‹ Œuvres complètes de ChateaubriandChapitre 79 sur 239 · JEAN II · texte numérisé non relu

JEAN II

Depuis son avènement à la couronne jusqu'à la bataille de Poitiers.

Philippe VI, dit de Valois, laissa le sceptre à son fils Jean, second ûu nom ; car on compte un llls de Louis X , Jean 1^% qui ne vécut que cinq jours. Louis XVII, enfant, a pareillement été placé au nombre de nos monarques. La loi salique était en ce point d'accord avec le caractère national : en France, Tinnocence et le malheur n'excluent pas de la couronne.

Jean avait reçu une éducation aussi bonne que celle de son père avait été négligée -, il aima et prolégca les lettres autant que Philippe les méprisait: c'est à ses ordres que nous devons les premières traductions de Tite-Livc, de Salluste, de Lucain , et des Comment aires de César. Il chercha et récompensa le mérite ^ il sentait par le cœur €6 qu'il ne voyait pas par l'esprit. Il eut à la fois ces défauts et ces qualités propres à perdre les empires : l'impétuosité de caractère et l'irrésolution d'esprit-, le courage, qui ne consulte que l'honneur, et la magnanimité , qui sacrifie tout à raccomplissement de sa parole. Dans un temps où la justice était en France la liberté , il protégea la justice. En amitié, il n'y eut point d'homme plus fidèle ^ mais on pardonne rarement aux rois d'avoir des amis ou de n'en avoir pas.

A Reims , le 26 septembre 1 350, Jean se para de la couronne qui devait orner son cercueil à Londres. Le jour de son sacre il arma chevaliers des princes et des gentilshommes qui ne devaient plus remettre dans le fourreau l'épée qu'ils prirent de sa main. La pompe fut superbe, la dépense prodigieuse- chaque nouveau chevalier reçut, selon l'usage, aux frais du roi, les habus de la cérémonie : fourrures précieuses, double tenture d'or et de soie. Paris s'émut à l'aspect de son monarque. Les rues furent tapissées -, les artisans divisés en corps de métiers , les uns à pied , les autres à cheval , étaient vêtus d'une manière uniforme , mais différente pour chaque confrérie. Les fcte^' durèrent huit jours : une exécution sanglante met fin à ces joiei funestes.

Jean fait décapiter le comte d'Eu, connétable de France, nouvellement revenu, sur parole, de sa prison d'Angleterre. Il fut dit, mais

HISTOIUE DE FRANCE. ^ ^9

sans preuves, que le connétable trahissait sa patrie, à l'exemple de tant de Français.

SOMMAIRE

La trêve conclue av»^G TAngletPrre sons le règne précMcnt est confiri (^(» par les soins dii papf; elle est prorogée a diverses reprises pendant trois années. — Néanmoins les hostilités ne cessent jamais tout à fait dans la Guienne et dans la Bretagne. — Combat des trente. — Création de l'oidre de l'E oile. — Surprise du château de duines par Edouard, qui disait que les trêves étaient marchandes. —

. Kecheiches inutiles, par la chambre des comptes, des malversations Onancières. —Jean pris pour jnge dans une querelle d'honneur entre le duc de Bnmswick et le duc de Lancasier. — Mort du pape Clément VI. — Premier crime du roi de Navarre

FRAGMENTS

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