‹ Œuvres complètes de Clément Marot (volume 2)Chapitre 104 sur 188 · DU JCHR DB NOËL · texte numérisé non relu

DU JCHR DB NOËL

Or est Noël venu son petit trac, Sus donc aux champs, bergieres de respec ; Prenons chascun panetière et bissac, Fluste, flageol, cornemuse et rebec, Ores n*est pas temps de clorre le bec, Chantons, saultons, et dansons rie à rie : Puis allons veoir TEnfant au povre nie. Tant exalté d'Helie, aussi d'Ënoc, Et adoré de maint grand roy et duc; S^on nous dit nac, il faudra dire noc. Chantons Noël, tant au soir qu'au desjuc*

Colin Georget, et toy Margot du Clac.

Escoute un peu et ne dors plus illec : N'a pas longtemps, sommeillant près dMn lac, Me fut advis qu'en ce grand chemin sec Un jeune enfant se combatoit avec Un grand serpent et dangereux aspic; Mais Tenfanteau, en moins de dire pic.

D'une grand' croix luy donna si grand choc Qu'il l'abbatit et luy cassa le suc ; Garde n'avoit de dire en ce defroc :

Chantons Noël tant au soir qu'au desjuc.

Quand je l'ouy frapper, et tic et tac. Et luy donner si merveilleux eschec, L'ange me dit d'un joyeux estomac :

Chante Noël, en françoys ou en grec, Et de chagrin ne donne plus un zec.

Car le serpent a esté prins au bric.

Lors m'esveillay, et comme &ntastic Tous mes troupeaux je laissay près un roc. Si m'en allay plus fier qu'un archiduc

BALLADES Bl7

En Bethléem : Robin, Gauthier et Roch, Chantons Noël tant au soir qu'au desjuc.

ENVOY

Prince dévot, souverain catholic, Sa maison n'est de pierre ne de bric, Car tous les vents y soufflent à grand floc; Et qu'ainsi soit, demandez à saint Luc. Sus donc avant, pendons soucy au croc, Chantons Noël tant au soir qu'au desjuc.

DE GâRESMB

Cessez, acteurs, d'escrire en éloquence

D'armes, d'amours, de fables et sornettes ;

Venez dicter soubz piteuse loquence

Livres plainctifz de tristes chansonnettes ;

N'escrivez d'or, mais de couleurs brunettes,

A celle fin que tout dueil y abonde.

Car Jesuchrist, l'aigneau tout pur et munde.

Pour nous tirer des Enfers détestables

Endura mort horrible et furibunde

En ces saiuctz jours piteux et lamentables.

Romps tes flageolz, dieu Pan, par violence, Et va gémir en champestres logettes ; Laissez les boys, vous, nymphes d'excellence, Et vous rendez en cavernes subjectes; Ne chantez plus, refrénez vos gorgettes Tous oyselletz ; trouble toy, la claire unde ; Ciel, noircy toy, et d'angoisse profonde, Restes des champs, par cris espoventables Paictes trembler toute la terre ronde En ces sainctz jours piteux et lamentables.

Riches habitz de hôble préférence Vueillez changer, dames et pucellettes, Aux ornementz de dolente apparence.

Et resserrez vos blanches mammelettes.

En temps d'esté fleurissent violettes,

Et en yver sèchent par tout le monde ; Donc puis qu'en vous joye et soûlas redonde Durant les jours à rire convenables, Pleurez au moins, autant noire que blonde, En ces sainctz jours piteux et lamentables.

ENVOY

Prince Chrestien, sans que nul te confonde, Presche chascud qu'à jeusner il se fonde, Non seulement de metz bien délectables.

Mais de péché et vice trop immunde.

En ces sainctz jours piteux et lamentables.

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