LE TEMPLE DE CUPIDO
AU ROY FRANÇOIS r
(Dédicace placée en tête de V édition gothique du Temple de Cupido, sans lieu ni date, inrSo de iS! If.)
N'a pas long temps, Prince magnanime, une fille inconstante, nommée Jeune Hardiesse, m*incitoit de vous présenter ce petit traicté d'amourettes, en . me disant : « Pourquoy diffères tu? Fus tu mal recueilly lorsque luy présentas le Jugement de Minos ? » Adonc je respondy : « Ma jeune fîlle, le recueil que ce hault Prince me feit alors fut de la sorte dont maintesfoys Tavois souhaitté. Mais de co bon recueil fut cause la matière du livre dont tu parles, d'autant qu'il touchoit des armes, tant proufitables que décentes à jeune Prince. Et cestuy parle d'amour, effeminant les cueurs hauUains, et à eulx peu convenable. Donc ne t'eshaby se je crains luy faire présent. » A peine fut ma response mise à fin, que cette garse affectée me va dire : « Veulx tu donc maintenir (homme ignorant) amourettes estre indécentes à jeune Prince ? Ton peu de sçavoir congnoistras ores par le contraire que je te veuil prouver. » Lors, cuydant répliquer, ma loquence interrompit par un rondeau qu'elle tira du coffret de sa jeune rhétorique, disant ainsi :
En sa jeunesse un prince de valeur, Pour éviter ennuy plein de malheur, Le noble estât des armes doibt comprendre, Et le bc^u train d'amourettes aprcndrc, Sans trop aimer venerique chaleur.
> Pièce comprise dans Tédiiion de 1538.