‹ Œuvres complètes de ChateaubriandChapitre 80 sur 239 · DU ROI DE NAVARRE · texte numérisé non relu

DU ROI DE NAVARRE

Le troisième fléau de sa patrie, Charles le Mauvais , monte sur la scène après Robert d'Artois, déjà disparu, et Geoffroy d'Harcourt, qui va disparaître. Il était, comme on l'a déjà dit, fils de Jeanne, fille de Louis le Hulin, reine de Navarre, et de Philippe, comte d'Évreux, prince du sang: par l'héritage maternel , il possédait un État important vers les Pyrénées 5 par l'héritage paternel , des terres, des villes, des châteaux en Normandie. Sa puissance s'accrut encore : il devint gendre du roi, qui lui donna pour accordée, en attendant mariage, sa iille Jeanne, âgée de huit ans. Plus Charles s'approchait du trône, plus il semblait l'envier et le haïr. Si la loi salique avait été rejetée, le roi de Navarre eût eu à ce trône des prétentions mieux fondées que celles d'Edouard , puisqu'il était fils d'une fiUe de Louis le Hutin , et qu'Edouard ne descendait que d'une fille de Philippe le Bel. C'est ce qui fit qu'Edouard ne secourut Charles qu'autant qu'il le fallut pour désoler la France , pas assez pour le faire triompher.

Charles le Mauvais mérita son nom : esprit inquiet, àme noire, impuissant dans les forfaits comme dans les débauches, ses qualités étaient avortées comme ses vices. L'histoire parle de sa beauté, de sa libéralité, de son éloquence, de sa bravoure, et cela ne le conduisit à rien : les monstres adorés au bord du Nil portaient aussi une parure.

Son caractère est tout h part au milieu des caractères de son siècle : Charles était moins un chevalier qu'un de ces petits tyrans^ alors oppresseurs des républiques d'Italie. Il naquit, comme Marcel, pour ces troubles civils qui allaient annoncer l'apparition de la

nation dans ses propres affaires, et une révolution dans les mœurs. La charge de connétable de France avait été donnée, après l'exécution du comte d'Eu, à Charles d'Espagne, frère de Louis d'Espagne. Ce jeune étranger, connu sous le nom de la Cerda, est le premier de cette race de favoris qui s'attacha aux Valois, comme une branche bâtarde de leur famille. On accusa la Cerda d'avoir poussé Jean à un acte de rigueur, afin de s'emparer des dépouilles de la victime. Que celte accusation fût fondée ou non, Charles d'Espagne devint odieux aussitôt qu'il eut pris i'épée de connétable. On pardonne quelquefois à celui qui verse le sang, jamais à celui qui en reçoit le prix.

SOMMAIRE

Cliarlos le Mauvais, jaloux de la Cerda. le fiit assassiner. — Il passe de l'a^^sassinat à la trahison, se lie avec l'Angli'terrc, el eiilra'ne dans ses projets le comte d'IIarcourt et Louis son fèro. — Traité honteux pour If roi J an, conc u a Mantes, et pardon solennel accordé au roi de Navarre. — C» liii-ci sebnmille de nouveau.

— Autre trailé co' du à Valogne pres(jue aussi honteux que c lui de Manies. — La trêve avec l'Angleterre expire. — Edouard abordi; à Calais, et entre pour la première f o s ' n France par la porte doni il tenait les cl fs. — Il retourne en Anghtrre, rappelé par une. invasion des Écossais. — Charles le Manvais séduit Ch:iiles le Dauphin, âgé de dix-sept ans, et qui deviLMit Charles le Sage. — U Tei g;ig(! a fuir de la coursons prétexte que le roi Jean lui préférait ses autres fils.

— L'- Dauphin, saisi de remords, révèle le secret a son père. — J'-an, bien qu'il eût accordé de nouvelles lettres de grâce au roi de Navarre, se détermine a se vengCi de lui. — Convocation des Étals.

FRAGMENTS

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