SUITE
Mai 1825.
Nous avons rendu compte des premiers volumes de cet imponant et bel ouvrage. Deux autres volumes ont paru depuis cette époque, etdetix nouveaux volumes sont au moment de paraîtte. Remettons rapidement sous les yeux du lecteur ce tableau si drawiatiqiie < t si varié.
Le roi Jean est prisonnier en Angleterre ; Philippe de Rouvre, dernier duc de la première maison de Roiirgogne, meurt; Jean recueille son hériiage, comme si la Providence voulait rendre au monarnie captif autant de puissance et de provinces qu'il allait en céder à Edouard III pour sa rançon. Mais Jean donna à son fils bien-aimé, le jeune Philippe de France, qui avaiicombattu et avait éié blessé auprès de lui à la bataille de Poitiers, le duché de Bourgogne; c'est Philippe le Hardi, premier duc de Bourgogne de la maison de Valois.
Sous ce premier duc s'écoule tout le règne de Charles V, ce règne si sage, si fertile en événements et en grands hommes, mais qui devait se terminer par le règne de Charles VI, où renaissent toutes les calamités de la France,
Philippe le Hardi vil encore commencer la maladie de Charles VI, et cette tutelle orageuse que se disputèrent des oncles ambitieux et une mère dénaturée. Les querelles des maisons d'Orléans et de Bourgogne éclatèrent. Il y a quelque chose de plus grand dans la maison de Bourgogne, mais quelque chose déplus attachant dans celle d'Orléans. Ou se range malgré soi de s<>n parti; on lui pardonne la faiblesse de ses mœurs, en faveur de son goût pour les arts et de son héroïsme : par sa branche illégiiime, on passe deDunoisaux Longueville -y par sa branche légitime, on arrive de Valeniine de iMilan à LouisXlI et à François I".
Le premier crime vient de la maison de Bourgogne : Jean sans Peur, quf avait succédé à son père Philippe le Hardi, fait assassiner le duc d Orléans le 23 novembre 1407. Il semble d'abord nier son crime, et s'en vante ensjiile hautement, dernière ressource des hommes qui peuvent être convaincus, niais qoi sont trop puissants pour être punis. Leduc de Bourgogne devient pooulaire à Paris. La reine fuit, emmenant à Tours le roi malade. Valeniine de iVlilan succombe à sa douleur, sans avoir pu obtenir justice.
a Sa vie n'avait pas été heureuse, dit M. de Barante ; sa beauté, sa grâce, le a charme de son esprit et de sa personne n'avaient réussi qu'à exciter la jalou- « sie de la reine et de la duchesse de Bourgogne. Les lendres soins quelle avait « pris du roi avaient accrédité encoie plus la répiilaiion de magie et de sorti- « légc qu'elle avait parmi le vulgaire. Elle avait aimé son mari, et il lui a^ait « sans cesse et publiquement préféré d autres femmes. Un horrible assassinat « le lui avait enlevé, et toute justice lui était refusée ; son bon droit et sa dou- « leur étaient repoussés parla violence. Sauf la première indignalion que le « crime avait produite, elle ne trouvait partout que des cœurs intéressés, des « sentiments froids, ou une opinion malveillante. Dans les derniers lemps de « sa vie, elle avait pris pour devise : Rien ne m'est plus, plus ne m'est rien, « C'était grande pitié que d'entendre au moment de sa mort ses plaintes et son « désespoir. Elle mourut entourée de ses trois lils et de sa fille. Elle vil aussi a venir près d'elle Jean, fils bâtard de son mari et de la dame de Cauny. Elle « aimait cet enfant à l'égal des siens et le faisait élever avec le plus grand soin;
}^0 MÉLANGES MTTÉRAIRES.
« Parfois, le voy^ant plein crame ft d'ardeur, elle disait qu'il lui avait été dérobé, « et qu'aucun de ses enfants à elle n'était si bien taillé à venger la mort de son « père. Cet enfant fut le comie de Dunois. »
Ce portrait est plein d'intéréi et de charme : le talent de l'auteur se montre surtout dans les détiils où la sévérité de l'histoire permet un moment d'abaisser le ton et d'adoucir les couleurs. Les sortilèges de Valenlinede Milan étaient ses grâces : cette étrangère, cette Italienne, apportant dans notre rude climat, dans la France à demi barbare, des mœurs civilisées et le goût des ans, dut paraître une magicienne ; on l'aurait brûlée pour sa beauté, comme on brûla Jeanne d'Arc pour sa gloire.
Le traité de Chartres donna tout pouvoir nu duc de Bourgogne ; on tranchala tête au sire de Monlaigu, administrateur des finances, ce qui ne remédia à rien ; on convoqua une assemblée pour réformer l'Etat, et l'Etal n'en alla que plus mal. Les princes mécontents prirent les armes contre le duc de Bourgogne. Le duc d'Orléans, lils du duc assassiné, avait épousé en secondes noces Bonne d'Armagnac, fille du comte Bernard d'Armagnac, d'où le parti du duc d'Orléans, conduit par le comte Bernard, prit le nom d'Armagnac. On traite inutilement à Bicêtre; on se prépare de nouveau à la guerre. Les Armagnacs assiègent Paris ; le duc de Bourgogne arrive avec une armée et en fait lever le siège. A travers tous ces maux, l'ancienne guerre des Anglais continue, et un roi en démence ne reprend par intervalles sa raison que pour pleurer sur les malheurs de ses peuples.
Une sédition édaie dans Paris : les palais du roi et du dauphin sont forcés ; la faction des bouchers prend le chaperon blanc ; le duc de Bourgogne perd son pouvoir et se r> tire. On négocie à Arras.
Le roi d'Angleterre descend en France. La bataille d'Azincourt perdue renouvelle tous les malheurs de c elles de Crécy et de Poitiers. Paris est livré aux Bourguignons après avoir été gouverné par les Armagnacs ; les prisons sont forcées et les prisonniers mas^ .ciés. Les Anglais s'emparent de Rouen, et Henri V prend le titre de roi de France.
Un traité de paix est conclu à Ponccau entre le duc de Bourgogne et le dauphin (1419). Vaine espérance î les inimitiés étaient trop vives : Jean sans Peur est assassiné sur le pont de Monlerean.
Le nouveau duc de Bourgogne, Philippe le Bon, s'allie avec les Anglais pour venger son père. Henri V épouse Catherine de France, et Charles VI le reconnaît pour son héritier, au préjudice du dauphin. Deux ans après la signature du traiié de Troyes, Charles VI mourut à Paris j il avait été précédé dans la tombe par Henri V. Ecoutons l'historien :
« Déjîi depuis longtemps Charles VI n'avnit plus ni raison ni mémoire ; « cependiini il éiaii loujoiirs demeuré chéri et respecté du pauvre peuple; « jamais on ne lui avait imputé aumn des malheurs qui avaient désolé le « royaume pendant les quarante-trois années de son règne. On se souvenait « que, dans sa jeunesse, il avait su plaire à tous par sa douceur, sa courtoisie, « ses manières aimables; que de grandes espérances de boidieur avaient été « nn'ses en lui, et (ju il avait été surnommé le Bien-Aimé.
<c On s'était toujours dit que les maux publics, les discordes des princes, les « rapines des grands seigneurs, le déf.mt de bon ordre et de discipline, prove- <c naient de l'état de maladie où était loiiibé ce malheureux pr ince. La bonté qu'il « laissait voir dans les intervalles de santé avait augmenté cette idée, et avait a f.iitde ce roi insensé un objet de vénération, de regret et de pitié ; le peuple Cl semblait l'aimer de la haine qu il avait eue pour t(ms ceux qui avaient gou- « verné en son nom. Qnelyues semaines encore avant sa mort, (juand i\ était « rentré à Paris, les habitants, au milieu de leurs sonlfrances et sons le dur « gouvernement des Anj;lais, avaient vu avec allégresse leur pauvre roi revctt nir paimi eux, et l'avaient accueilli de mille cris de Pfo'éll C'était un sujel de « douleur et d'amertume que de le voir ainsi mourir seul, sans qu'aucun prince « de France, sans qu'aucun seigneur du royaume lui rendit les derniers soins. n En aiicudant le retour du régèul anglais;, qui suivait alors le convoi du roi
a Henri, le roi de France fut laissé à l'iiôtel Saint-Paul, où chacun put, durant « trois jours, le venir voir à visage découvert, et prier pour lui. »
Quoi de plus touchant et déplus philosophique à la fois que ce récit ! Le duc de Bedfori revenant des funérailles de Henri V, roi d'Angleterre, pour ordonner celles de Charles VI, roi de France; celle course entre deux cercueils, du cercueil du plus glorieux comme du plus heureux des monarques, au cercueil du plus obscur comme du plus infortuné des souverains : voilà ce que Thistorien vous met sous les yeux sans réflexions, sans un vain étalage de moralités. Grande et sérieuse manière d'écrire l'histoire! La leçon est dans le tableau, et le tableau est digne de la leçon.
On saii que l'infortuné monarque, lorsqu'il reprenait sa raison, ne cessait de gémir sur les maux de la France; et lorsqu'il éprouvait une rechute, poursuivi par l'idée que sa folie le rendait une sorte de fléau pour ses sujets, il soutenait qu'il n'était pas roi, et cflaçait avec fureur son nom et ses armes partout où il les rencontrait. ^
Le dauphin se trouvait à Melun sur Yèvres, en Berry, lorsqu'il apprit la mort de son père. «La bannière de France fut levée, dit encore excellemment « M. de Baranle; et ce fut dans une pauvre chapelle, dans une bourgade pres- « que inconnue, que pour la première fois Charles Vil fut salué du cri de vive
a le roi! Les Anglais, par dérision, le nommèrent ie roi de ^owr^w;
« maison pouvait voir dès lors combien il serait difficile de vaincre son bon droit « et d'établir d'une façon durable le pouvoir des anciens ennemis du royaume. »
Richemont, Dunois, Xainlrailles, la Hire, soutiennent d'abord Thoimeur français sans pouvoir arracher la France aux étrangers; mais Jeanne d'Arc paraît, et la patrie est sauvée.
Quelque chose de miraculeux, dans le malheur comme dans la prospérité, se mêle à ! histoire de ces temps: une vision extraordinaire avait ôlé la raison à Charles VI ; des révélations mystérieuses arment le bras de la Pucelle : le royaume de France est enlevé à la race de saint Louis par une cause surnaturelle : il lui est rendu par un prodige.
Il faut lire, dans l'ouvrage de iVÎ. de Barante, le morceau entier sur la Pucelle d'Orléans, lia su conserver dans le caractère de Jeanne d'Arc la naïveté de la paysanne, la faiblesse de la femme, l'inspiration de la sainte, et le courage de l'héroïne. On voit la bcrgèie de Doinremy planter une échelle contre les retranchements des Anglais devant Orléans, entrer la première dans la bastille attaquée : on la voit blessée, précipitée dans le fossé, pleurer et s'effrayer, mais revenir bientôt à la charge, emporter d'assaut les tourelles, en criant au capitaine anglais qui les défendait : « Rends-loi au Roi des cieux ! »
Confiante dans ce succès sans en être enorgueillie, elle déclare qu'elle va conduire le roi à Reims pour le faire sacrer, a Je ne durerai qu'un an, ou guère « plus, répétait-elle: il me faut doue bien l'employer.)) Elle annonçait qu'après le sacre la puissance des ennemis irait toujours décroissant. On obéit à la voix de celle femme extraordinaire. Jargeau est escaladé; le fameux Talbotest vaincu et fait prisonnier à Patay. Cependant, manquant de vivres et découragée par son petit nombre, l'armée du roi, arrêtée devant Troyes, veut retourner sur la Loire. La Pucelle prédit que Troyes va se soumettre, et Troves ouvre en effet ses portes. Chàlous se nnd. Charles Vil entre à Reims le 15 juillet 1429: il est sacré à ces foniaiues bapiismales de Clovis où, après d'aussi grandes infortunes, Dieu ramène aujourd'hui Charles X.
«Pendant la cérémonie, Jeanne la Pucelle se tint près de l'autel, portant « son étendard; et* lorsque après le sacre elle se jeta à genoux devant le roi, « qu'elle lui baisa les pieds en pK urant, personne ne pouvait retenir ses lar- « mes en érontant les paroles qu'elle disait: Gentil roi, ores est exécuté le « plaisir de Dieu, qui vouloil que vous vinssiez à Reims recevoir vostre digne « sacre, fiour monstrer que vous estes vrai roi, et celui auquel doit appartenir « le royaume. » "••
Cependant Jeanne annonçait que son pouvoir allait expirer. «Savez-vous « quand vous mourrez, et en quel lieu ? )) lui disait le bâtard d'Orléans.
«Je ne sais, répliqua-t-elle j c'est à la volonté de Dieu : j'ai accompli ce
tt que M essire m'a commandé, qui estoit de lever le siège d'Orléans, et de faire <{ sacrer le genlil roi. Je voudrois bien qu'il voulusl me faire remener auprès « de mes père et mère, qui auroient tant de joie à me revoir. Je gardcrois H leurs brebis et bétail, elferois ce que j'avois coutume de faire. »
Le roi, entré dans Tlle de France, vient attaquer Paris. Jeanne avait passé le premier fossé; elle sondait le second avec une lance, lorscju'elle fut atteinte à la jambe «l'un coup de flèche. L'armée reçoit Tordre de faire retraite. «Jeanne, « qui voulait quitter le service, suspendit son armure blanche au tombeau de « saint Denys. avec une épée qu'elle avait conquise sur les Anglais dans l'as- « saut de Paris.» Elle se battit pourtant encore quelque temps : son avis était qiTon ne pouvait trouver la paix qu'à la pointe de la lance. «La terreur a que répandait son nom devint telle, dit Thisiorien , que les archers et les « gens d'armes qu'on enrôlait en Angleterre prenaitnt la fuite, et se cachaient « plutôt que de venir en France combattre contre la Pucelle. » Jeanne allait retourner à Dieu, dont elle éiaii venue.
Dans une sortie vigoureuse qu'elle fit de Compiègne sur les Bourguignons qui assiégeaient celte ville , elle tomba aux mains de ses cruels ennemis. Le jour même où elle fut prise, elle avait dit : «Je suis trahie, et bientôt je serai « livrée à la mort. Je ne f)0urrai plus servir mon roi, ni le noble royaume de « France.» Les Anglais, en apprenant la prise de Jeanne, poussèrent des cris de joie; ils crurent que toute la France était à eux. Leduc de Bedfori fil chanter un Te Deum.
Sur la demande d'un inquisiteur et de l'évêque de Beauvais, la Pucelle fut livrée aux Anglais par les Bourguignons, ou plutôt ventlue pour la somme de dix mille francs. On fil faire une cage de fer oii on l'enferma, après lui avoir mis les fers aux pieds : elle fut déposée, ainsi traitée pour la France, dans la grosse tour de Rouen. « Les archet s anglais qui gardaient celle pauvre fille a l'insultaient grossièrement, et parfois essayèrent de lui faire violence. » Elle fut exposée aux outrages même des seigneurs anglais.
Son procès commença. Environnée de pièges, enlacée dans des mensonges par lesquels on voulait surprendre sa foi, Jeanne fut trahie même par le premier confesseur qu'on lui envoya. L'évêque de Beauvais et un chanoine de Beauvais conduisaient toute la procédure. «Jeanne commença par subir six. « interrogatoires de suite devant ce nombreux conseil. Elle y parut peut-être « plus courageuse que lorsqu'elle combattait les ennemis du royaume. Celte a pauvre fille, si simple que tout au plus savait-elle son Pater et son Ave, ne « se troubla pas un seul instant. Les violences ne lui causaient ni frayeur ni « colère. On n'avait voulu lui donner ni avotat ni conseil; mais sa bonne foi « et son bon sens déjouaient toutes les ruses qu'on employait pour la faire ré- « pondre d'une manière qui aurait donné lieu à la soupçonner d'hérésie ou de « magie. Elle faisait souventde si belles réponses, que les docteurs en demeu- « raient tout stupéfaits. »
Une fois on l'interrogeait touchant son étendard :
« Je le porKùs au lieu de lance, dit-elle, pour éviter de tuer quelqu'un : je a n'ai jamais tué personne. »
On voulut savoir quelle verlu elle attribuait à cette bannière.
« Je disois : Entrez hardiment parmi les Anglois, et j'y entroismoi-mesme.»
On lui demanda pourquoi au sacre de Reims elle avait tenu son étendard près de l'autel; elle répondit :
« Il avoii esté h la peine, c'estoit bien raison qu'il fust à l'honneur. » ^ On voulut avoir d'elle avant son supplice une sorte d'aveu public de la justice de sa condanmaiion. Un prédicateur ayant parlé contre le roi de France, Jeanne rinterrompit en lui disant : « Parlez de moi, mais non pas du roi : j'ose « bien dire et jurer, sous peine de la vie, que c'est le plus noble d'entre les « chresiiens. »
Elle allait échapper à ses bourreaux en réclamant la juridiction ecclésiastique; elle avail repris les vêtements de son sexe et promis de les garder: pour lui faire violer celle promesse, on lui enleva ses vêtements pendant son sommeil, et on ne lui laissa qu'un Labit d'homme. Obligée par pudeur de s'en
revêtir, elle fut jugée relapse, comme telle abandonnée au bras séculier, et condamnée à être brûlée vive.
La sentence fut exécutée. Son spcond confesseur, qui rachetait par ses vertus rinfàme trahison du premier, a frère Martin l'Advenu était monté sur « le bûcher avec elle : il y était encore, que le bourreau allume le feu. « Jé- « sus ! » s'écria Jeaune, et elle fit descendre le bon prêtre, a Tenez-vous en «bas, dit-elle; levez la croix devant moi, et dites-moi de pieuses paroles «jusqu'à la fin... «Protestant de son innocence et se recommandant au ciel, on l'entendit encore prier à travers la flamme. Le dernier mot qu'on put distinguer fut Jésus.
Tel fut le premier trophée élevé par les armes anglaises au joune Henri VI, qui se trouvait alors à Rouen ! telle fut la femme qui sauva la France, et l'héroïne qu'un grand poète a outragée. Ce crime du génie n'a pas même l'excuse du crime de la puissance : l'Angleterre avait été vaincue par le bras d'une villageoise; ce bras lui avait ravi sa proie; le siècle était grossier et superstitieux; et enfin ce furent des étrangers qui immolèrent Jeanne d'Arc. Mais au dix-huitième siècle ! mais un Français! mais Voltaire !... Honneur à Thistorien qui venge aujourd hui d'une manière si pathétique tant de vertus et de malheurs !
Disons-le aussi à la louange des temps où nous vivons, une telle débauche du talent ne serait plus possible. Avant l'ét;iblissement de nos nouvelles institutions, nous n'avions que des mœurs privées, aujourd'hui nous avons des mœurs publiques, et, partout où celles-ci existent, les grandes insultes à la patrie ne peuvent avoir lieu ; la liberté est la sauvegarde de ces renommées nationales qui appartiennent à tous les citoyens.
Henri VI quitta Rouen, et vint à Paris; il fut couronné dans cette cathédrale où devait être consacrée une autre usurpation : il n'y resta qu'un mois. Le traité d'Arras réconcilia le roi de France et le duc de Bourgogne. Paris ouvrit ses portes au maréchal de l'Ile-Adam (1436), et le roi, un an après, y fit son entrée solennelle. « Le sire Jean Daulon, qui avait été écuyer de la Pu- « celle, tenait le cheval du roi par la bride : Xainirailles portait devant lui le « casque royal, orné d'une couronne de fleurs de lis ; et le bâtard d'Orléans, « le fameux Dunois, couvert d'une armure éclatante d'or et d'argent, menait «l'armée du roi. »
Nous avons été bien malheureux ; nos pères l'ont-ils été moins? Après le règne de Charles VI et de Charles Vil, M. de Barante nous présentera le tableau de la tyrannie de Louis XI. Les guerres de l'Italie et la captivité de François 1" ne sont pas loin, et les fureurs de la Ligue les suivent. La France ne respire enfin qu'après les désordres de la Fronde; car si les guerres de Louis XIV l'épuisèreni, elles ne troublèrent pas sou repos. Cette paix continua sous Louis XIV, et il faut remarquer que c'est en avançant vers la civilisation que les peuples voient augmenter la somme de leurs prospérités. L'imnicnse orage de la révolution a éclaté après un siècle et demi de tranquillité intérieure. 11 a changé les lois et les mœurs ; mais il n'a pas arrêté la civilisation. Une autre histoire va naître : quels en seront les personnages? Souhaitonsleur un historien qui, comme M. de Barante, parle des rois sans hunjcur, des peuples sans flatterie, et qui ne méprise ni n'estime assez les hommes pour altérer la vérité. *