‹ Œuvres complètes de Clément Marot (volume 2)Chapitre 103 sur 188 · DU TBUPS QUE MAROT BSTOIT AU PALAIS A PARIS · texte numérisé non relu

DU TBUPS QUE MAROT BSTOIT AU PALAIS A PARIS

Musiciens à la voix argentine,

Doresnavant comme im homme esperdu

Je chanteray plus hault qu'une buccine :

« Hélas I si j'ay mon joly temps perdu. »

Puis que je n'ay ce que j'ay prétendu,

C'est ma chanson, pour moy elle est bien deue :

Or je voys veoir si la guerre est perdue.

Ou s'elle picque ainsi qu'un hérisson.

Adieu vous dy, mon maistre Jehan Grisson;

Adieu Palais et la porte Barbette,

Où j'ay chanté mainte belle chanson

Pour le plaisir d'une jeune fillette.

Celle qui c'est en jeunesse est bien une, Où j'ay esté assez mal entendu ; Mais si pour elle encores je chemine, Parmy les piedz je puisse estre pendu ; C'est trop chanté, sifflé et attendu Devant sa porte, en passant par la rue. Et mieux vauldroit tirer à la charrue Qu'avoir tel' peine, ou servir un masson. Bref, si jamais j'en tremble de frisson. Je suis content qu'on m'appelle Caillette ;

C'est trop souffert de peine et marrisson Poiir le plaisir d'une jeune fillette.

Je quicte tout, je donne, je resigne Le doa d'aymer, qui est si cher vendu. Je ne dy pas que je me détermine De vaincre Amour, cela m'est deffendu, Car nul ne peult contre son arc tendu. Mais de souffrir chose si mal congrue, Par mon serment, je ne suis plus si grue. On m^a aprins tout par cueur ma leçon : Je crains le guet, c'est un maulvais garson, Et puis de nuyct trouver une charrette ; Vous vous cassez le nez comme un glaçon Pour le plaisir d^une jeune fillette.

Prince d^amour régnant dessoubz la nue, Livre la moy en un lict toute nue.

Pour me payer de mes maulx la façon, Ou la m'envoye à Tombre d'un buysson : Car s'elle estoit avecques moy seulette Tu ne vois onc mieulx planter le cresson Pour le plaisir d'une jeune fillette.

A MADAME D^ALBNQON POUR BSTRB GOUCHB BN SON BSTAT

Princesse au cueur noble et rassis, La fortune que j'ay suivie Par force m'a souvent assis Au froid giron de triste vie ; De m'y seoir encor me convie, Mais je respons (comme tasché) :

« D'estre assis je n'ay plus d'envie ; Il n'est que d'eslre bien couché. »

Je ne suis point des excessifz Importuns, car j'ay la pépie,

Dont suis au vent comme un châssis, Et debout ainsi qu'une espie ; Mais s'une fois en la copie De vostre estât je suis merché, Je criray plus hault qu'une pie :

« Il n'est que d'estre bien couché. »

L'un soustient contre cinq ou six Qu'estre accouldé, c'est musardie ; L'autre, qu'il n'est que d'estre assis Pour bien tenir chère hardie ; L'autre dit que c'est mélodie D'un homme debout bien ûché ; Mais quelque chose que l'on die, Il n'est que d'estre bien couché.

Princesse de vertu remplie.

Dire puis (comme j'ay touché), Si promesse m'est accomplie :

« Il n'est que d'estre bien couché. »

d'un amant fbrmb bn son amour

Près de toy m'a faict arrester Amour, qui tousjours me remord :

Mais d'en partir fault m'apprester, Sans en ce poursuyvre ma mort.

Bel Acueil, qui m'a rys, me mord, Et tourne ma joye en destresse, Pour avoir quis en trop hault port Première et dernière maistresse.

Haï mon cueur, que voy regreter, Tu cherches trop heureux confort :

Foible suis pour te conquester ^ Un chasteau de si grand effort $ Si vivras tu loyal et fort,

Et combien que rigueur t'oppresse, Je veulx que la tiennes (au fort) Première et dernière maistresse.

Première, car d'autre accointer Ne me vint onques en record.

Et dernière, car 1^ quitter Jamais je ne seray d'accord.

Première me serre et en tord, Dernière peult m'oster de presse ; Bref, elle m'est (soit droit ou tort) Première et dernière maistresse.

Adieu donc, cueur de noble apport, Taché d'ingratitude expresse ; Adieu, du servant sans support Première et dernière maistresse.

DE LA Î^AISSANCE DE FBU MONSEIGNBUI^ LE DAULPHIN FRANgOYS

Quand Neptunus, puissant dieu de la mer. Cessa d'armer carraques et galées.

Les Gallicans bien le deurent aymer, Et reclamer ses grans undes salées, Car il voulut en ses basses vallées Rendre la mer de la Gaulle haultaine Calme et paisible ainsi qu'une fontaine, Et pour oster mathelotz de souffrance.

Faire nager en ceste eau claire et saine Le beau Daulphin tant désiré en France.

Nymphes des boys, pour son nom sublimer

Et estimer, sur la mer sont allées ;

Si furent lors, comme on peult présumer,

Sans escumer les vagues ravallées,

Car lel^ fortz ventz eurent gorges hallées.

Et ne souflloient sinon à doulce alaine, Dont mariniers vogoient en la mer plaine Sans craindre en rien des oraiges Foultrance, Bien prevoyans la paix que leur ameine Le beau Daulphin tant désiré en France.

Monstres marins veit on ]fiTs assommer, Et consommer tempèstes devallées, Si que les nefz sans crainte d'abismer Nageoient en mer à veilles avallées.

Les grans poissons faisoient saultz et huilées, Et les petis, d'une voix fort sereine, Doulcettement avecques la Serayne Ghantoient au jour de sa noble naissance : « Bien soit venu en la mer souveraine Le beau Daulphin tant désiré en France. »

ENVOY

Prince marin, fuyant œuvre vilaine, Je te supply, garde que la balaine Au celerin plus ne face nuysance, Affîn qu^on ayme en ceste mer mondaine Le beau Daulphin tant désiré en France.

DU TRIUMPHB D*ARDRBS BT 0UI0NR9 PAR LBS ROIS DB FRANGB BT d'aNQLETERRB

(15tO)

Au camp des roys les plus beaulx de ce monde

Sont arrivez trois riches estandars :

Amour tient l'un, de couleur blanche et munde,

Triumphe l'autre avecques ses souldars.

Vivement painct de couleur celestine ;

Beauté après en sa main noble et digne

Porte le tiers, tainct de vermeille sorte ;

Ainsi chascun richement se comporte.

Et en tel ordre et pompe primeraine

Sont venuz veoir la royalle cohorte

Amour, Triumphe et Beauté souveraine.

En ces beaux lieux plustost que vol d^aronde Vient celle Amour des celestines pars, Et en apporte une vive et claire unde, Dont elle estainct les fureurs du dieu Mars; Avecques France, Angleterre enlumine, Disant : « Il fault qu^en ce camp je domine ; » Puis à son vueil faict bon guet à la porte, Pour empescher que Discorde n^apporte La pomme d'or, dont vint guerre inhimaaine; Aussi affîn que seulement en sorte Amour, Triumphe et Beauté souveraine.

Pas ne convient que ma plume se fonde A rédiger du triumphe les arts, Car de si grans en haultesse profonde N'en feirent onc les belliqueurs Césars. Que diray plus? richesse tant insigne A tous humains bien demonstre et désigne Des deux partiz la puissance tresforte ; Bref, il n'est cueur qui ne se reconforte En ce pays, plus qu'en mer la Seraine, De veoir régner (après rancune morte) Amour, Triumphe et Beauté souveraine.

ENVOY

De la beauté des hommes me déporte ; Et quant à celle aux dames, je rapporte Qu'en ce monceau laide seroit Helaine.

Parquoy concludz que ceste terre porte Amour, Triumphe et Beauté souveraine.

DB l'arrivbb db monsbignbur d'albnçon

BN HAINAULT (1521)

Devers Haynault, sur les fins de Champaigne, Est arrivé le bon duc d'Alençon, Avec Honneur, qui tousjours l'accompaigne Gomme Je sien propre et vray escusson.

Là peult on veoir sur la grand' plaine unie Des bons souldars son enseigne munie, Pretz d'employer leur bras fulminatoire A repoulser dedens leur territoire Lourds Haynuyers, gent rustique et brutale. Voulant marcher sans raison peremptoire Sur les climatz de France occidentale.

Prenez hault cueur doncques, France et Bretaigne, Car si en camp tenez fiere façon, Fondre verrez devant vous Allemaigne, Gomm'e au soleil blanche neige et glaçon. Fiffres, tabours, sonnez en armonie ; Advanturiers, que la picque on manye Pour les choquer et mettre en accessoire, Car desjà sont au royal possessoire.

Mais (comme croy] Destinée fatale Veult ruyner leur oultrageuse gloire Sur les climatz de France occidentale.

Doncques, piétons meurchans sur la campaigne, Fouldroiez tout sans rien 'prendre à rançon. Preux chevaliers, puis qu'honneur on y gaigne, Vos ennemys poulsez hors de l'arson.

Faictes rougir du sang de Germanie Les clairs ruisseaux dont la terre est garnie, Si seront mis vos haults noms en histoire. Frappez donc tant de main gladiatoire Qu'après leur mort et deffaicte totale Vous rapportiez la palme de victoire Sur les climatz de France occidentale.

BNVOY

Princes remplyz de hault loz méritoire, Faisons les tous, si vous me voulez croire, Aller humer leur cervoise et godale.

Car de noz vins ont grand désir de boire Sur les climatz de France occidentale.

BALLADBS 315

DB PAIX BT DE ^ICTOIRB

Quel hault souhait, quel bienheuré désir Feray je, las*! pour mon dueil qui empire? Souhaiteray je avoir dame à plaisir?

Desireray-je un règne ou un empire?

Nenny (pour vrayj car celuy qui n'aspire Qu'a son seul bien, trop se peult desvoyar; Pour chascun donc à soûlas convoyer.

Souhaiter veulx chose plus méritoire :

C'est que Dieu vueille en brief nous envoyer Heureuse paix ou triumphant victoire.

Famine vient Labeur aux champs saisir ; Le bras au chef soudaine mori désire ; Soubz terre voy gentilz hommes gésir, Dont mainte dame en regretant souspire ; Clameurs en faict ma bouche qui respire ; Mon triste cueur l'œil en faict larmoyer; Mon foible sens ne peult plus rithmoyer Fors en dolente et pitoyable histoire ; Mais Bon Espoir me promet pour loyer Heureuse paix ou triumphant victoire.

Ma plume lors aura cause et loysir Pour du loyer quelque beau lay escrire ; Bon temps adonc viendra France choisir, Labeur alors changera pleurs en rire.

O que ces motz sont faciles à dire !

Ne sçay si Dieu les vouldra employer.

Cueurs endurcis (lasl) il vous fault ployer. Amende toy, ô règne transitoire !

Car tes péchez pourroient bien forvoyer Heureuse paix ou triumphant victoire.

BNVOY

Prince Françoys, fais Discordé noyer ; Prince Espalgnol, cesse de guerroyer;

Prince aux Anglois, garde ton territoire ; Prince du Ciel, vueille à France octroyer Heureuse paix ou triumphant victoire.

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