui apparaît debout à côté de Vautel des parfums. Il lui prédit qu'il aura un fils, que c(> lils s appellera Jean, qu'il sera le précurseur du Messie, et qu'ilréunira le cœur des pères ctdes enfants. Le même ange va iroiwer ensmlc une vierge qui demeurait en Israël, et lui dit :« Je vous « salue, ô pleine de grâce ! le Seigneur est avec vous. » Marie s'en va dans les montagnes de la Judée; elle rencontre Elisabeth, et l'enfant que celle-ci portait dans son sein tressaille à la voix de la Vierge qui devait mettre au jnùr le Sauveur du monde. Elisabeth , remplie tout à coup de l'Esprit saint, élève la
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voix, et s'écrie : « Vous êt^s bénie entre tniiies les leinmes, et le fruit de voire « sein t si béni. ';
« D'où me vient !e bonheur que ia mère de mon Sauveur vienne vers moi ?
«Car, lorsque vous m'avez salui;<. votre voix n'a pas plutôt Irappé mon « oreille, que mon onlanl a iressailii de joie dans mon sein. »
Marie entonne afois le magnifique cantique : « O mon âme, glorifie le Sei- « gneur !»
L'Iiisioirc îc îa crèrhc et des bergers vient ensuite. Une troupe nombreuse de l'armée ^céleste chante pendant la nuit : Gloire à Dieu dans le ciel, et paix aux hommes sur la terre/ mol digne des anges, et qui est comme l'abrégé de la religion ciiréiienne.
Nous croyons connaître un peu Tantiquité, et nous osons assurer qu'on chercherait longtemps chez h s plus beaux génies de Rome et de la Grèce avant d'y trouver rien qui soit à la fois aussi simjde et aussi merveilleux.
Quiconque lira TEvangile avec un peu d'attention y découvrira à tous moments des choses admirables, qui échappent d'abord, à cause de leur extrême sin plicité. Saint Luc, par exempir, en doimant la généalogie du Christ, remonte jusqii'à la naissan<e du monde. Arrivé aux premières généralions, ei continuant à nommer les races, il dit : Cainan, qui fuit Henos, qui fuit Seth, qui fuit Adam, qui fuit Dei ; le simple mot qui fuit Dei, jeté là sans commeniaiie et sans réllexion pour raconter la création, l'origine, la n;>lure, les fins et le mysière de l'homme, nous setnble de la plus grande sublimité.
11 faut louer le père de Ligny, qui a senti qu'on ne devait rien changer à ces choses, et qu'il n'y avait qu'un goût égaré et un christianisme mal entendu qui pouvaient ne pas se coislenter de pareils traits. Son Histoire de Jésus Christ oilre une nouvelle preuve de cette vérité que nous avons avancée ailleurs, savoir : que les beaux-arts chez les modernes doivent au culte catholique ia majeure partie de leurs succès. Soixante gravures, d'après les maîtres des écoles italienne, française et flamande, enrichissent le bel ouvrage que nous annonçons: chose bien remarquable, qu'en voul.mt ajouter quelques tableaux à «ne Vie de Jésus Christ, on s'est trouvé avoir renfermé dans ce cadre tous les chefs-d'œuvre de la peinture moderne *.
On ne saurait donner trop d'éloges à la Société Typographique, qui, dans si peu de temps, nous a donné, avec un goût et un oiscernement parfait, des ouvrages si généralement utiles : les Sermons choisis de Bossue t et de Fénélon, les Lettres de saint François de Sales, et plusieurs autres excellents livres, sont tous sortis des mêmes presses, et ne laissent rien à désirer pour l'exécution.
L'ouvrage du père de Ligny, embrlli par la peinture, doit recevoir encore un autre ornement non nioios pn cieux ; M. de Bonald s'est chargé d'en écrire la préface : ce nom seul promet le taleni et les lumières, et conmiande le respect et Teslime. El) ! qUi pouriaît mieux parler des lois et des pr écepies de Jésus- Christ (juc lauleur du Divorce, de la Léyislalion primitive, et de la Théorie du pouvoir politique et religieux ?
^W'en douions point, ce Culte insensé, celle folie de la Croix, dont une superbe sagesse nous annnonçail !a clmle pro( haine, va renaître avec une nouvelle force ; la palme de la reliiiion croît toujours a l'égal des pieuis que répandent les chréiiens, comme l'hi rhe des ch.mips reverdit dans une teire nouvellement arrosée. C'éiait une insigne erreur de croire que l'Evangile éiait détjuit parée qu'il n'était plus déicndu par les heureux du monde. La puissance du christianisme esi dans la cabane du puivre, et sa base est aussi durable que l\ misère de l'homme, sur la(juelle e'ie est appuyée. « L'Eglise, « dit Bossuel dans un passade qu'on croirait échappé à la tendresse de Féné- « Ion, s'il n'avait un tour plus original et plus élevé ; l'Église est fille du Toul- « Puissant : mais son père, qui la souiienl au dedans, 1 abandonne souvent aux
> Pxapliaël, ÎMiclicl-Xnge, le TJominiquin, le Cariadie, Paul Véronèse, le TUieo, Léonard de Vinci, le Guercliin, Lanfranc, le Poussin, le Sueur, Lebrun, Rubens, etc.
532 MÉLANGFS LITTÊPiAIRES.
« persécutions ; et, à IVxrmple <]e j '«^«s-Ch -ist. el!e est ohliprôc de rrier, dans « SOH agonie : Mon Dieu ! mon Dieu /pourquoi m'avez-vous délaissée * ? Son « Epoux est le plus puissaut connue le plus l)cau et le {)lus parfait de t)us les « eulants (les hommes ^ ;niais eîie n'a entendu sa voix agiéab'e, elle n'a joui de « sa douce €t désirable pré>ence qu'un uiOMieni ^. Tout djiu coup il a pris la « fuite avec une course r.ipid-' ; et plus vile qu'un faon de biche il s'est élevé a au dessus des plus hautes montagnes *. Seinblahle à une épou'^e désolée, « l'Eglise ne fait qt»e gémir ; et le chant de la touflernlle délaissée * est dans « sa boache. Enfin elle est étrangère et connue errarite sur la terre, où elle « vient ret ueillir les enfants de Dieu >oii^ ses ailes; et le monde, qui s efforce « de les lui ravir, ne cesse de traverser son pèlerin ige ^. »
Il peut le traverser, ce pèlerinage, niavs non pas l'empêcher de s'accomplir. Si l'auteur de cet article n'en eût pas été pe suaiié d'avance, il en serait maintenant convaincu par la scène qui se pas-e sous ses yeux ^. Quelle est cette puissance extraordinaire qui promène ces cent miile nliréliens sur ces ruines ? Par q lel prodige la croix reparaît-elle eu iriomiihe dans celle mènie cité où naguère une dérision hoirible la traînait dans la fange o i le sang? D'où renaît ceue solennité pro-crite ? Quel chant de miséricorde a remplacé si soudainement le bruit du canon et l<'scris dt;s chrétiens londrovés ? Sont-ci^ les pères, les mères, les frères, les sœurs, les enfants de ces victimes qui prient pour les ennemis de la foi, et que vous voyez a genoux de toutes pai is, aux fenêtres de ces niaisons délabrées, et sur les monc aux de pierres où le sang des martyrs fume encore ?Les collin -s chargées de monasièr<^s, non moins religieux pirce qu'is sont déserts ; ces deux fleuves où la cendre des confessent s de Jésus- Christ a si souvent élé jetée; tous les lieux c -nsacrés par les premiers pas du chiisiiani-me dans les Gaules; cette grotte de saint Poihin, l< s catacombes d iréuée, n'ont point vu de p'us giands miracles que celui qui s'opère aiijourd hui. Si, en 1793, au moment des miiraUlades de liy m, lors(|ue Ton démolissait les temples et que l'on m Kssacrait les |irèlrcs, lorsipi'on promenait dans les rues un âne ch;»rgé des ornements sacrés, et que îe bourreau, armé de sa hache, nccompagnait cette digne po.ipe de la R, tison, si un h'tmuie eût dit alors : « Avant que dix ans se soient écoulés, un prince de lEgli-e, un archett vêque de Lyon, portera publiquement le S tint-Sacrement dans les ménir-s « lieux ; il sera aCeonipagné d un nombreux clergé ; de jeuicsfdles vêtues de « blanc, des hommes de ioutàge et de toutes professions, suivront, précéde- « ronl la pompe, avec des fleurs et des flamb aux ; ces soldats trompés, que <t l'on a armés contre Iareligion,p;iraîliontdaus celle fête pour la potéger : » si un homuie, disons-nous, eût tenu un paeil lan'j;age, il eût passé poui- un visionndre ; et pourtant cet homme n'eûi pas dit encore toute la vérité. La veille même de celte pompe, plus de dix mille chrétiens ont voulu recevoir le sceau de la foi : le digne p.élat de celte grande counnuie a paru, C(un ne saint Paui, au uiilieu d'une foule immense, qui lui demandait un sacrement si précieux dans l( s temps d'épreuve, pui'fju'il donne la force de confesser TEvangile. El ce n'est pas tout encoif; de^ diaeres ont été ordonnés, des prêtres eut été sacrés. Dira-i-on que les nouveaux pasteurs cherclieul la gloire et la lori'une ? Où sont les bénélices qui les alienden', les honneurs qui peuvent les dédommager des travaux qu'exige leur minislèreP Une chétive pension alimentaire, quelque presbytère à moitié ruiné, <»u un réduit obscur, fruii de la chari é des iidèles, voilà tout ce qui leur est promis H fuii encore qu'ils coinpleni sur lei> calomnies, sur Icbdenonciaiiouî, sur les dégoùis de toute espèce :
« Dpus meus ! Deus meus ! utquid dereliqiiisti me?
a Spj'civjsiis lorai;i i»raefiliis tiomitiuin. (/*«af.. XI-IV, 3.)
3 Ainicus uulem sponsi, qui slal, et audil eum, i;,;uid:o sauJ«'l proiiîcr Vf>c<'m sponsi. (Jo.iN., m, •■9-) . ' ,
4 Fiii;e, dilecte mi, et assimilare capicae liinnuloque cervorùm s\\\)H' montes aroraalum. {Cun . viii, 14.)
5 \ ux liiriiins aiidila est in terra nostia. [Cant. ii, 12 )
6 OriDson funèbi'if de M. le Tcllier.
7 L'aulour écrnail a'oi à Lyon, le jour de la Fêle-Dieu.
disons plus, si un homme tout-puis«ant relirait sa main aujourd'hui, âemain le philosophisme ferait tomber ks prêires sous le izlalve de la tolérance, ou rouvrir;>.i; pour eux les pinlinthropiques désert-^ de laGuiane. Ah! lorsi^neces enfants d'Anton sont tombés la face contre terre, lorsque l'aidi-vêque, debout devant l'autel, étendatii les mains sur les lévites prosternés, a prononcé ces paroles : Accipejugum Domini, la foi ce de ces mots a pénétré tous les cœurs et rempli tous les yeux de larmes ; ils l'ont accepté, le joug du Seigneur j ils le trouveront d'autant plus ^égor {onus ejus levé) que les hommes clierclient ù l'appesantir. Ainsi, malgré les prédictions des oracles du siècle, malgré lespro-% grès de l'esprit humain, l'Efjlise croit et se perpétue, selon l'oracle bien plus certain de celui qui l'a fondée ; et. quels que soient les orages qui peuvent encore l'assiéger, elle triomphera des lumières des sophistes^ comme elle a triomphé des ténèbres des Barbares.