CHARLES IX
Les états d'Orléans de 1 560 se voulurent séparer à la mort du roi, disant que leurs pouvoirs étaient expirés -, ils furent retenus d'après le principe que le mort saisit le vif, et que l'autorité royale ne meurt point. Ils rendirent Fordonnancc sur les matières ecclésiastiques , le règlement de la justice, elles substitutions réduites à deux degrés. Les ordonnances ou décrets des états liaient si peu l'autorité royale , que Charles IX révoqua par sa déclaration de Chartres (1562) l'article l^r de l'ordonnance d'Orléans qui rétablissait la pragmatique.
Catherine de Médicis, sans être régente du royaume sous la minorité de Charles IX, jouit d'une autorité qui se prolongea pendant tout le règne de ce prince et celui de Henri III. On a tant de fois peint le caractère de cette femme, qu'il ne présente plus qu'un lieu commun usé; une seule remarque reste à faire : Catherine était Italienne, fille d'une famille marchande élevée à la principauté dans une république; elle était accoutumée aux orages populaires, aux factions, aux intrigues, aux empoisonnements, aux coups de poignard; elle n'avait et ne pouvait avoir aucun des préjugés de l'aristocratie et de la monarchie française , cette morgue des grands, ce mépris des petits , ces prétentions de droit divin , cet amour du pouvoir absolu en tant qu'il était le monopole d'une race ; elle ne connaissait pas nos lois et s'en souciait fort peu : elle voulait faire passer la couronne à sa fille. Elle était incrédule et superstitieuse , ainsi que les Italiens de son temps; elle n'avait en sa qualité d'incrédule aucune aversion contre les protestants ; elle les fit massacrer par politique. Enfin, si on la suit dans toutes ses démarches, on s'aperçoit qu'elle ne vtt jamais dans le vaste royaume dont elle était souveraine qu'une Florence agrandie, que les émeutes de sa petite république, que les soulèvements d'un quartier de sa ville natale contre un autre quartier, la
querelle des Pazzi et des Médicis dans la lutte des Guise et des Chàtillon.
. Triumvirat du duc de Guise, du connétable de Montmorency et du maréchal de Saint-André. Le roi de Navarre fortifie ce triumvirat. Colloque de Poissy, où le cardinal de Lorraine plaida pour les catholiques, et Théodose de Bèze pour les huguenots. Le prince de Condé est absous, par arrêt du parlement, de la conjuration d'Araboise, au fond de laquelle il était pourtant. Marie Stuart retourne en Ecosse. Elle eut un secret pressentiment de ses adversités.
« Icelle n'estant quasi, par manière de dire, que née, et estant aux « mamelles tettant , les Anglois vindrent assaillir l'Escosse, et fallut a que sa mère l'allast cacher par crainte de cette furie de terre en
« terre d'Escosse Et ce nonobstant la fallut mettre sur
« les vaisseaux et l'exposer aux vagues, orages et vents de la mer ; « alla passer en France pour sa plus grande seureté. ... La maie « fortune la laissa, et la bonne la prit par la main. » (Brantôme.)
Cenefutpaspourlongtemps. Veuve de François 11, il lui fallut retourner dans une contrée demi-sauvage, le cœur plein de l'image du jeune époux qu'elle avait perda-, elle portait le deuil en blanc, chantait les élégies qu'elle composait elle-même, en s'accompagnant du luth;
Si je suis en repos Sommeillant sur ma couche, J'oy qu'il me lient propos, Je le sens qui me louche :
En labeur, en recoy, Tousjours est près de moy.
Elle s'embarqua à Calais dans les premiers jours de seiptembre 1561, au commencement du printemps; elle vit périr un vaisseau en sortant du port. Appuyée sur la poupe de sa galère, et les yeux attachés au rivage, elle fondit en larmes quand la terre s'éloigna-, elle demeura cinq heures entières dans cette allitude , répétant sans cesse : Adieu, France! adieu, France! Lorsque la nuit fut venue : « Adieu donc, ma chère France, que je perds de vue, rcdisait- « elle,y^ ne vous verrai jamais plus. » Elle rctusa de descendre dans la chambre de la galère; on étendit un tapis sur le château de poupe; elle s'y coucha sans prendre aucune nourriture. Elle commanda au timonier de l'éveiller au point du jour , si l'on apercevait encore les côtes de France. En effet, la terre restait visible au lever de l'aurore , et Marie Stuart la salua de ces derniers mots : Adieu la France! cela est
fait; adieu la France! je pense ne vous voir jamais plus. (Brantôme.) Une autre exilée, plus malheureuse encore , a pu prononcer les mêmes paroles en allant demander un abri solitaire au palais de Marie Stuart.
Premier édit en faveur des huguenots -, le parlement refuse d'abord de l'enregistrer. Première guerre civile à la suite du massacre de Vassy. Le prince de Condé, déclaré chef des protestants, s'empare de la ville d'Orléans. Rouen tombe au pouvoir des huguenots : Antoine , roi de Navarre , père de Henri IV, blessé devant cette place le 16 octobre 1562 , meurt, par intempérance, des suites de cette blessure j il avait été protestant et s'était fait catholique. Jeanne d'AIbret , sa femme , de catholique qu'elle avait été , s'était changée en huguenote très-forte, dit Brantôme.
Bataille de Dreux que perdent les huguenots. Les deux généraux des deux armées furent faits prisonniers, le prince de Condé, chef de l'armée protestante, et le connélable de Montmorency, chef de l'armée catholique. Le maréchal de Saint-André fut tué. Le duc de Guise décida la victoire, et le soir partagea son lit avec le prince de Condé, son prisonnier : le prince de Condé ne put dormir ; le duc de Guise ne fit qu'un somme (1 562).
Le duc de Guise est assassiné devant Orléans par Poltrot. Il est probable que l'amiral de Coligny connut les projets du meurtrier. Les dernières paroles de Guise à Poltrot, bien que connues de tous, ne doivent jamais être omises ; il les faut redire en vers pour rapoe- 1er à la fois la mémoire de deux grands hommes :
Des Dieux que nous servons connais la différence : Le tien l'a conimandé le meurtre et la vengeance; Le mien, lorsque ion bras vient de m'assassiner, M'ordonne de te plaindre et de te pardonner.
François de Guise fut supérieur à son fils Henri , quoique non appelé à jouer un aussi grand rôle. Il faut remonter jusqu'aux Romains pour retrouver cette hérédité de gloire et de génie dans une même famille. C'est ici le point le plus élevé de la seconde aristocratie ^ elle jeta en expirant autant d'éclat que la première j elle était moins morale, mais plus civilisée et plus intelligente.
Le 1 9 mars 1 563, première paix entre les catholiques et les liuguenots. Ccux-ri donnent les premiers l'exemple d'appeler les étrangers à leur secours -, ils livrent aux Anglais le Havre de Grâce , qui est
repris par Charles IX. Clôture du concile de Trente : ses décrets de police et de réformation ne furent point reçus dans le royaume.
En 1 564 ., l'ordonnance du château de Roussillon , en Dauphiné , fixa le commencement de l'année au l^^" janvier. L'année s'ouvrait auparavant le samedi saint, après vêpres, ce qui, par la mobilité de ce jour , produisait des aberrations chronologiques. La société moderne étant née du christianisme, l'année en avait pris l'ère ^ elle renaissait avec le Christ.
L'histoire des monuments et des arts veut que Ton parle des premiers travaux de 1 564 pour la construction du palais des Tuileries ^ élégante architecture que gâtent les ouvrages lourds dont elle a été élargie et écrasée.
C'est en 1 565 qu'eut lieu à Rayonne Tentrevue du roi et de Catherine de Médicis avec Isabelle de France, femme de Philippe II, et le duc d'Albe. On a dit que le massacre des chefs huguenots fut confirmé dans celte entrevue , après avoir été conçu au concile de Trente en 1563 , par le cardinal Charles de Lorraine. La reine , en levant des troupes après le voyage de Rayonne , alarma les protestants régnicoles et étrangers , fit naître la deuxième guerre civile en France, et commencer les troubles des Pays-Ras.
On remarque à peine dans ces temps l'abandon du siège de Malte par les Turcs ^ de même que, sous Louis XIV, on ne fait guère attention au siège de Candie que par la mort du héros de la Fronde. Pourtant les infidèles étaient plus formidables que jamais , mais l'esprit des croisades n'existait plus. D'Aubusson , l'Isle-Adam et la Valette , représentants de la chevalerie, étaient comme ces rois sans Étals, non sans gloire, qui survivent à leur puissance.
Une première ordonnance de Moulins réunit et assimile les domaines possédés par le roi aux domaines de la couronne. Autre ordonnance de Moulins , pour la réformalion de la justice : clic fait encore aujourd'hui le fond du droit commun dans le nouveau Code (1566).
L'association des gueux, pour s'opposer à l'établissement de l'inquisition, soulève les Pays-Ras. Le prince d'Orange fuit^ l'année d'après , le duc d'Albe fait trancher la tète au comte de Ilorn et au comte d'Aiguemont.
La bataille de Saint-Denis signala la seconde guerre civile. Le connélable Anne de Montmorency commandait l'armée royale -, l'armée protestante marchait sous la conduite du prince de Condéet de Famiral de Coligny. Le connétable reçut huit blessures , et cassa du
porameau de son épée les dents de Jacques Stuart, qui lui tira le dernier coup de pistolet. 11 avait vécu sous quatre rois , et était âgé de soixante-quatorze ans. C'est ce connétable, homme borné, grossierct rigide , qui fait en partie la gloire nationale des Montmorency. Cette maison était un débris de la première aristocratie , resté au milieu de la seconde (1567)..
Voici une anecdote qui peint l'homme et les temps : le connétable, grand rabroueur de personnes, était à Bordeaux-, Strozzi lui demanda la permission de dépecer un vaisseau de trois cents tonneaux, appelé le Mont-Itéal, qu'il disait vieux, pour en chauffer les gardes du roi. Le connétable y consentit : les jurats de la ville et les conseillers de la cour réclamèrent, disant que le vaisseau était bon et pouvait encore servir.
« Et qui estes-vous, messieurs les sots, s'écria le connétable, qui « me voulez controller et me remonstrer? Vous estes d'habiles veaux « d'estres si hardis d'en parler. Si je faisois bien, j'envoyerois tout à « cette heure despecer vos maisons, au lieu du navire. »
Brantôme, dans un transport d'admiration, s'écrie: «Qui furent « estonnez, ce furent ces galands qui tous rougirent de honte. Et le a navire fut défait dans une après-disnée, qu'on ne vit jamais si « grande diligence de soldats et de goujats. »
A qui appartenait le vaisseau? A l'État ou à des particuliers? Voilà les idées qu'on avait alors de la propriété publique ou privée , de l'autorité des lois et des magistrats. On sent, dans les paroles du connétable, le mélange des deux époques, l'insolence aristocratique et le despotisme monarchique.
Seconde paix de 1568 , appelée la petifepaix, suivie immédiatement de la troisième guerre civile. Aventure et mort tragique de don Carlos et d'Elisabeth de France. La reine Elisabeth fait arrêter Marie Stuart , réfugiée en Angleterre. Le chancelier de THospital se retire de la cour.
Bataille de Jarnac , gagnée le 13 mars 1 569, par le duc d'Anjou, depuis Henri III , sur Louis le»-, prince de Condé , tué après le combat par Montesquiou. L'amiral de Coligny et le prince de lléarn (Henri IV), déclaré chef du parti, rassurent les huguenots.
Bataille de Moncontour, du 3 octobre de la môme année, perdue par l'amiral de Coligny.
Troisième paix, conclue à Saint-Germain au mois d"aoiit 1570.
fin 1571, le mariage de Henri de Bourbon, prince deBéarn, est proposé avec Marguerite, sœur de Charles IX et de Henri HI.
Ces batailles de nos guerres civiles religieuses , qui firent tant de bruit, disparaissent aujourd'hui entre les grandes batailles de l'aristocratie sous la féodalité, presque toutes perdues contre les étrangers, et les grandes batailles de la démocratie pendant la révolution, presque toutes gagnées sur les étrangers.
De l'époque des Valois , il ne reste qu'une seule bataille dont le souvenir soit européen-, c'est celui de la bataille de Lépante: là se retrouvèrent en présence les deux religions qui, depuis neuf siècles, n'avaient pu terminer leur querelle. La Grèce esclave vit du moins humilier ses tyrans ^ elle put avoir un pressentiment du dernier combat naval qui lui devait rendre à Navarin la liberté qu'elle avait jadis conquise à Salamine.
L'année 1572, sortie des entrailles du temps toute sanglante, garda et n'essuya point le sang de l'enfantement maternel. Jeanne d'Albret , reine de Navarre , vient à Paris marier son fils Henri avec Marguerite de Yalois. L'amiral de Coligny et les seigneurs protestants s'y rendent pour assister à ces noces et pour conférer de la guerre des Pays-Bas. La reine de Navarre meurt , peut-être empoisonnée : «Reine, n'ayant de femme que le sexe, l'ame entière aux « choses viriles, l'esprit puissant aux affaires, le cœur invincible aux « adversités.» (D'AuBiGNÉ.)
« Le roi Tappeloit sa grand'tante, son tout, sa mieux aimée
o Le soir, en se retirant, il dit à la reine sa mère, en riant : Et puis, « madame, que vous en semble? joué-je pas bien mon rollct?» (L'Es-