À CBLUY DONT LBS LETTRES CAPITALES PORTENT LE NOM
Veu ton esprit, qui les autres surpasse, Je m'esbahys comme je prens audace Composer vers. Est ce pour tç valoir Touchant cest art? C'est plus tost bon vouloir, Ou franc désir, qui mon cueur induit à ce.
Rien n^est mon faict ; le tien est don de grâce ; Bref, ta façon en peu de rithme embrasse Raison fort grande, et sans grand' peine avoir, Veu ton esprit.
Or désormais je veulx suy vre la trasse De ton hault sens, duquel la veine passe Entre les rocz du profond concevoir.
A tant me tays, mais si en tel sçavoir Veulx t'adonner, tu seras Foultrepasse, Veu ton esprit.
DE MADAME LA DUCHESSE D'aLENCON SŒUR UNIQUE DU ROY
Sans rien blasmer, je sers une maistresse Qui toute femme ayant noble haultesse Passe en vertus, et qui porte le nom D'une fleur belle, et en royal surnom Demonstre bien son antique noblesse.
En chasteté elle excède Lucresse :
De vif esprit, de constance et sagesse, C'en est l'enseigne et le droit goulîanon, Sans rien blasmer.
On pourroit dire : « Il l'estime sans cesse Pource que c'est sa Dame et sa princesse. » Mais on sçait bien si je dy vray ou non.
Bref, il ne fut en louable renom Depuis mille ans une telle duchesse, Sans rien blasmer.
A. SBS AMYS
Il n'en est rien de ce qu'on vous revelle ; Ceulx qui Ton dit ont taulte de cervelle, Car en mon cas il n'y a mesprison, Et par dedans ne vy jamais prison ; Doncques, amys, l'ennuy qu'avez, osiez le.
Et vous, causeurs pleins d'envie immortelle, Qui vouldriez bien que la chose fust telle. Grevez de dueil, de despit ou poison.
Il n'en est rien.
Je rys, je chante en joye solennelle ; Je sers ma Dame, et me console en elle ; Je rithme en prose (et peult estre en raison) ; Je sors dehors, je r'entre en la maison; Ne croyez pas donques l'autre nouvelle : Il n'en est rien.
d'un qui 83 PLAINCT DE MORT ET d'eNVIB
Depuis quatre ans Faulx Rapport vicieux Et de la Mort le dard pernicieux Ont faict sur moy tomber maint grand orage : Mais l'un des deux m'a navré en courage Trop plus que l'autre, et en bien plus de lieux.
Touchant Rapport, en despit de ses yeulx Je vy tousjours riche, sain et joyeux, Combien qu'a tort il m'ayt faict grand dommage Depuis quatre ans.
Mais quand de Mort le remors furieux S'en vient par foys passer devant mes yeulx, Lors suis contrainct de blasmer son oultrage ; Car cil tout seul m'a plus donné de rage Que n'a Envie, et tous les envieux, Depuis quatre ans.
d'un qui SB COMPLxUNCT DB FORTUNE
Faulse Fortune, 6 que je te vy belle I Las ! qu'à présent tu m'es rude et rebelle ! 0 que jadis feiz bien à mon désir, Et maintenant me fais le desplaisir Que je craignois plus que chose mortelle I
Enfans nourriz de sa gauche mammelle, Composons luy (je vous prie) un libelle Qui pique dru et qui morde à loisir Faulse Fortune.
Par sa rigueur (helas l) elle m'expelle Du bien que j'ay, disant, puis qu'il vient d'elle, Qu'elle peult bien du tout m'en dessaisir Mais en fin Mort mort me fera gésir, Pour me venger de sa sœur la cruelle Faulse Fortune.
A MADAME DB BAZAUGBS
De Fortune trop aspre et trop dure Peult trop souffrir un povre corps, Si par paroUes ne met hors La cause pourquoy il endure.
Mais soubz constante couverture On peult bien declairer les sortz De Fortune.
D'en descirer robbe et ceincture, Crier et ff^iyç tel^G efforiz, » •
:n6 RONDEArX
Tout cela ne sert de rien, fors A plus indigner la nature De Fortune.