LOUIS IX
Chaque époque historique a un homme qui la représente : saint Louis est l'homme modèle du moyen îîge^ c'est un législateur, un héros et un saint. Le temps où il a vécu rehausse encore sa gloire par
08 ANALYSE ÎIAISONNÉE
le contraste de îa naïveté et de la simplicité de ce temps. Soit que Louis combatte sur le pont de Taillcbourg ou à la Massoure ^ soit que, dans une bibliothèque, il rende compte de la matière d'un livre à ceux qui le viennent demander^ soit qu'il donne des audiences publiques ou juge des différends aux Plaids de la Porte, ou sous le chêne de Vincennes , sans huissiers ou gardes ; soit qu'il résiste aux entreprises des papes-, soit que des princes étrangers le choisissent pour arbitre ; soit qu'il meure sur les ruines de Carthage , on ne sait lequel le plus admirer du chevalier, du clerc , du patriarche , du roi et de l'homme. Marc-Aurèle a montré la puissance unie à la philosophie -, Louis IX, la puissance unie à la sainteté : l'avantage reste au chrétien.
Les amours et les chansons de Thibaut, comte de Champagne, ont répandu quelque chose de romanesque sur le temps orageux de la tutelle de saint Louis.
Saint Louis résista aux usurpations de la cour de Rome, et réclama en faveur des libertés de l'Église gallicane ; toutes les libertés sont sœurs.
Les Établissements de saint Louis sont une espèce de code où les diverses coutumes de la monarchie , les ordonnances des rois , les canons des conciles, les décisions des Décrétales, se trouvent mêlés au droit romain.
Louis avait devancé son siècle : ses Établissements ne furent point admis ^ s'il les eut publiés au commencement de son règne , peut-être leur aurait-il pu donner quelque chose de l'autorité de sa vie -, mais les Établissements furent le dernier présent et comme les derniers adieux qu'un saint faisait à la terre. L'ignorance, les intérêts, les passions, qui ne purent rien contre la mémoire de ce grand homme, furent tout-puissants contre ses lois.
Il s'embarqua le ler juillet 1270 à Aigues-Mortes, ville à laquelle il donna une charte que nous avons encore. Le temps, qui change tout , a reculé la mer qui baignait la ville d'où saint Louis quitta pour jamais la France. Les remparls qu'il avait élevés, et qui devraient être sacrés, sont au moment d'être détruits par des générations nou- Telles qui se retireront à leur tour comme les flots.
J'ai vu le lieu de la mort de saint Louis : les historiens futurs trouveront peut-être dans le récit que j'ai fait de cette mort ' quelques détails que mes devanciers ont ignorés , et dont je n'ai dû la connaissance qu'aux vicissitudes de ma vie : Vita est in fuga,
' Itinéraire de Paris à Jérusalem.
Des pièces de monnaie qui nous restent de saint Louis sont percées-, on croyait qu'elles guérissaient de tous maux, et on les portait suspendues au cou comme des reliques : ce roi passait pour avoir conservé la puissance de soulager ses peuples, même après sa mort.