‹ Œuvres complètes de Clément Marot (volume 2)Chapitre 166 sur 188 · DE JOUAN, FOL DE MADAME · texte numérisé non relu

DE JOUAN, FOL DE MADAME

Je fuz Jouan sans avoir femme, Et fol jusque à la haulte game ; Tous folZf et tous Jouans aussi,.

Venez pour moy prier icy, L'un après Tautre, et non ensemble, Car le lieu seroit (ce me semble) Un petit bien estroict pour tous ; Et puis s'on ne parloit tout doulx, Tant de gens me romproient mon somme.

Au surplus, quand quelque sage homme Viendra mon epitaphe lire.

J'ordonne (s'il se prend à rire) Qu'il soit des folz maistre passé :

Fault il rire d'un trespassé ? ,

DB PRBRB Â.NDRB, GORDBLIBR

Gy gîst (}ui assez mal preschoit, Par ces femmes tant regretté, Frère André, qui les chevauchoit Gomme un grand asne desbaté.

DB MÂ.ISTRB PIBRRB DB VILLIBRS

Gy gist feu Pierre de Villiers, Jadis fin entre deux milliers, Et secrétaire de renom De Françoys premier de ce nom.

Si sagement vivre souloit.

Que jamais estre ne vouloit (Gombien qu'il fust vieil charié) Prebstre, ne mort, ne marié, De peur qu'il ne chantast l'office, De peur qu'il n'entrast en service, Et de peur d'estre ensevely.

Et de faict, je tiens tant de ly, Ou au moins par tout le bruict a.

Que des trois, les deux évita, Car jamais on ne le veit estre

Au moDde marié ne prebstre ; Mais de mort, ma foy je croy bien Qu^il Test depuis ne sçay combien.

Les deux il sceut bien escbapper.

Mais le tiers le sceut bien happer.

Mil cinq cens un et vingt et quatre ; Non pas happer, mais si bien batre.

Qu'il dort encor icy dessoubz ; De ses pecliez soit il absoubz.

ÏX DB JBAN SBRRB, BXCBLLBNT JOUBUR DB FARCES

Cy dessoubz gist et loge en serre Ce trèsgentil fallot Jehan Serre, I

Qui tout plaisir alloit suyvant, }

Et grand joueur en son vivant.

Non pas joueur de dez ne quilles, Mais de belles Farces gentilles.

Auquel jeu jamais ne perdit, Mais y gaigna bruict et crédit, Amour et populaire estime, Plus que d'escuz, comme j'estime.

Il fut en son jeu si adextre, Qu'à le veoir on le pensoit estre Yvrongne, quand il se y prenoit, Ou badin, s'il l'entreprenoit :

Et n'eust sceu faire en sa puissance Le sage : car à sa naissance Nature ne luy feit la trongne Que d'un badin ou d'un yvrongne.

Toutesfoys je croy fermement Qu'il ne feit onq si vivement Le badin qui rit ou se mord Comme il faict maintenant le mort.

Sa science n'estoit point vile, Mais bonne ; car en ceste ville Des tristes tristeur destoumoit, Et l'homme aise en aise tenoit.

Or bref, quand il entroit en salle,

Avec une chemise sale,

Le front, la joue et la narine

Toute couverte de farine,

Et coiffé d'un béguin d'enfant,

Et d'un hault bonnet triumphant

Garny de plumes de chappons.

Avec tout cela, je respons

Qu'en voyant sa grâce nyaise,

On n'estoit pas moins gay ny ayse,

Qu'on est aux champs Elysiens.

0 vous, humains Parisiens, De le pleurer pour recompense Impossible est, car quand on pense A ce qu'il souloit faire et dire.

On ne se peult tenir de rire.

Que dy je ! on ne le pleure point ; Si faict on, et voicy le poinct :

On en rit si fort en maints lieux.

Que les larmes viennent aux yeulx :

Ainsi, en riant on le pleure, -Et en pleurant on rit à l'heure.

Or pleurez, riez votre saoul.

Tout cela ne luy sert d'un soûl :

Vous feriez beaucoup mieulx, en somme.

De prier Dieu pour le povre homme.

DE l'aBBÈ DB BBâULIBU LA MARCHE, QUI OSA TENIR CONTRE LE ROY

Qui pour Beaulieu le presumptuéux moyne Vouldra dresser tombeau propre et ydoine. Dessus convient au vif graver ou paindre Les grans géans qui s'eùipeschent d'attaindre Jusques aux cieulx, pour nuyre à Jupiter, Qui promptement les faict précipiter.

Semblablement, la fable il fauldra mettre De Phaeton, soy voulant entremettre A gouverner le char du clair Phebus, Dont sa jeunesse en fin luy feit abus.

Aussi fauldra paindre sur ce tombel

M6 BPITAPHBS

L'antique histoire au beau Luciabel Et ses consors. s'eslevans contre Dieu.

Dont en enfer tresbuchent d^un beau lieu.

Puis à Tentour de la tombe ainsi paîncte Sera au long ceste escripture empraincte :

SeigTieurs passans qui voyez tell** paincture, Celuy qui frist soubz ceste sépulture Voulut en faict ressembler à ceulx cj.

Et comme à eulx luy en est prins aussi.

nu CHBYAL nB YUTAaT, SBCRBTAIRB DU DUC DB GUISB

Grison fuz Hedard .

Qui garrot et dart Passay de vistesse ; En servant Vuvart Aux champz fuz criart, L'ostant de tristesse.

Bucephal en gresse Fut un maistre en Grèce Mis entre les dieux :

Mais, mon maistre, qu^est-ce ?

Plus que luy sans cesse Il est glorieux.

Tallay curieux En chocs furieux.

Sans craindre estrapade ; Mal rabotez lieux Passay à cloz yeulx Sans faire chopade.

La viste viraîie, Pompante pennade, Le sault soubzlevant, La royde ruade, Prompte petarrade, Je mis en avant.

Escumeur bavant, Au manger sçavant, Au penser trèsdoux ;

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Relevé devant, Jusqu'au bout servant J'ay esté sur tous.

Mourant bien secoux, Senty par deux coups Mon maistre venir, Et d'un foible poulx Disant : Adieu vous, Me prins à hennir.

Sur ce souvenir Voicy advenir La Mort sans hucher.

Mon œil feit ternir, Mon ame finir, Mon corps trébucher.

Mais mon maistre cher N'a permis sécher Mon los, bruit et famé, Car jadis plus cher M'ayma chevaucher Que fille ne femme.

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