CHANT DB MAY (15S
En ce beau moys délicieux,
Arbres, fleurs et agriculture,
Qui durant Tyver soucieux
Avez esté en sépulture,
Sortez pour servir de pasture
Aux troupeaulx du plus grand pasteur ;
Ghascun de vous en sa nature
Louez le nom du Créateur.
Les servans d*amour furieux Parlent de Tamour vaine et dure, Où vous, vrays amans curieux, Parlez de Tamour sans laydure. Allez aux champs sur la verdure Ouyr Toyseau parfaict chanteur ; Mais du plaisir, si peu qu'il dure, Louez le nom du Créateur.
Quand vous verrez rire les cieulx.
Et la terre en sa floriture ; Quand vous verrez devant vos yeulx Les eaux luy bailler nourriture.
Sur peine de grand' forfaicture, Et d^estre larron et menteur, N^en louez nulle créature, Louez le nom du Créateur.
BNVOY
Prince, pensez, veu la feicture.
Combien puissant est le facteur.
Et vous aussi, mon escripture, Louez le nom du Créateur.
3'll CHANTS DIVEIS
. CHANT DB MAT BT DB VBRTU
Voulentiers en ce moys icy La terre mae et renouvelle.
Maintz amoureux en font ainsi, Subjectz à £adre amour nouvelle Par legiereté de cervelle, Ou pour estre ailleurs plus contens ; Ma façon d'aymer n*est pas telle.
Mes amours durent en^tout temps.
N^y a si belle dame aussi De qui la beauté ne chancelle ; Par temps, maladie ou soucy, Laydeur les tire en sa nasselle ; Mais rien ne peult enlaydir celle Que servir sans fin je pretens ; Et pource qu'elle est tousjours belle.
Mes amours durent en tout temps.
Celle dont je dy tout cecy, C'est Vertu, la nymphe étemelle.
Qui au mont d'honneur esclercy Tous les vrays amoureux appelle :
« Venez, amans, venez (dit-elle), Venez à moi, je vous attens ; Venez (ce dit la jouvencelle), Mes amours durent en tout temps. »
BNVOY
Prince, fais amye immortelle,
Et à la bien aymer entens ;
Lors pourras dire sans cautelle :
« Mes amours durent en tout temps. »
CHANT DE FOLLIB, DB L*ORIOINB DB YILLEMANOCHB
Les Pichelîns par le monde espanduz Sont de si hault et si loing descenduz Qu'à peine a Ton sceu trouver la racine, N'un seul rameau, de si brave origine ; Mais Dieu, voulant qu'ilz ne fussent periz, A resveillé les joyeulx esperitz De Tun d'entre eulx, nommé Yillemanoche, Qui, tout ainsi que l'on rompt une roche Pour trouver Teau qui dessoubz est cachée, Ainsi il a sa race tant cherchée.
En se rompant entendement et corps, Qu'il Ta trouvé en livres tous d'accords ; Livres, mais quelz ? Livres trèsautentiques. Vieux, et usez de force d'estre antiques, Lesquelz il a à grand' peine trouvez, Leuz et releuz, volvez et revolv«z ; Si vieux (de faict) les a voulu eslire, Que nul fors luy oncques n'y sceut rien lire.
Il a trouvé ses grans prédécesseurs.
Preux et hardys comme leurs successeurs, Dont l'une part réside en Germanie, Et la pluspart plusieurs règnes manie.
Il a trouvé, à force de chercher.
Que ses parens sceurent si bien prescher. Non pas prescher, mais si bien haranguèrent, Qu'à nostre loy Infidèles rengerent.
Et de ceulx là on voit par conséquence Villemanoche avoir leur éloquence ; Car luy estant vestu de longue togue Sçait harenguer tout seul en dialogue ; Et s'il avoit la robe courte prise.
Lors on verroit qu'il seroit d'entreprise ; Et, qui plus est, semblable de prouesse A ses ayeulx, comme il est de sagesse.
Or est ainsi (helas 1) qu'il nous appert Que par deçà ceste race se pert
344 CBANTS DIVBR8
Si cestuy cy n*6st Joinct par mariage
En noble lieu, qui seroit grand dommage.
O Pichelin, tu dessers qu*on t*allie En lieu royal ; ô superbe Italie, Tu es enflée au nom des Grivelins ; Mais Gaule s'enfle au nom des Picbelins. « Vive (dis tu) la case Griveline t » Mais en tous lieux vive la Picbeline !
CANTIQUE DB LA CHRBSTIBNTâ
SUR LA VBNUB DR l'BMPBRBUR BT DU ROY
AU VOTAOB DE NIGB
Approche toy, Charles, tant loing tu soys, Du magnanime et puissant roy Françoys ; Approche toy, Françoys, tant loing sois tu. De Charles, plein de prudence et vertu ; Non pour tous deux en bataille vous joindre. Ne par fureur de toz lances vous poindre, Mais pour tirer Paix, la tant désirée, Du ciel tréshault, là où s'est retirée.
Si Mars cruel vous en feistes descendre, Ne pouvez vous le Êdre condescendre A s'en aller, pour ça bas donner lieu A Paix la belle, humble fille de Dieu ? Certainement, si vous deux ne le faîctes, Du monde sont vaines les entre&ictes ; Recevez la, princes chevaleureux, Pour fiedre nous (voyre vous) bien heureux ; Ce vous sera trop plus d'honneur et gloire Qu'avoir chascun quelque grosse victoire : Recevez la, car si vous la fuyez.
Elle dira que serez ennuyez De voz r^pos, et que portez envie A la doulceur de vostre heureuse vie.
Si pitié donc (ô princes triumphans) Vous ne prenez des peuples voz en&ns, (Dont reciter Testât calamiteux
Seroit un cas trop long et trop piteux)
Si d'eulx n^avez commisération,
A tout le moins ayez compassion
Du noble sang et de France et d'Espaigne,
Dedans lequel ce cruel Mars se baigne.
Mars cy devant souloit taindre ses dars Dedans le sang de yoz simples souldars ; Mais maintenant (ô Dieu, quel dur esclandre 1) Plaisir ne prend fors à celuy espandre Des nobles chefz, meritans diadesmes, Et si respand souvent le vostre mesmes, Faisant servir les haults princes de butte Au vil souldart tirant de hacquebutte, Si que de Mars ne sont plus les trophées Fors enrichiz d^armes bien estoffées.
Plus ilz ne sont gamiz et décorez Que de harnoys bien polys et dorez; Qui disent bien : € La despouille nous sommes De grans seigneur^ et de vertueux hommes. »
0 quantz et quelz de vos plus favoriz Sont puis dix ans en la guerre periz I 0 quantz encore en verrez desvyer, Si à ce coup paix n'y vient obvyer !
Que pensez vous ? Cherchez vous les moyens De iK>z malheurs, nobles princes Troyens ? Ja pour tenir ou voz droictz ou voz torts Sont ruez jus voz plus vaillans Hectors. Gardez qu'en fin je, qui suis vostre Troye, Du puissant Grec ne devienne la proye.
Estimez vous que ce grand Etemel Ne voye bien du manoir supemel Les grans debas d'une et d^autre partie ? Ke sçavez vous qu'un bon père chastie Plustost les siens que les desavouez ?
Si maintenant faictes ce que povez, Paix descendra, portant en main l'olive, Laurier en teste, en face couleur vive, Tousjours riant, claire comme le jour, Pour venir faire en mes terres séjour, Et Mars, souillé tout de sang et de pouldre, Deslogera plus soudain que la fouldre ;
3'l6 CHANTS DIVERS
Car il n'est cueur, tant soit gros, qui ne tremble. Si voz vouloirs on sent uniz ensemble.
Vienne sur champs .Mars avec son armée Vous présenter la bataille termée, Il la perdra. Ainsi donques, uniz, Et de pitié paternelle muniz, Vous eslirez quelque bienheuré lieu, LÀ où viendra de vous deux au milieu Pallas sans plus. Pallas, à sa venue.
Vous couvrira d'une céleste nue, Pour empescher que les malings trompeurs, D'heureuse paix trop malheureux rompeurs. Ne puissent veoir les moyens que tiendrez Alors qu'au poinct tant désiré viendrez, Si qu'ilz seront tout à coup esbahys Que sur le sqir l'im et l'autre pays Reluyra tout de beaulx feuz de liesse, Pour le retour de Paix, noble déesse.
Et que rendray^ sans que Mars m'en relarde, Grâces au ciel. 0 mon Dieu 1 qu'il me tarde !
Aproche toy, Charles, tant loing tu sois. Du magnanime et puissant roy Françoys ; Approche toy, Françoys, tant loing soys tu, De Charles, plein de prudence et vertu.
A LA RGYNB DB HONORIS, VBNUB BN PRANOB
Quand toute France aura faict son devoir De ta haultesse en joie recevoir, Chaste Diane, ennemye d'oyseuse, Et d'honorable exercice amoureuse} Je, de ma part, le plus petit de tous^ M'enhardiray humble salut et doulx Te présenter ; non en voix et parolle Qui parmy l'^r avec le vent s'envolle^ Mais par-escript, qui contre le temps dure Autant ou plus que fer ou pierre dure ; Je dy escript faict des Muses sacrées^
Qui sçavent bien qu'à lire te recrées ; Escript (pour vray) que, s'il est immortel, Le tien Marot le désire estre tel.
Pour saluer par epistre immortelle Celle de qui la renommée est telle.
0 combien fut le peuple resjouy D'Espaigne et France, après avoir ouy Ou'icy venois I Cela nous est un signe (Ce disoient ilz) que Tsunour s'enracine Es cueurs royaulx ; cela est un présage Que Dieu nous veult montrer son doulx visage, Et que la paix dedans Nice traictée Est une paix pour jamais arrestée.
L'arc qui est painct de cent couleurs es cieulx. Quand on le voit ne desmontre pas mieulx Signe de pluye en temps sec attendue, Ne la verdure au printemps espandue Parmy les champs si bien ne monstre point Que les beaulx fruictz viendront tost et apoint Comme ta veue en France signifie Que pour jamais la paix se fortifie.
Arrière donc, royne PaOïthasilée :
Maintenant est ta gloire anichilée, Car devant Troye allas pour guerroyer ; Marie vient pour guerre fouldroyer.
Ainsi disoit France, et Espaigne aussi, Dès que Ton sceut que de venir icy Tu proposas, et creut leur joye après Que pour partir ilz veirent tes apprestz* Puis quand tu fus esbranlée et partie, Leur plaisir creut d^une grande partie ; Et te voyant toute venue en ça, A redoubler leur joye commença, Laquelle joye en eulx n'ay apperceue Tant seulement, mais sentie et conceue Dedans mon cueur, tesmoing Tescript présent» Plein de liesse et de tristesse exempt.
T^advertissant que quand paix ne seroit, Ja pour cela France ne laisseroit A désirer ta venue honorée^ Pour les vertus dont tu es décorée \
VS CHANTS DITB18
Combien (pourtant) que peuples et provinces Sont de nature enclins à aymer princes Qui, comme toj, sont amys de concorde Et ennemys de guerre et de discorde ; Ce que plustost entre aux cueurs femenins. D'autant qu'ilz sont doulx, piteux et bénins^ Que ceulx des roys, qui pour honneur acquerre Sont inclinez à prouesse et à guerre.
Doncques, Saba, royne prudente et meure, Qui as laissé ton peuple et ta demeure Pour venir veoir, en riche et noble arroy. Le Salomon de France, nostre Roy, Je te supply par la grande liesse Du bien de paix, si j'ay prins hardiesse De bienveigner une dame si haulte, Ne Testimer presumption ne faulte, En imitant le grand prince des anges.
Lequel reçoit aussi tost les louanges Du plus petit que du plus hault monté. Quand le cueur est plein d'ardante bonté.
SUR l'BNTRÂB DB L^BlfPBRBUR ▲ PARIS
Or est César, qui tant d'honneur acquit, Encor un coup en ce beau monde né ; Or est César, qui les Gaules conquit, Encor un coup en Gaule retourné.
De légions non point environné Pour guerroyer, mais plein d'amour nay ve ; Non point au vent Taigle noir couronné. Non point en main le glaive, mais Tolive.
Françoys et luy viennent droit de la rive De Loyre à Seine, affin de Paris veoir. Et avec eulx Guerre mènent captive. Qui à discord les souloit esmouvoir.
L'un (pour au faict de ses pays pourveoir) Passe par cy sans peur ne deffîance ; L'autre, de cueur trop hault pour décevoir.
Luy donne loy de commander en France, Si que Ton est en dispute et doubtance Qui a le plus de hault los mérité, Ou de Gesar la grande confiance, Ou de Françoys la grand' fidélité.
0 Roys, uniz plus que d'affinité, Bien heureuse est la gent qui n'est point morte Sans veoir premier vostre ferme unité.
Qui le repos de tant de monde porte.
Vien donc. César, et une paix apporte Perpétuelle entre nous et les tiens.
Haulse, Paris, haulse bien hault ta porte, Car entrer veult le plus grand des Ghrestiens.
MAROT A L^EMPBRBUR (1540)
Si la faveur du ciel, à ton passage En France, faict de grans biens un présage, Aussi promet croistre l'heur qui te suyt. César Auguste, à l'eflFect qui s'ensuyt.
Ta conscience en la fidélité Du Roy ton frère, et son humanité T'ont faict en Frsuice acquérir en un moys, Dedans trois jours, sans souldars ni harnoys Plus que César, des Gaulles acquéreur, Et le premier des Romains empereur, N'ayoit conquis en huict ou neuf années Accompaigné de légions armées ; Car des Françoys, assubjectiz par force En leur pays, ne conquist que l'escorce ; Mais tu as eu par un don libéral De leurs francz cueurs un acquest gênerai. Et pour garder ce que tu as acquiz Aucune force y tenir n'es requiz.
Mais seulement une paix bien fermée.
Par alliance en amour confermée, Dont adviendra ferme tranquilité.
Et soubz la foi catholique unité.
Paix, qui tiendra les provinces ouvertes Et peuplera les régions désertes.
Des roys oniz la force assemblera, Dont le surplus du monde tremblera.
Paix, qui fera la vive Salamandre, Après son faict mortel esCaînct en cendre. Nourrir au feu d'une vie immortelle A TAigle aussi, quand le vol de son aesle Plus ne pourra sur la terre s'estendre Pour voler plus oultre, si fera fendre Tous les neuf cieulx, jusque au lieu angelique Promis à ceulx qui ayment paix publique.
GANTIQUB DB LA BOYNB SUR LA. IIALADIB ET GONVALBSGBNGB DU ROT
S'esbahyt on si je suis esplorée, S*esbahyt on si suis descolorée, Voyant celuy qui m'a tant honorée Estre à la mort?
0 seigneur Dieu, tire son pied du bort D'obscure tumbe, ou bien, pour mon support» Avecques luy fais moy passer le port Du mortel fleuve.
Donne à tous deux, en un jour, tumbe neufve^ A celle fin qu'en deux mortz ne s'esmeuve Qu'un dueil funèbre, et que France n'espreuve Dueil après dueil.
Ne soit, helas 1 ce mien larmoyant œil Si malheureux que de veoir au cercueil Jecter celluy qui en si doulx accueil M'a couronnée ;
Qui m'a sur chef la couronnç donnée La plus d'honneur et gloire environnée Dont aujourd'huy l'Europe soit ornée, O tout puissant !
Si pitié n'as de mon cueur languissant, Si pitié n'as du bon Roy périssant, Aye pitié du peuple gémissant, Par ta clémence.
Laisse meurir la royalle semence.
Sans que voyons Textreme décadence Du père estant au sommet de prudence Pour dominer.
As tu basty pour après ruyner?
As tu voulu planter et jardiner Pour ton labeur parfaict exterminer?
0 quelle perte I
Si elle advient, soyt la terre couverte D'air ténébreux; plus ne soit l'herbe verte; Soyt toute bouche ou muette, ou ouverte Pour faire crys.
Soyent de regretz tous volumes escripts, Tragiques soyent tous escrivans espritz, Et rien ne soyt celle qui a le prix D'estre nommée
Femme d'un Roy de si grand' renommée.
Rien plus ne soyt que pouldre consommée, Pouldre avec luy, toutesfoys, inhumée :
Ce bien j'auray.
Ainsi tousjours sa compaigne seray, A son costé sans fin reposeray.
Et de langueur n'experimenteray La longue peine.
Mais pourquoy suis je ainsi de douleur pleine? Est espérance en moy ou morte ou vaine? Le tout puissant par sa bonté humaine Le guérira.
Noz cueurs bien tost de liesse emplira, Car mon Seigneur encor ne périra, Ains par longs jours son peuple régira. C'est ma fiance.
3S(S CHANTS DIYER8
Groistra ses feiictz, pays et alliance.
Puis ayant tout fondé sur asseurance.
Ira plein d^ans prendre sa demeurance Là hault es cieulx.
Qu'est ce, mes gens? pourquoy torchez vozyeulx? Quel nouveau pleur, quel maintien soucieux, Faict on encor? Vien, mon Dieu gracieux, Haste toy, Sire.
J'entens que Mort mon amy veult occire ; Sa force fond ainsi qu'au feu la cyre, Dont tout bon cueur barbe et cheveux descire. Faisant regretz.
Semblent Troyens de nuict surprins des Grecz ; Semblent Rommains voyans foultre leurs grez) Gesar occis par traistres indiscretz.
Ha ! Dieu mon père i
S'il est ainsi qu'à ta loy j'obtempère, De mon Seigneur les angoisses tempère, En me flBdsant ainsi qu'en toy j'espère A ceste foys.
Or a mon Dieu d'enhault ouy ma voix.
Et mys à fin l'espoir qu'en luy j'avoys. Susl suyvez moy, au temple je m'en voys Luy rendre grâces.
Ostez ce noir, ostez moy ces préfaces Ghantans des mortz; ostez ces tristes faces , Il n'est pas temps que ce grand dueil tu faces, Pays heureux.
Le ciel n'a pas esté si rigoureux De s'enrichir pour povre et langoureux Te veoir ça bas ; ton trésor valureux Il te redonne.
Yy doncques, France, encor soubz la couronne Qui le chef meur et prudent environne, Tandis la fleur de jeunesse fleuronne Pour faire fruict.
Soyt rOcean calme, sans vent, sans bruyt ; Sechée aux champs soit toute herbe qui nuyt ; Gomme le jour soyt luy santé la nuict; Tout dueil se taise.
Ne pleurons plus, si ce n'est de grand aise, Puis qu'envers nous Tire de Dieu s'appaise, Tant nous aymant, que de mortel mesaise Tirer le Roy.
Escrivez tous (poètes) cest eflfroy Et le hault bien dont Dieu nous faict octroy ; Vous n'y fauldrez, et ainsi je le croy. HaJ povres Muses !
S'il fut pery, vous estiez bien camuses. Doncques (enfans) descrivez les confuses Voyant celluy où. elles sont infuses Esvanouyr.
Puis tost après faictes les resjouyr.
Quand on leur faict les nouvelles ouyr De la santé dont Dieu les faict jouyr, Tant désirée.
Faictes Pallas pasle et fort descirée, Mars tout marry, sa personne empirée.
En appelant d'Atropos trop irée Gomme d'abus.
Puis tout à coup chantez comme Phebus Luy mesmes va par les préaux herbus Herbes cueillir, fleurs et boutons barbus, Fueille et racine,
Pour faire au Roy l'heureuse médecine, Prinse dessoubz tant benivole signe.
Que nous verrons son chef blanc comme un cigne A l'advenir.
Gela chanté, vous fauldra souvenir De faire Mars tout joyeulx devenir, Et à Pallas la couleur revenir Non plus marrie.
Faictes que tout pleure fort et puis rie. Ainsi que moy, vostre dame chérie ; Certes, souvent de grande fascherie Grand plaisir vient.
Ainsi ferez, et mieulx, s'il en souvient : Mais à la fin de votre œuvre accomplie, Avecques moy conclurre vous convient Que jamais Dieu ceulx qui Fayment n'oublie.
SUR LA MALADIB DB S'aMTB (1528)
Dieu, qui voulus le plus hault ciel laisser. Et ta haultesse en la terre abbaisser, Là où santé donnas à maintz et maintes, Vueilles ouyr de toutes mes complainctes Une sans plus. Yueilles donner santé A celle-là par qui suis tourmenté.
Ta saincte voix en l'Evangile crie Que tout vivant pour ses ennemys prie ; Guéris donc celle (ô médecin parfaict) Qui m'est contraire, et malade me faict.
Helas, Seigneur, il semble, tant est belle, Que plaisir prins à la composer telle.
Ke souffre pas advenir cest oultrage Que maladie efface ton ouvrage.
Son embonpoinct commence à se passer, Ja ce beau tainct commence à s'effacer. Et ces beaulx yeulx clairs et resplendissans, Qui m'ont navré^ deviennent languissans.
Il est bien vray que ceste grand' beauté A desservy pour sa grand' cruauté Punition : mais, Syre, à l'advenir Elle pourra plus doulce devenir.
Pardonne luy, et fais que maladie N'ayt point l'honneur de la faire enlaydie. Assez à temps viendra vieillesse pasle, Qui de ce faiye a charge principale.
Et cependant, si tu la maintiens saine, Geulx qui verront sa beauté souveraine Béniront toy et ta fille Nature D'avoir formé si belle créature.
Et de ma part feraj un beau cantique, Qui chantera le miracle autentique Que faict auras, admirable à chascun.
D'en guérir deux en n'en guérissant qu'un.
Non que pour moy je levé au ciel la face ; Non que pour moy prière je te face ; Car je te doy supplier pour son bien, Et je la doy requérir pour le mien.