‹ Œuvres complètes de Clément Marot (volume 2)Chapitre 113 sur 188 · XXI · texte numérisé non relu

XXI

CHANT ROYAL. LA MORT DU JUSTB BT DU PBSGHBUR

N'est il fascheux icy longuement vivre?

Je dis aux bons, que rien qu'affliction N'y trouveront; car celui qui veut suivre La pieté, grand' persécution Luy fouit souffrir, et avoir patience.

Mieulx donc luy vault, en saine conscience. Gomme sainct Paul désirer de partir De ce vil corps, où vit, certes, martyr. Son ame, au ciel avecques Dieu ravie : Car à cestuy pour son dueil ressortir, La mort est fin et principe de vie.

O le bon gain de mort, qui nous délivre Tout à un coup de tribulation, Lequel devons diligemment poursuyvre.

Si nous fions en Christ sans fiction, Victorieux par sa mort et puissance De mort d'enfer et péché, sans doublance I Mort ne servant au juste que partir L'esprit du corps, et salut impartir.

Qui de rechef, malgré mortelle envie, Vivant revient, car, pour vous advenir, La mort est fin et principe de vie.

Mais aux pécheurs voulant péché ensuyvre Maie est la mort qui suyt damnation.

Gardons pourtant qu'aucun de nous ne s'y vre D'humains plaisirs et dissolution, Venans après malheur et desplaisance.

Qui donc sage est, il face pénitence, Et d'humble cœur se vueille convertir.

Sans plus pécher ne jamais divertir, Car mauldit est qui de grâce dévie ; Mais à celluy qui s'en veult assortir, La mort est fin et principe de vie.

Prenons pourtant sans danger le sainct livre

• Les Chanta XXI et XXII, non compris dans l'édition de 1544, sont tirés d'autres éditions.

De Jesuchrist pour nostre instruction Entre les mains ; car au poix de la livre Un monde vault de réprobation.

Là nous oyrrons icelle sapience, Le filz de Dieu, se disant la substance Qui vivre faict, et au ciel revertir Ûhomme à tousjours, sans jamais départir, Qui par telz motz doulcement nous convie Croire qu'aux siens qu'il rie veult subvertir La mort est fin et principe de vie.

Celle mort donc, qui faiict ainsi revivre Après mourir, pour resolution.

N'est qu'un dormir que chascun doit consuyvre, Gomme dict est en ma narration.

Corrigé soit pourtant l'accoustumance Paindant la mort pleine de malveillance. Tenant un dard semblant tout néantir.

Ce qui n'est pas; car qui se sçait sortir De foy vers Dieu, au prochain asservie. Au ciel tendant, au Seigneur ressortir, La mort est fin et principe de vie.

BNVOY

Prince haultain, pour du propos sortir, A qui Dieu plaist, cil sa chair amortie Ëstudira par prudente partie.

Et que nul n'ait le voulant pervertir, La mort est fin et principe de vie.

A LA ROYNB DB NAVARRB, DB LAQUBLLB IL AVOIT RBGBU UNB BPISTRB BN RYTHMB

Plaigne les morts qui plaindre les voudra; Tant que vivray, mon cueur se resouldra A plaindre ceulx que douleur assauldra En cette vie.

aS8 CHANTS DIVERS

O fleur que j'ay la première servie, Geulx que tu mis hors de peine asservie Tout domié peine, helas ! non desservie ; Bien je le sçay,

Et des ingratz tu en as faict Tessay ; Mais puis le temps que, banni, te laissay, Sans te laisser, à servir m'adressay Une princesse

Qui plus que toy d'avoir ennuy ne cesse. Ha ! Dieu du ciel ! n'auray je une maistresse. Avant mourir, que son œil de destresse Puisse exempter ?

N'est pas ma muse aussi propre à chanter Un doulx repos qui la peult contenter Qu'un dur travail qui la vient tourmenter Avec oultrance ?

Ha 1 Marguerite, escoute la souffrance Du noble cueur de Renée de France ; Puis, comme sœur, plus fort que d'espérance Console la.

Tu sçais comment hors son pays alla, Et que parens et amys laissa là ; Mais tu ne sçais quel traitement elle a En terre estrange.

De cent couleurs en une heure elle change, En ses repas poires d'angoisses mange.

Et en son vin de larmes faict meslange, Tout par ennuy,

Ennuy receu du costé de celuy Qui estre deust sa joye et son appuy ; Ennuy plus grief que s'il venoit d'aultruy Et plus à craindre.

Elle ne voit ceulx à qui se veult plaindre : Son œil rayant si loing ne peut attaindre, Et puis les monts, pour ce bien luy est Sont entre deux.

Peu d'amys a quiconques est loing d'eulx. Le roy ton frère, et toy et tes neveux Estes les saints où elle faict ses vœux A chascune heure.

De France n'a nul grand qui la sequeure, Et de» petits qui sont en sa demeure Son mary veut, sans qu^un seul y demeure, La rebouter.

Car rien qu'elle ayme il ne sçaurbit gouster : C'est la geline à qui Ton veult oster Tous ses poussins, et scorpions bouter f)essoubs son aisle.

C'est la perdrix qu'on veult en la tonnelle Faire tomber. Mais que ne pense en elle Le Roy de qui la bonté fraternelle Nous invoquons 1

Youldroit il bien à bailleurs de bouccons

Donner luy mesme à garder ses flaccons ?

Francs et loyaulx autour d'elle vacquons,

C'est-son décore.

Mais ce fascheux, ingrat et pire encoroi Youdroit réduire en petite signore La fleur de lys que tout le monde honnorô D'affection*

Hélas ! s'il faict tant de profession D'honneur, de loz, de réputation, Pourquoy le train de nostre nation Veult il deffaire ?

Faulte d'amour Tesguillonne à ce faiire, Et luy engendre un désir de desplaire A celle là qui met à lui complaire Merveilleux seing.

Paris, menant par force Helaine au loing, Feit qu'elle n'eust de reconfort besoing : Son traitement estoit un vray tesmoing D'amitié claire.

Helas ! fouit il qu^amitié se desclaire Plustost au cueur d'un forceur adultère Qu'en un mary ? Sçais tu pourquoy austère Luy est ainsi ?

Il Youldroit bien à la dame sans si Oster la force et le vouloir aussi De secourir François passans icy ; C'est leur refuge.

Bien je le sçais, à la bonne heure y fus je. Il youldroit bien, si mon sens est bon juge, Par quelque grand et dangereux déluge Plus luy ravir.

Il vouldroit bien jusqu'à là l'asservir, Que d'un seul poinct ne peust au Roy servir, Et luy a faict pour de cela chevir Mille vacarmes.

O roy François, elle porte tes armes, VoyrO) et à toy s'adressent telz allarmes. Dont le plus doulx ne pourroit pas sans larmes Ëstre deduict,

Et ne peult Tautre à raison estre induict Par cil honneur où France l'a conduict, Ny par enfans que tant beaux luy produict Par mainte année.

Ni la bonté de la noble Renée^ Ni la douceur qui aveo elle est née, Ni les vertus qui l'ont environnée N'y ont povoir.

J'aurois plustost entrepris d'esmouvoir, Gomme Orpheus, en l'infernal manoir, Charon le dur, voyre Pluton le noir.

Et chien Cerbère.

O doncques, Roy, son cousin, frère et père, Arreste court l'entreprise impropere , Et toy, sa sœur, en qui tant elle espère Mets y la main.

Un parentage autre que le germain Y doit mouvoir ton cueur doux et humain Si n^y pensez, mourra quelque demain Sèche et ternie.

Car, en mon cueur, si secours on luy nie, Veu la façon comment on la manie, Diray qu'elle est de la France bannie Autant que moy,

Qui suis icy en angoisseux esmoy, En attendant secours promis de toy Par tes beaux vers, que je me ramentoy Avecques gloire.

Et bien souvent à part moy ne puis croire Que ta main noble ait eu de moy mémoire Jusqu'à, daigner m'estre consolatoire Par ses escrits.

Qui en mon cueur à jamais sont inscrits ; Peu ne sont leuz : leur douceur de haut prix Et zèle ardant me les eurent appris En peu d'espace.

Car aussitost que desespoir menace Mon œil de plus ne voir ta claire face, Lors force m'est que de ta lettre face Mon escusson.

Si la prononce en forme de chanson, Plustost en un, plustost en autre son.

Puis haut, puis bas, et en ceste façon Je me console,

Tant que mon cueur de grand' liesse vole, Remémorant ta royale parole, Qui me promet de m'effacer du rôle Des enchâssez.

Or sont delà les plus gros feux passez ; Rien n'ay meffaict ; au Roy douceur abonde ; Tu es sa sœur ; ces choses sont assez Pour rappeller le plus pervers du monde.

CLÉMENT MABOT, 21

RONDEAU DUQUEL I.BS LETTRES CAPITALBS PORTENT LE NOM DE L'aUTHEUR

Gomme Dido, qui moult se courrouça Lors qu'Eneas seule la délaissa En son pays, tout ainsi Maguelonne Mena son dueil. Gomme trèssaincte et bonne En rhospital toute sa fleur passa.

Nulle fortune onques ne la blessa, Toute constance en son cueur amassa, Mieulx espérant, et ne fut point félonne Gomme Dido.

Aussi celluy qui 'toute puissance a Renvoya cil qui au boys la laissa Où elle estoit; mais, quoy qu'on en blasonne, Tant eust de dueil, que le monde s'estonne Que d'un cousteau son cueur ne transpersa, Gomme Dido.

j II

llBSPONSB A UN RONDEAU QUI SB GOli&lBNÇOIT : MAI8TRE CLEMENT) MON BON AMY

En un rondeau, sur le commencement, Un vocatif, comme « Maistre Glement, »

Ne peult faillir r'entrer par huys ou porte ; Aux plus sçavans poètes m'en rapporte.

Qui d'^n user se gardent sagement.

i Le« Rondeaux I i LXVIII sont compris dans l'édition de 1544*

Bien inventer vous fault premièrement, L'invention deschiffrer proprement, Si que raison et rilhme ne soit morte En un rondeau.

Usez de motz reçeuz communément.

Rien superflu n'y soit aucunement, Et de la fin quelque bon propos sorte • Clouez tout court, rentrez de bonne sorte, Maistre passé serez certainement En un rondeau.

A UN CRBANGIER

Un bien petit de près me venez prendre Pour vous payer ; et si debvez entendre Que je n'euz onc Angloys de vostre taille ; Car à tous coups vous criez : baille, baille, Et n'ay de quoy contre vous me deffendre.

Sur moy ne fault telle rigueur estendre ; Car de pecune un peu ma bourse est tendre, Et toutesfoys j'en ay, vaille que vaille, Un bien petit.

Mais à vous veoir (ou Ton me puisse pendre) Il semble advis qu'on ne vous vueille rendre Ce qu'on vous doibt; beau sire, ne vous chaille : Quand je seray plus gamy de cliquaille Vous en aurez ; mais il vous fault attendre Un bien petit.

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