‹ Œuvres complètes de ChateaubriandChapitre 38 sur 239 · ŒUVRES COMPLÈTES DE ROLLIN · texte numérisé non relu

ŒUVRES COMPLÈTES DE ROLLIN

Février 1803.

les amis des lettres observent depuis quelque temps avec un pîaîsir extrême que l'on commence à revenir de toutes parts à ces principes du goût et de la raison dont on n'aurait jamais dû s'écarter. On abandonne peu à peu les systèmes qui nous ont fait tant de mal ; (sn ose examiner et combattre les jugements incroyables prononcés par la lilléralure du dix-huitiètne siècle. La philosophie, jadis trop féconde, semble à présent menacée de stérilité, tandis que la religion fait éclore chaque jour de nouveaux talents et voit se multiplier ses disciples.

Un symptôme non moins équivoque du retour des esprits aux idées saines, c'est la réimpression des livres classiq«»es que l'ignorance et le dédain ridiculi' des philosophes avaient rejeiés. Bollin, par exemple, tout chargé qu'il est des trésors de lanliquilé, ne paraissait plus digne de servir de guide aux écoliers d'un siècle de lumière, qui aurait eu grand besoin lui-même d'être renvoyé à l'école *.... Des hommes qui avaient p;issé quarante ans de leur vie à faiie en conscience quelques excellents volumes pour l'instruction de la jeunesse; des hommes qui, dans le silence de leur cabinet, vivaient familièrement avec Homère, Déinoslhène, Cicéron, Virgile; des hommes qui étaient s? sirtiplement et si naturellement Vertueux, qu'on ne songeait pas même à louei leurs vertus; des hommes de celte sorte se voyaient préférer une méchanti espèce de charlatans sans science, sans gravité, sans mœurs. Les poétiques d'Aristole, d'Horace, de Boileau étaient remplacées par des poétiques pleines d'ignotance, de mauvais goût, de principes erronés et de faux jugeuieiils. Oij répétait d'après le maîire :

Boileau, correct auteur de quelques bons écrits, ZcUc de Quinaull

On répétait d';iprès l'écolier :

Sans feu, sans verve et sans fécondité, Boileau copie •

Quand le respect pour les modèles est perdu à un tel degré, il ne faut plus s'étonner de voir une nation retourner à la barbarie.

Heureusement lopiuion du sièc e qui commence cherche à prendre un autre cours. Dans un monimloù l'on s'enqnesse de revenir aux anciennes méthodes d'enseignennnt. on apprendra sans doute avec plaisir que l'on prépare une édition des œuvres com')lèU's de Rollin..., Celle belle entreprise est dirigée

> On sent qu'il s'apit ici du siècle eu générai, et non de quelques hommes dont lef UleDl5 feroQl toujours la gloire Uc la I:rdiice.

OS

par un homme qui conserve le dépôt sacré des traditions et de l'autorité des siècles, et qui mériiera dans la poslénté le litre de restaurateur de l'école de Boileau et de Racine.

La Vie de Rollin qin (Joit précéder l'édition de ses œuvres est déjà imprimée, et nous l'avons sous les yeux : elle est également remarquable par la simplicité et la douce chaleur du slyle, et par la mesure des oj)inioiis el la justesse des idées. Nous n'aurons qu un regret en faisant connaître aux lecteurs quelques fragments de cetie vie, c'est de ne pouvoir nommer l'auteur, jeune et modeste, à qui nous en sommes redevables.

Après avoir parlé de la naissance de Rollin et de son entrée comme boursier au collège des Dix-HuH, réciivain de sa vie ajoute :

« Le jeune Rjllin ne connut point ces mouvements de fierté qui accom- « pagnent des connaissances nouvellement acquises, et qui cèdent par la suite « à une instruclion plus étenduo. Son bon naturel se développait avec son « intelligence, et on le trouvait plus aim.djle à mesure qu'il devenait plus «savant. Il faut dire que ses progrès rapide^, dont on ne parlait dans le « monde qu'avec une sorte d'étonuement, redoublaient encore la tendresse de « son heureuse mère. Et sans doute elle n'était pas moins flattée de voir chez « elle les personnes les plus considérables par leur rang et leur naissance, qui « venaient la féliciler, en lui demandant comme une faveur que le jeune étu- « diant pa^^sâl les jours de congé avec leurs enfants qui étaient au même col- « lége, et fût associé à leurs plaisirs comme à leurs exeicices....

a Les deux fils de M. le Pelletier, alors minisire, qui étaient de la même « classe que Rollin, avaient trouvé un redoutable concurrent dans ce nouveau « venu. M. le Pelletier, qui conuais'-ait tous les avmlages de Temulalion, « cherchait tous les moyens de l'entretenir. Quand le jeune boursier était « empereur, ce qui lui arrivait souvent, il lui envoyait la gratilication qu'il « avait coutume de donner à ses fils : ceux-ci aimaient tendrement leur rival. « Les jours de congé, ils ra!iienai»'iit chez eux dans leur carro^se, le conduic< saient chez sa mère s il le désirait, etralieadaienlavec complaisance tout le « temps qu'il voulait y rester.

« Un jour elle remarqua que son fils, en"-monlant en voilure, prennit sans a façon la première place. Elle conioençùt à lui en faire une réprimande « sévère, comme d'un man pie de bienséance et de politesse; mais le précep- « teur, qui était là, l'interrompit avec douceur et lui représenta que M. le Pel- « lelier avait réglé qu'on se rangerait toujours dans le carrosse suivjnt l'ordre « delà classe, Rollin conserva loule sa vie, pour le protecteur de sa jeunesse, «un respect tendre, et une reconnaissance quil ne croyait jamais pouvoir « acquitter. Il fut l'ami constant de ses fils, surveilla l'éducation des fils de ses « compagnons d'étude, el satlacha de plus en plus à celle respectable famille, « par ce sentiment aimable (jui se nourrit des souvenirs de renlance et s'étend « à tout le reste de la vie. Tel était le fruit de celte éducation vraiment sociale. « Les jeunes gens, au sortir des études, se dispersaient dans le monde, sui- « vant leurs dilï'éienics coudilions : mais on y rencontrait un ami de collège « avec la joie que l'on éprouve au retour d'un voyag-ur chéri et longtemps « allendu. On se rappelait la foi jurée, h;s plaisirs de 1 enlancc ; et souvent ces « douces amitiés de collège sont «levenues un patronage honorable auquel la « Fiance a du la plupart de ses grands hom nés. ^> ,

Il nous semble (lue ce passage est bien touchant : on y eniend l'accent d'un cœur français; on y trouve quelque chose de grave et de tendre, comme les vieux magistrats el les jeunes amis de collé;;e dont l'anleur rappelle le souvenir. Il .est remarquabl" que ce n'élait (ju'en France, dans co pays célèbre par la frivolité de ses habilants, que l'on voyait ces augustes families distinguées par la sévérité de leurs mœurs. Les Harlay, les de Thon, les Lamo gnon, les d'Ague.'.seau, formaient un contraste singidieravec le caractère général de la nation. Leurs habitudes sérieuses, leurs venus intègres, leurs opinions incorruplibles, éiaieul comme une expialicm qu ils oll't aient sans cesse poin 1 inconstance et la légèreté du peuple. Ils rendaient à l'Etat des services de plus dune

^.i(:LAM,i^ îiiT'îÉtiÂkRES. 535

sorte : ce MalUiîeu Mole, qui fil enlreprendre à DuHiesne la collection des historiens de France, expos;i plu^'eurs fois sa vie dans les tionl>!t^s de la Fronde, coninie son [lère Edouiird Mole avait bravé les fnieiirs de la Ligue pour assurer la conr(»nne à Henri IV. C'était ce nicnie Matlhieu, plus brave que Gustave et M. le Prince^, mil répond.di, lorsqu'on voulaii rtMnpècliei de s'exposer à la r?ge du ppiipie : Six pieds de terre feront toujours raison au plus grand homme du monde. C'est agir comme le vieux Caion et parler connue le vieu|: Corneille.

Rollin était un homme rare qui avait presque du génie à force de '^cience, de candeur et de bonté. Ce n'est que pai mi les titres o!>scurs des services rendus à l'euCance que Ton peut trouver les docnnjonts de sa gloire. C esi là que l'auteur de sa vie a cherché les traits dont il a composé un tableau plein de naïveiéet de douceur : il se pLtît à nous m(»ntrer Roilin chargé de l'éducation de la jeunesse. Le tendre respect que le nouveau recteur conservait pour ses anciens maîires, son amour et ses sollicitudes pour les enfants qui lui étaient conlics, tout cela est peint avec bi;aucoup de charme, et toujours avec le ton convenable au sujet. Quand l'auteur parle ensuite des ouvrages de Rollin, et qu'il entie dans les discussions importantes, il montre un esprit nourri de bonnes doctrines, et une tète cpable de concevoir des idées fortes et sérieuses. Nous en citerons un exemple.

Dans un passage où il s'agit des principes delVducatîon et des reproches que l'on a faits à l'ancienne m -nière d'enseigner, l'auteur dit :

a On a trouvé des inconvénients plus graves dans l'enseignement de l'Uni- « ver;sité, qui, ramenant sans cesse, a-t-on dit, sous les re;^ards du jeune « homme les héros et les vertus des républiques anciennes, reniretient dans « des niaxinieset des pensées contraires à l'ordre social. Quelques-uns même « ont vu sortir des collèges les doctrines d'anarchie et de révolution. Assuré- « ment tout est mot tel à ceux qui sont déjà malades, et cette remarque accuse « le temps où elle a été faiie. Cependant, quoiqu'on puisse la justifier par des « exemples partie uliers, elle ne ptjut être une objection centre renseignement «de l'Université que lorsqu'on séparera les objets qu'elle y réimissait lou- « jours : je veux dire les exemples d'héroïsuie, et les maximes propres à exci- (i tpr l'enthousiasme de la religion, qui les épure et les conforme à Tordre. « Aussi Rollin ne les sépare-t-il point. Si quelquefois il abandonne son dis- « cipîe à une admiration toute naturelle pour des actions éclatantes, il est « prompt à le retenir dans les bornes légitimes. H revient sur ses pas ; il exact nn'ne ce héios païen i\ la clarté dune lumière plus sûre et plus pt'nétrante, « et il montre tout ce qui lui a manqué, et par l'excès et par l'imperfection de « ses vertus.

« C'est donc toujours avec ce divin tempérament que l'on doit proposer au tt j'une homme des vertus sans convenance, et des max mes enivrantes et trop ft fortes |;our sa raison; mais aussi Ion ne craint plus d'échauffer son cœur « lorsqu'on est sûr de la règle qui doit le diriger. Alors Taduiiration dos héros « de l'iinti'juité est aussi favorable à la vertu que les chefs-d œuvre où ils sont « célébrés sont féconds pour le talent, et tonte l'éducation s'aecomplit. Celte « instruction classicjue conirdjuc à rornemenl de toute la vie par une mn!ii- « tude (le maximes et de comparaisons qui se mêlent aux diverses sit lations « de riiomme public, et répandent sur les actions les plus communes um' soi te « de digjité qui préjiare l'élégance des mœurs. J'aime à cioire qu au milieu « de l'éiuile et des travaux cliampèlres qui remplissaient leurs loisirs, nos « illustres magistrats de la France trouvaient un ch:Hine secret dans le souve- « nir des Fabrieins et d(!s Caton, qui avaient été l'objet de l'enthousiasme de « leur jcu! esse. En un mot, ce- instincts vertueux qui défendirent les répu- « bli(pies anciennes contre le viee des insiiiuti(ms et des lois sont comme une « exc<!llLMiie naiure que la reliaion achève. Non-seidement elle en réprime a l'énergie danf;ereuse et les ennobhl par des motifs plus purs, mais elle les

> Sîémoires du cardiital DC RëTZ.

« élève, par la règle même (juclle leur impose, à une haiiteur encore pins « héroïque qui assure la prééminence des caractères que nous admirons dans « nos histoires modernes. »

On peut appliquer ici pour jugement à l'auteur la comparaison qui suit immédiatemcni ce morceau, aussi bien pensé que bien écrit :

a C'est ainsi que, dans les ouvrages immortels aux(|uels nous sommes tou- «j'ours ramenés par un attrait inépuisable, on reconnaît lexpression d'une « belle imagination, soumise à une raisoii forte et sévère, mais enrichie de ses « privations mêmes, et qui, venant à se déclarer par intervalles, atteste toute a la grandeur de la conquêie. »

Le reste de la vie de Rollin est rempli par ces petits détails qui plaisaient tant à Plutarque, et qui lui faisaient dire :

«Comme les peintres qui font des portraits cherchent surtout la ressem- « blance dans les traits du visage, et particulièrement dans les yeux, où écla- « lent les signes les plus sensibles des mœurs et du naturel, il faut qu'on rae « permette de rechercher d;ins l'âme les principaux traits, afin qu'en les ras- « semblant je fasse de la vie des grands hommes un portrait vivant et animé *. »

On nous saura gré de citer en entier le mouvement oratoire par lequel l'auteur termine son ouvrage :

« Louis XVI, frappé d'une renommée si touchante, a acquitté ce que nous « devions à la mémoire de Rollin : il a élevé son nom jusqu'aux noms les plus « fameux, en ordonnant qu'on lui dressât une statue au milieu des Bossuet et « des Turenne. Le vénérable pasteur de la jeunesse s'avance vers la posiérité a au milieu des grands hommes qui ont illustré le beau siècle de la France. S'il « ne les a point égalés, il nous apprend à les admirer. Comme eux, il eut dans « ses écrits le naturel des anciens ; dans sa conduite, les vertus qui conservent « les forces de l'esprit et deviennent même de véritables talents; comme eux, il « grandira toujours, et la reconnaissance pubbque ajoutera sans cesse à sa « gloire.

«En racontant les travaux et les simples, événements qui remplirent la vie « de Rollin, nous nous sommes quelquefois reporté -.i une époque qui s'éloigne « de nous tous les jours, el une réfb'xion douloureuse s'est mêlée à nos récits. « Nous avons parlé des études françaises, et il n'y a p;»s longtemps qu'elles « étaient interrompues. Nous avons retracé le gouvernement et la discipline « des collèges où s'élevait une jeunesse heureuse loin des séductions de la « société , et la plupart sont encore déserts ! . . . Nous avons rappelé les services « de celte Université célèbre et vénérable par ses souvenirs , ses antiques « honneurs, el cet esprit de corps qui perpétuait la tradition des bonnes études « et les maîtres qui devaient la répandre... et elle n'est plus, el elle a péri «comme tout ce qui était grand et utile. Les quartiers mêmes où fleurissait « l'Université de Paris témoignent le deuil de cette destruction : leur célébrité « n'y attire plus sans cesse de nouveaux habitants, et la population s'est écou- « lée vers d'autres lieux, pour y donner le spectacle d'autres mœurs. Où sont « les éducations sévères qui préparaient îles âmes fortes et tendres? Où sont « les jeunes gens modestes et savants qui unissaient l'ingénuité de Tenfuice «aux qualités solides qui annonc<nt l'homme? Où est la jeunesse de la « Fralice?... une génération nouvelle lui a succédé...

« Qui pourrait r^ulirc les plaintes et les reproches qui s'élèvent tous les jours « contre ces nouveaux venus ? Hélas! ils croissent presque à l'insn des pères, « au milieu des discordes civiles, et ils sont absous par les malbeurs publics, « car tout leur a manqué, l'instruction, les remontrances, les bons exemples, « el ces douceurs de la maison paternelle qui disposent les enfants aux senti- « meuts vertueux et leur mettent sur les lèvres un sourire qni ne selface « plus... Cependant ils n'en témoignent aucun regret; ils ne rejettent point en « arrière un regard de tristesse. On les voit errer dans les places publicpies, et « remplir les théâtres, comme s'ils n'avaient qu'à se reposer des travaux d'une

« in vita Alex.

« longue vie. Les ruines les environnent, et ils passent devant elles sans « éprouver seulement la curiosité ordinaire à un voya;^eur : ils ont déjà oublié w ces temps d'une élernclle mémoire!...

a Génération vraiment nouvelle, et qui sera toujours distincie et marquée « d'un (aractère singulier qui la sépare des temps anciens et des temps à « venir ! Elle ne Iran-meltra point ces traditions qui sont i honneur des fanwl- « les, ni ces bienséances qui défendent les mœurs publiques, ni ces usai^es « qui sont les liens de la sociéié. Elle marche vers un terme inconnu, enlrai- « nant avec elle nos souv( nirs, nos bienséances , nos mœurs , nos usages : les « vieillards ont gémi de se trouver plus étrangers à mesure que leurs enfants « se multipliaient sur la terre...

a Maintenant le jeune homme, jeté comme par un naufrage à l'entrée de sa « carrière, en contemple vainement l'étendue. Il n-enfanie que des désirs mou- « rants et des projt ts sans consistance. Il est privé de souvenirs, et il n'a plus « le courage de former des espérances. Il se croit désabusé, et il n'a point « d'expérience. S ^n eœur est fléli i, et il n'a point eu de passions. Comme il n'a « pas reujpli les différentes époques de sa vie, il ressent toujours au dedans « de lui-même quelque chose d'imparfait qui ne s'achèvera pas. Ses goûts et « ses pensées, par un coniraste affligeant, appartiennent à la fois à tous les « âges, mais sans rappeler le charme de la jeunesse ni la gravité de l'âge n»ûr. « Sa vie entière se présente comme une deces années orageuses et frappées de « stérilité où l'on dirait que le cours des saisons et l'ordre de la nature sont « intervertis. Dans cette confusion, les laculiés les plus heureuses se sont tour- « nées contre elles-mêmes. La jeunesse a été en proie à des tristesses exlraor- « dinaires, aux fausses douceurs d'une imagination bizarre et emportée, au « mépris superbe de la vie, à l'indifférence qui naît du désespoir; une grande « maladie s est njanifestée sous mille formes diverses. Ceux mêmes qui ont été « assez heureux ponr échapper à cette contagion des esprits ont attesté toute « la violence qu'ils ont soutlerie. Ils ont frant hi brusquement toutes les époa ques du prentier âpe, et se sont assis parmi les anciens, qu'ils ont étonnés « par une maiuriié précoce, mais sans y trouver ce qui avait manqué à leur «jeunesse.

« Peut-être en est-il de ces derniers qui visitent quelquefois ces asiles de la et science dont ils ont éié exilés. Alors, revoyant ces vastes enceintes qui « retentissent de nouveau du bruit des jeux et des triomphes classiques, ces « hautes murailles où on lit toujours les noms à demi effacés de quelques a grands hommes de la France, ils sentent revivre en eux des regrets amers, ce et des désirs plus douloureux que les regrets. Ils demandent encore celte « éducation ()ui porte des fruits pour toute la vie, et qui ne se remplace point. « 1 s demandent tant de plaisirs innocenis qu'ils nont pas connus ; ils deman- « dent jusqu à ces peines et à ces chagrins de l'enfance qui laissent des souve- « nirs si tetidres et si sensibles. Mais c'est inutilement: voilà qu'après avoir « consumé bientôt quinze années, celte, giande portion de la vie humaine, Cl dans le silence et pourtant au milieu des révolutions des empires, ils n'ont « survécu aux compajinons de leur âge, et pour ainsi dire à eux-mêmes, que « pour loucher à ce t« rme où Ton ne fait plus que des pertes sans retour. Ainsi « donc ils seront toujours livrés à un gémissement secret ei inconsolable, et « désormais ils resteront exposés aux regards d'une autre génération qui les « Ivresse, comme des sentinelles qui lui crieront de se délouiucr des routes « fiinesles où ils se sont égarés.

« Leur voix sera entendue, etc., etc.. »

Ce morceau snflirait seul pour justifier les éloges que nous avons donnés à celle Vie de Rollin. On peut y ren»arquer des beautés du premier ordre, exprimées avec éloquence, et quelques-unes de ces pensées que Ton ne trouve que chez les grands éeri^ain^. Mous ne saurions trop encourager l'auteur à s'abandonner à son génie. Jusqu'à présent une timidité naiurelle au vrai talent lui a fan rechercher les sujets les nioins élevés; mais il devrait peut-être essayer de sonir du genre tempéré qui relient son imaginaiion dans les bornej» trop élroi-

tes. Cn s'aperçoit aisément dans la Vie de Ro^Hn qu'il a sacrifié partout des richesses. En parlant du bon rectfur de l'Université, il s'est prescrit la modération et la réserve ; il a craint de blesser des vertus modestes, en répandant sur elles une trop vive lumière: on dirait qu'il s'est soiivenu de celte loi des anciens qui ne perniel lait déchanter les dieux que sur le mode le plus grave el le plus doux de la iyie.

SUR LES

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