TOILE
Henri , roi de Navarre , épouse Marguerite de Valois. « Après que « le roi eut fait la Saint-Barlhelomy, il disoit en riant et en jurant « Dieu à sa manière accoustumée, et avec des paroles que la pudeur « oblige de taire, que sa grosse Margot, en se mariant, avoit prins « tous ses rebelles huguenots à la pipée. » (L'Estoile.)
Maurevert blesse l'amiral d'un coup d'arquebuse-, les huguenots sont massacrés le jour de la Saint-Barthélémy.
Coligny est tué le premier: «Bcsme, Haustefort, Hattain, trouvent « l'admirai sur pied en l'appréhension de la mort-, les admoneste « d'avoir pitié de sa vieillesse -, se sentant leurs espées glacées dans « son corps , il prolonge sa vie , embrasse la fenestre pour n'estre
« pas jeté en bas , où tombé il assouvit les yeux du fils dont il avoit c fait tuer le père. » (Tavannes.)
Le même historien ajoute : « Le roy de Navarre et le prince de c Condé sont menés au roy. Il leur propose la messe ou la mort, « menace le prince de Condé, qui ne se pouvoit feindre. La résoluble tion de tuer seulement les chefs est enfreinte : plusieurs femmes a et enfans tués à la furie populaire , il demeure deux mille massait crés. »
Tavannes avait voulut que le massacre ne tombât que sur les chefs des huguenots, et que l'on gagnast la bataille dans Paris, soutenant « que ceste exécution devoit estre nette de toute reprehension ayant « esté faite par contrainte, enfilée d'un accident à l'autre; que les a enfans, ces princes et mareschaux de France (le roi de Navarre, « le prince de Condé, les maréchaux de Montmorency et de Dam- « ville), et povrcs personnes, et ne dévoient pas pastir pour les cou- « pables les jeunes princes innocens »
Le maréchal de Retz maintenait le contraire-, il disait : « Qu'il fal- « loittout tuer-, que ces jeunes princes, nourris en la religion, cruel- « lement offensés de la mort de leur oncle et de leurs amis, s'en res- « sentiroient -, qu'il ne falloit point offenser à demi -, qu'en ces desseins « extraordinaires il falloit considérer premièrement s'il estoit ncces- « saire, contraint ou juste-, les ayant jugez tels, il ne les falloit rien « laisser qui peust causer la ruine du but de paix où l'on tcndoit-, « que, s'il estoit juste en un chef, il ne l'estoit en tous-, puisque des « parlies joinctes dep(?ndoit l'effet principal de l'action, il les falloit « couper, à ce que les racines ne restassent; aussi, s'il n'estoit juste, « il falloit s'en distraire du tout, et n'entreprendre rien-, au contraire « que si on rompoit les lois, il falloit les violet* entièrement pour sa « seureté, le péché estant aussi grand pour peu que pour beaucoup. a L'opinion du sieur de Tavannes subsista pour estre plus juste, et « que l'on croyoit celle du maréchal de Retz ambitieuse des estats « qu'il vouloit faire à son proufit. »
Voilà la doctrine des assassinats nettement exposée-, elle ne date pas de nos jours.
Depuis le massacre de la Saint-Barthélémy * Charles IX parut tout
' Je ne donne presque aucun détail sur la Saint-Barthéleniy ; en voici la raison : Bnonaparle avait fait transporter a Taris les archives du Vatican ; immense et précieux trésor qui, bien fouillé, pourrait cliangor en grande partie l'histoire moderne Quoi qu'il en soit, quelcjues recherches daus ce dépôt sur l'époqu'- de la Sainl- Barthélemy m'ont rais en possession des dépêches de Salviali, alors chargé d'affaires
changé, et disoit-on qu'on ne lui voyait plus au visage cette douceur qu'on avoit accoustumé de luiveoir. (Brantôme.)
Cette exécrable journée ne fit que des martyrs-, elle donna aux idées philosophiques un avantage qu'elles ne perdirent plus sur les idées religieuses, et en rendant les catholiques odieux elle augmenta la force des protestants. En 1573, une quatrième guerre civile éclata par le soulèvement de la ville de Montauban. Le sénéchal de Périgord, André de Bourdeille, écrivait au duc d'Alençon, le 13 mars 4574 : « Si le roy, la reine et vous, ne pourvoyez aux troubles de « l'Estat autrement que par le passé, je crains de vous voir aussi « petits compaignons que moi. »
Le siège fut mis devant la Rochelle par le duc d'Anjou. Quatrième paix, avantageuse aux huguenots. Le duc d'Anjou (depuis Henri III) alla prendre la couronne de Pologne, et raconter dans les forêts de la Lilhuanie à son médecin Miron les meurtres dont la pensée l'empêchait de dormir : « Je vous ai fait venir ici pour vous faire part de « mes inquiétudes et agitations de cette nuit, qui ont troublé mon « repos, en repensant à l'exécution de la Saint-Barthélémy. » En quittant la France, le duc d'Anjou avait été moins poursuivi du souvenir de ses crimes que de celui de ses amours ^ il écrivait avec son sang à Marie de Clèves, première femme de Henri I^r, prince de Condé.
Dans Tannée 1 574 se forma le parti des politiques ou des centres, qui l'emportèrent à la fin, comme dans toutes les révolutions, parce que c'est celui des hommes raisonnables, et que la raison est une des conditions de l'existence sociale. Les politiques avaient pour chefs le duc d'Alençon et les Montmorency : la faction la plus faible, celle des huguenots, s'attacha naturellement aux politiques. La Mole et Coconas furent décapités pour intrigues-, le premier était aimé de la reine Marguerite, le second, d'Henriette de Clèves, duchesse de Nevers.
Charles IX languissait depuis deux années^ il se félicitait de n'avoir point de fils, de crainte que ce fils n'eût été aussi malheureux que lui. Ayant appris un soulèvement des princes : « Au moins, « dit-il, s'ils eussent attendu ma mort; c'est trop m'en vouloir. » Il mourut au château de Vincennes le 30 mai 1574. Deux jours avant
de la cour de Rome à Paris. Ces dépôchcs, tantôt en chair, tantôt chiffrées avec la traduction interlinéaire, sont d'un grartid intérêt. Je les publierai peut être un jour, Cû y joignant, par forme d'introducliou, l'iiisloire' cumplèie do la Saûil-Barlhélemy»
qu'il expirât, les médecins avaient fait retirer toutes les personnes de sa chambre, « hormis trois, savoir : la Tour, Saint-Pris et sa nour- 3c rice, que Sa Majesté aimoit beaucoup, encore qu'elle fust hugue- « noie. Comme elle se fut mise sur un coffre, elle commençoit à som- « meiller; ayant entendu le roi se plaindre, pleurer et souspirer, a s'approche tout doucement du lict, et, tirant sa custode, le roy « commença à lui dire, jetant un grand souspir, et larmoyant si fort « que les sanglots lui coupoient la parole : Ah ! ma nourrice ! ma a mie, ma nourrice, que de sang et que de meurtres! Ahl que j'ai <ii suivi un meschant conseil! 0 mon Dieu! pardonne-les-moi, s'il te
a plaist Que ferai- je? je suis perdu, je le vois bien. Alors la
a nourrice lui dit : Sire, les meurtres soyent sur ceux qui vous les a ont fait faire ! mais de vous, sire, vous n'en pouyez mais ^ et puisque a vous n'y prestez pas consentement et en avez regret, croyez que « Dieu ne vous les imputera jamais, et les couvrira du manteau de la « justice de son fils, auquel seul faut qu'ayiez vostre recours^ mais « pour l'honneur de Dieu, que Votre Majesté cesse de larmoyer. Et a sur cela lui ayant esté quérir un mouchoir pour ce que le sien « estoit tout mouillé de larmes, après que Sa Majesté l'eut prins de t sa main, lui fit signe qu'elle s'en allast et le laissast reposer. »
Ce roi, qui lirait par les fenêtres de son palais sur ses sujets huguenots ^ ce monarque catholique, se reprochant ses meurtres, rendant l'àme au milieu des remords en vomissant son sang, en j)Oussant des sanglots, en versant des torrents de larmes, abandonné de tout le monde, seulement secouru et consolé par une nourrice huguenote! N'y aura-t-il pas quelque pitié pour ce monarque de vingt-trois ans, né avec des talents heureux, le goût des lettres et jes arts, un caractère naturellement généreux, qu'une exécrable mère s'était plu à dépraver par tous les abus de la débauche et de la puissance? Charles IX avait dit à Ronsard, dans des vers dont Ronsard aurait du imiter le naturel et l'élégance :
Tons deux également nous portons des couronnes; Mais, roi, je la reçois ; poêle, lu la donnes.
Heureux si ce prince n'avait jamais reçu une couronne doublement souillée de son propre sang et de celui des Français, ornement de tcte incommode pour s'endormir sur l'oreiller de la mort !
Le corps de Charles IX fut porté sans pompe à Saint-Denis , accompagné par quelques archers de la garde, par quatre gentils-
hommes de la chambre et par Brantôme, raconteur cynique qui moulait les vices des grands comme on prend l'empreinte du visage des morts.